"Avant de clore le chapitre de la Somme je dois mentionner la question des bidons. Pour que les hommes aient suffisamment à boire, on les avait dotés d'un double jeu de bidons de deux litres. Tous les soirs ils échangeaient les bidons vides contre les bidons pleins que leur apportaient les corvées de mulets. Or, il se trouvait que ces bidons quelque précieux qu'ils fussent disparaissaient rapidement. Les hommes en réclamaient toujours de nouveaux. Que devenaient-ils ? Mystère. Les uns devaient disparaître dans les transports à mulets et les autres dans la boue des tranchées, Le Commandement s'est finalement inquiété de cette situation et a demandé des justifications aux Corps. Pour notre compte nous avons pu accuser un chiffre de pertes raisonnable et on nous a donné quitus. Mais je sais que d'autres Corps ont eû de sérieux ennuis avec cette question des bidons.
Je veux aussi avant de terminer citer un geste de la part d’un régiment que nous avons croisé un certain jour, en entrant dans le secteur, et qui m'a vivement frappé
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Il faisait beau et nous marchions tranquillement sur une route quand je vis apparaître au loin une troupe d'infanterie qui venait vers nous. Quand cette troupe fut sur le point d'arriver à notre hauteur je vis le Tambour-Major lever sa canne. Une sonnerie retentit, et aussitôt toute la colonne déboîta dans les champs. Chaque fraction, au fur et à mesure qu'elle arrivait à ma hauteur, mettait l'arme sur l'épaule et prenait le pas cadencé. Au premier moment je me demandais pourquoi on me rendait tant d'honneurs. Quand toute la colonne eût dépassé le régiment, une nouvelle sonnerie retentit et les camarades si courtois reprenaient la route derrière nous. Tout ceci s'est passé sans commandement, à la simple sonnerie des clairons de tête. Je regrette de n'avoir pas retenu le numéro de ce régiment si bien stylé".

Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI un régiment de réserve du Berry