04 novembre 2016

Mieux vaut tard que jamais: Désiré BLANCHET de Buzançais

 Un message reçu ce jour de la part de Luc Mabille de Buzançais me faisant part du rajout sur le monument de cette ville du nom d'un oublié:

CaptureBlanchetDésiré

Le 11 novembre prochain, à 11h, le nom de Désiré Pierre Blanchet sera lu
avec ceux de ses compagnons d'infortune.

BlanchetDesirePierre

Un nouveau nom de poilu a été gravé sur le MAM de Buzançais, à la demande de ses descendants et avec l'assentiment de l'ONACR :
Celui de Désiré Pierre Blanchet qui naquit à Buzançais le 29 juin 1884. Il portait le matricule 234 de la classe 1904. Il fut mobilisé au 90ème RI le 4 août 1914 et se retrouva en pleine bataille d'Ypres où il fut blessé le 28 octobre 1914, recevant 60 à 65 éclats d'obus (fesses, cuisses, bras,...), près du ruisseau de Stroombecke, entre Poelcapelle et Passendale.

Ypres2_19141026_1

 

Il continuera à servir jusqu'à la fin de la guerre et ne sera démobilisé que le 8 mars 1919. De retour de blessures, il passe au 122e d'Infanterie le 27 décembre 1915 où il reste en ligne jusqu'au 16 avril 1916, puis il passe "à l'intérieur" et fut affecté au 6ème Escadron du Train des Equipages en août 1917.

Il décèdera le 20/08/1929 des suites de ses blessures et fut déclaré MPLF par le Tribunal Civil de Châteauroux, le 06 mars 1933. Ses 2 enfants Marie Charlotte et René furent "adoptés par la Nation" à cette même occasion.
Son plus jeune frère, Ernest Jean Baptiste (né le 24 juin 1887) fut tué à Verdun, le 03/05/1916 et son cadet, Charles Alexandre (né le 28 octobre 1885) mobilisé au 90ème RI et très probablement intoxiqué par les gaz, mourut lui, le 20 novembre 1939.

La généalogie de Désiré BLANCHET est consultable sur Généanet: Arbre de Lorian BLANCHET

Sa fiche matricule est visible sur le site des Archives Départementales 36 à la page 609 et 610


On notera que la fiche matricule ne fut jamais mise à jour suite au jugement de 1933 et qu'aucune fiche Mémoires des Hommes ne fut créée. Le fichier "historique" se limitant au plus tard à la date du 24 octobre 1919 (Date officielle de cessation des hostilités)

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27 septembre 2016

La 17e Cie du 290e RI, l'encadrement au repos à Ypres [Réactualisation 27 Sept. 2016]

Dernièrement, Didier Boureaud m'a fait parvenir un cliché qui m'a bigrement intéressé, car il m'a permis de mettre des visages sur des noms connus pour qui s'intéresse au 290e RI. Qu'il soit par avance remercié pour la mise à disposition de son cliché.

290eRI_Ypres19150325_Recto 290eRI_Ypres19150325_Verso

La datation du cliché est relativement aisée, puisque la date est inscrite au verso du cliché : 25 mars 1915.
le lieu est bien connu par les combattants des unités du régiment. Il s'agit d'Ypres en Belgique. les régiments indriens y restèrent de la fin octobre 1914 au mois d'avril 1915.
Deux types d’annotations sont aussi inscrites. Au centre, de la même encre que la date et le lieu, nous trouvons la liste des 6 personnes présentes sur le cliché. En haut, nous retrouvons cette même liste mais avec des orthographes ou des annotations légèrement différentes. L’auteur des annotations est le même dans les 2 séries, la calligraphie est identique.
Vraisemblablement, les écritures du centre furent les premières reportées et celles du haut correspondent à une annotation ultérieure, ceci du fait de leur disposition sur le carton.
L’ordre de gauche à droite est différent de celui du cliché, il est en position miroir du cliché. Ceci est visible par la position du capitaine dans la liste des noms qui est alors 4e en partant de la gauche alors que sur le cliché , il figure en 3ème position.

Ces éléments permettent d’identifier les personnages comme suit :

Groupe1

Lorsque l’on étudie les uniformes de cette période précise qu’est l’hiver 1914-1915, il ne faut jamais oublier que l’armée française était alors dans l’improvisation logistique concernant les équipements fournit aux hommes. Avec le temps, l’uniforme se standardisa vers la tenue complètement équipée de Bleu-horizon.
5 soldats portent une capote Bleu Horizon modèle 1914 de 3ème type qui fut instaurée en décembre 1914. Le capitaine porte une tunique modèle 1893 (Couleur noire), il a pris soin d’enlever la capote qu’il porte habituellement lors des séjours en 1ère ligne.
5 képis sont visibles nous avons là 4 képis de modèle non définissables et couverts de couvres képis de teintes variées mais en adéquation avec la date. Le capitaine porte un képi traditionnel d’officier.
Dans le cas des 2 hommes de gauche, on notera la présence de rouleaux d’épaules en drap des anciennes tenues (Gris de fer bleuté – Bleu foncé).

Intéressons-nous aux numéros d’unités présents sur le cliché :

NumeroUnité

Les numéros visibles sur les tenues ne présentent pas d'anomalies flagrantes. Les liens entre le 90e RI et le 290e RI sont très proches, à la fois par le lieu de garnison identique, mais aussi par le fait qu'ils combattent ensemble au sein du 9ème corps d'Armée et les mouvements entre les 2 unités étaient courants.
Pour les 5 en bleu horizon, il est fait usage des numéros issus des anciennes tenues. A noter cependant l’originalité de celui de gauche qui se signale par l’usage du numéro 90 et par la présence d’un seul écusson porté sur la poitrine. En effet, le 2 novembre 1914, la suppression des pattes de collet est décidée, ainsi que leur remplacement par un écusson porté sur le côté gauche de la poitrine. Cette étonnante décision ne sera suivie que dans des cas extraordinairement peu fréquents. Cette disposition prit fin avec les dispositions du 9 décembre 1914 (Pattes Jonquilles).
On notera cependant que cette dernière disposition n’étaient toujours pas en vigueur en mars 1915 dans le cas nous intéressant.

Le capitaine porte le numéro 133 sur sa tunique et un képi avec le numéro 90. Nous verrons un peu plus loin, lors de la présentation de ce capitaine, le pourquoi du 133.

Si nous observons les bas de tenues, il est à noter l’usage des bandes molletières (plus ou moins bien enroulées), le deuxième en partant de la gauche à garder ses jambières en vigueur lors de la mobilisation (modèle 1913), par-dessus ses molletières de couleur Bleu-Horizon. Il porte la culotte de velours à grosse cotes qui équipa les soldats durant cette période intermédiaire entre la tenue de la mobilisation et celle standardisée du Bleu-horizon.

BasdeJambes

Nous sommes en présence de gradés, très certainement issus de la même compagnie. Nous avons donc 1 capitaine, 1 adjudant et 3 sergents. Pour le dernier présent sur le cliché, le grade n’est pas visible.

Grades1

Quelle est donc l’unité de ce groupe ?

Au vu des recoupements possibles à partir des données visibles et des données individuelles présentées ci-après, nous sommes vraisemblablement en présence des gradés (1 offcier et 5 sous-officiers) du 290e RI qui se firent prendre en photo, en ce 25 mars 1915, à Ypres.
Pour comprendre le contexte de ce cliché, prenons le Journal de Marche du 290e RI (J’ai volontairement enlevé les listes de pertes afin de ne pas alourdir le document)

21 mars 1915 : Nuit calme. Dans la journée de nombreux avions survolent le secteur, notre artillerie canonne vigoureusement les batteries allemandes qui ripostent faiblement. Contre ordre donné dans la journée à la relève de la 18e D.I. par la 17e D.I. L’état-major et les 22e et 24e Cies quittent Ypres à 20 heures pour aller relever au Polygone de Zonnebecke. La relève est terminée à minuit sans incident ; le Lieutenant-colonel EGGENSPIELER prend le commandement du secteur qui est tenu de droite à gauche par les 21e, 23e et 24e Cies en première ligne avec la 22e Cie en soutien et les 18e et 19e Cies en réserve. Une des deux Cies de réserve (La 18e) est désignée comme soutien du régiment placé à droite du secteur en exécution d’une note du service du Général Cdt la 18e D.I. du 19 mars.
Les 17e et 20e Cies viennent cantonner à Ypres sous les ordres du Commandant RENARD
.

22 mars 1915 : Après nuit calme, dans la matinée les batteries allemandes installées aux environs du château de Polderhoek canonnent les tranchées du bois du Polygone et le bois du Polygone et dans l’après-midi la batterie de Becelaere bombarde les deux tranchées de droite. Vers 13h30 quatre obus tombant sur le dépôt de matériel le font sauter.
Cantonnement à Ypres des 17e et 20e Cies.

23 mars 1915 : Nuit calme, fusillade peu nourrie ; bombardement de 10h15 à 11h00 des tranchées de première ligne principalement de la tranchée de droite s’éboule en deux points. A 15h00 et 15h45 nouveaux bombardements sur cette tranchée qui prennent fin après l’intervention de notre artillerie.
Même cantonnement pour les 17e et 20e Cies.

24 mars 1915 : Nuit calme ; canonnade vers 11h00 sur la tranchée de droite arrêtée après intervention de notre artillerie et vers 12h00 sur le bois du Polygone, le poste de commandement et le front du secteur. A la suite de ce bombardement deux hommes sont ensevelis sous les décombres d’une brèche faite dans une tranchée. Un tir d’infanterie est dirigé par la Cie de gauche sur un point où paraissait se tenir un observateur. Dis bombes Aasen sont lancées dont six avec succès. Réparation de la tranchée, assainissement des boyaux, pose de gabions, de fascines, de claies, et de sacs de terre ; pendant la nuit pose de chevaux de frise, de réseaux brun et de fil de fer barbelé.
Même cantonnement pour les 17e et 20e Cies

25 mars 1915 : Nuit et journée calmes, canonnade et fusillade presque nulles. Continuation des réparations de la tranchée du centre et des parapets de la tranchée de droite, pose des défenses accessoires. Dans la nuit, les compagnies de première ligne sont relevées par les 22e, 19e et 18e Cies qui tiennent le front dans cet ordre de droite à gauche ; les Cies relevées viennent s’installer la 24e en soutien et les deux autres en réserve.
Même cantonnement pour les 17e et 20e Cies

Le 290e RI est bien dans le secteur d’Ypres et les 17e et 20e Cies sont bien en cantonnement à Ypres. Alors quelle est la compagnie qui nous est présentée ici. Il s'agit de la 17e, cela correspond à l'ordre de bataille du 15 janvier 1915:
5ème Bataillon:
Chef de Bataillon: RENARD
17eme Compagnie:
Lieutenant Cdt la Cie:  MOREAU
S/Lieutenant:  JAILLET

Quelle pourrait être la localisation du cliché ?

Si on observe l'arrière plan du cliché, on constate effectivement que l'architecture des ruines présentes est typique de l'architecture gothique présente à Ypres. Peut-être s'agit-il d'ailleurs des ruines de la célèbre halle aux draps ou de la cathédrale Saint Martin de la cité flamande? Difficile cependant d'en dire plus.

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La halle aux draps et la cathédrale Saint-Martin d'Ypres en 1917 (Sources Wikipédia)


 

Réactualisation du 7 septembre 2016:

Il est des moments que j'apprécie, surtout lorsque les internautes visitant le blog apportent leur pierre à l'édifice (si j'ose dire).
Après la participation spontanée de Didier Boureaud pour me proposer le cliché source de ce message, Sébastien Ducongé vient de me contacter en cette rentrée pour nous permettre la localisation du cliché. Son aieul, soldat au 268e RI, ayant été fait prisonnier dans le secteur d'Ypres le 4 novembre 1914, celui-ci s'intéressa au message que vous lisez.
De par quelques recherches et connnaissances, il entrepris d'identifier et de localiser le lieu de prise de vue du cliché.

Ayant trouvé une carte postale des ruines de la cathédrale Saint Martin d'Ypres, il localisa l'environnement du cliché. Plutôt qu'une lognue explication de ma part, je vous livre le document qu'il a pris le temps de rédiger.

 

CaptureJC0

Merci donc à Sébastien pour son aide et ayons à l'occasion une pensée pour Pierre "Clément" FOMPROIX qui prisonnier n'en revint qu'en 1919 et invalide, pour finalement décédé en 1926 des suites de ce conflit.

 


 

Quelle peut être l'origine de ce cliché ?

Didier Boureaud a retrouvé ce cliché dans les archives familiales. Hormis ce cliché, il a aussi retrouvé les livrets militaires de 3 aieux qui ont connus la période du conflit. Parmi ces livrets, un a particulièrement retenu notre attention car il contient des éléments en lien avec les données trouvées ci-dessus.
Il s'agit du livret de Constant Jules ALLEGRET.
En effet, en fouillant dans celui-ci, Didier me transmis le message suivant: "Je suis en mesure de vous confirmer que mon arrière-grand-père ALLEGRET Constant prénommé couramment  Jules était bien présent au 290 RI 17e Compagnie, comme l’atteste le certificat de vaccination du poste de secours du 290 RI en date de  février 1916."

CaptureLivretConstant1 Preuve présence ALLEGRET Constant Jules au 290eme regiment et 17e compagnie1(1)

Vraisemblablement, Jules avait donc gardé aussi un cliché souvenir de ses gradés de la 17e Cie.

Quels sont les personnages présents?

Après les avoir nommés, intéressons-nous maintenant aux parcours des 6 hommes présents sur le cliché par le biais des données accessibles. On notera que l'absence de prénoms, juste des noms rend plus difficile certaines recherches. Nous nous limiterons alors aux traces laissées dans la documentation historique actuellement disponible.

Volontairement, je présente les personnages suivant leur grade sur le cliché et non suivant leurs grades ultérieurement obtenus.

  • Le Capitaine MOREAU

Moreau

Le grade de capitaine est visible sur la tunique ainsi que sur le képi (3 bandes horizontales dorées). La tunique est toujours numérotée de son régiment d’origine (133e RI)

- Dans le JMO du 290e RI, à la date du 15 décembre 1914, l’arrivée du lieutenant MOREAU en provenance du 133e RI
Arrivée des lieutenants MOREAU et TOURNIER du 133e qui sont affectés aux 17e et 22e Cies.

- Le JMO du 17 janvier 1915 le donne à la tête de la 17e Cie du 290e RI:
Cantonnement à Vlamertinghe
Ordre de bataille
Colonel (Commandant le Régiment): EGGENSPIELER
5ème Bataillon:
Chef de Bataillon: RENARD
17eme Compagnie:
Lieutenant Cdt la Cie: MOREAU
S/Lieutenant: JAILLET

- Il est promu au grade de capitaine le 7 mars 1915:
Par décret de ce jour, le Capitaine MARSILY est promu à titre définitif et le Lieutenant MOREAU est promu Capitaine.

- Il est évacué pour maladie le 10 septembre 1915 :
Le Commandant De La BASTIDE et le Capitaine MOREAU sont évacués pour maladie.

 

 

 

 

  • Le Sergent BOUCHARD François Jules Marie

Bouchard

Le sergent Bouchard est connu au sein du régiment, car il était aussi le vicaire de Vatan. Ecclésiastique, il fut mobilisé au sein du 290e RI. Il était caporal en décembre 1914:

Citation à l'Ordre de la 17e Division.
BOUCHARD François-Jules-Marie, Caporal au 290e R.I. Le 29 novembre, aux tranchées de première ligne, a continué de panser des blessés en voyant deux de ses voisins tués à ses côtés. Le 3 décembre, a transporté en plein jour sur son dos un blessé de la première à la deuxième ligne de tranchées, par­courant plus de 300 mètres sous une fusillade intense, et montrant en cette circonstance une abnégation, un sang-froid et une indifférence au danger dignes des plus grands éloges.
Au Q.G., le 19 décembre 1914.
Signé : GUIGNABAUDET.

En avril 1915, le colonel Eggenspieler, chef de corps du 290e RI notait:
Nuncq. - Le 2 avril 1915, la 18e D.I. à laquelle nous étions toujours rattachés, s'est mise en- route pour se transporter dans la région à l'Ouest de Saint-Omer. Le 3, le régiment se trouvait à Esquelbec où il est resté encore pendant les deux journées suivantes. Le jour de Pâques se trouvait juste être un de ces jours. Aussi le régiment a-t-il organisé une messe solennelle, avec musique et chant, comme certainement les habitants n'en avaient jamais vue. Des formations sanitaires qui se trouvaient à demeure dans la localité, nous avaient prêté le concours de leurs artistes. Le Sergent Bouchard, grand et beau soldat, en temps de paix, vicaire à Vatan, officiait. Il était superbe dans sa chasuble sur laquelle il avait épinglé sa décoration russe de Saint-Georges. Un brancardier du régiment, ancien Prix de Rome, tenait les orgues. Il a fallu prendre quelques précautions avec cet artiste qui avait un fort penchant pour les spiritueux. Pour éviter tout accident, il a fallu lui adjoindre toute la matinée un Sergent, avec consigne formelle de l'empêcher de toucher à quelque narcotique que ce fut. La précaution était bonne. Notre artiste s'est acquitté magistralement de sa mission musicale. L'église était comble, aussi bien de militaires que de civils. Le Général Lefèvre présidait en personne la cérémonie.

 

Sergent sur le cliché en mars 1915,  il fut ensuite nommé Adjudant et sur le JMO du régiment, le 8 juin 1915, il est de nouveau promu au grade de Sous-lieutenant:
Mêmes cantonnements. Exercices.
Par décision de M. le Général en chef de ce jour les Adjudants BOUCHARD, ROYER, SIMON, HUBERT CAILLOU, BEAUCHET, CLECH et TEINTURIER sont promus Sous-lieutenants et affectés le premier à la C.H.R. comme porte-drapeau, le 2e à la 17e Cie, le 3e à la 18e, le 4e à la 19e, le 5e à la 20e, le 6e à la 22e, le 7e à la 23e et le 8e à la 24e Cie.

Courant 1915, le colonel Eggenspieler notait:
Le Sous-Lieutenant Bouchard, tout en continuant ses fonctions non officielles d’aumônier, prit celles de porte-drapeau. Il avait ainsi les loisirs nécessaires pour continuer à circuler dans les tranchées, pour exhorter et secourir les hommes dans les moments critiques. Je l'emmenais souvent avec moi dans mes visites au secteur. Quand il traînaillait derrière moi dans les tranchées. je savais ce qu'il faisait. Il échangeait un mot avec les soldats, leur distribuait du tabac et des cigarettes. Il était très aimé de tout le monde.

Il mourrut lors des combats de la Cote 304, à l'ouest de Verdun lors de la journée du 5 mai 1916. le colonel Eggenspieler notait alors:
A la nuit tombante je vis le sous-lieutenant Bouchard rentrer au P.C. en proie à une surexcitation extrême. C'était un brave s'il en fût. Mais à force de lutter contre les effets des obus il avait les nerfs ébranlés lui aussi. Personne ne peut résister à la longue à l'ébranlement causé par les explosions successives. En voyant l'état de Bouchard, je lui défendis expressément de sortir encore. Je lui dis qu'il avait largement fait son devoir. Tout son corps était comme secoué par une forte fièvre. Je me disais en moi-même qu'il n'allait pas m'écouter. Son devoir le poussait dehors malgré lui. Ayant demandé quelques minutes après s'il était là, on m'a répondu qu'il était reparti. Cette fois nous ne devions plus le revoir.

RI290_MPLF_BouchardFrancoisJulesMarie1
Sources: Mémoires des Hommes

En 2004, un ouvrage publié sous l’égide de l’association « Romain Guignard » de Vatan, publia des lettres de l’abbé Bouchard, voici la notice alors publiée :

Bouchard2Bouchard1 

 

  • Le sergent PEYROT DESGACHONS Louis Henri Maurice

RI290_MPLF_PeyrotDesgachonsLouisHenriMaurice PeyrotDesgachons
Sources Mémoires des Hommes                                                                   

Il figure dans les pertes régimentaires du 7 mai 1916:

PeyrotDesgachons_JMO290e
Sources Mémoires des Hommes

 

  • Le Sergent BOURGUIGNON

Bourguignon

Le grade de sergent est identifiable par le galon doré positionné en oblique sur la manche.
Sur le verso de la carte, il est indiqué que le Sergent Bourguignon est originaire des Deux-Sèvres et qu’il occupa la fonction de caporal-fourrier. Dans les annotations, il est d’abord déclaré (partie à l’encre) comme originaire de Châteauroux et son patronyme apparait sous l’orthographe de Bourgognon.

Dans le JMO du 290e RI, on trouve mention d'un sergent Bourguignon qui est blessé

12 janvier 1917 :
Fusillade presque nulle, par contre l’artillerie a manifesté une grande activité.
La 17e a reçu des obus de moyen et gros calibres pendant presque toute la journée. Vers 10 heures, une dizaine de 150 sont tombés dans le secteur de la 21e. Vers 15 heures, des obus de 210 sont tombés dans les mêmes parages occasionnant des dégâts matériels qui, ajoutés aux nombreux éboulements provoqués par les pluies, rendent très difficile le maintien en bon état du secteur.
Notre artillerie ne reste pas inactive et elle exécute sur les tranchées ennemies des tirs très violents de représailles.

Bourguignon_JMO290e
Sources Mémoires des Hommes

 

  • L'adjudant SEYCHAL

Seychal

Sur le cliché, il est à noter en bas des manches, le galon horizontal spécifiant le grade d’adjudant. Sur le verso de la carte, il est indiqué originaire de Châteauroux.

L'adjudant SEYCHAL apparait dans le JMO du 290e lorsqu'il est promu au grade de Sous-lieutenant, le 26 mai 1916 :
Même cantonnement.
Douches pour les 23e et 24e Cies, pour la 1ère CM et la Cie H.R.

Les Sous-lieutenants DAGUERRE et De MONTARDY (active), GILLET, BRISSON et DAVAILLAUD (réserve) sont nommés Lieutenants à titre temporaire.
Les Adjudants MASSE, BRISSET, RICHARD et SEYCHAL (réserve), le Sergent-major DELESGUES et le Sergent DURAC (réserve) sont nommés Sous-lieutenants à titre temporaire.

Dans les ordres de bataille des 28 mai 1916, 12 octobre 1916 et 28 février 1917, le sous-lieutenant SEYCHAL est affecté à la 17e Cie.

Au moment de la dissolution du 290e RI, le 4 juin 1918, il est alors affecté au 80e RI.

Dissolution de l’E.M. et du 5e bataillon.
Embarquement au Collet, en autos-camions du 5e bataillon et du reste de la C.H.R. à destination des 81e, 96e et 122e R.I. (31e D.I.), 80e et 143e R.I. (32e D.I.)
Répartition des officiers et hommes de troupe du 290e dans les différents régiments :
Sont affectés au 80e R.I. :
PATUREAU, Capitaine, De LAVARENE, Capitaine, FERRANDI, Lieutenant, HUBERT, Lieutenant, TRIQUET, Médecin Aide-Major de 1ère classe, FAYET, Sous-lieutenant SEYCHAL, Sous-lieutenant, Et 334 hommes de troupe.

 

 

  • Le Sergent Cordier (Cordon)

Cordier

Le grade de sergent est identifiable par le galon doré positionné en oblique sur la manche. Sur le verso de la carte, le sergent Cordier est indiqué originaire de Reuilly.

Aucune autre information n'a été trouvée au moment de la première rédaction de ce message.
Fin limier, Sébastien Ducongé qui avait indentifié le lieu de la prise de vue (voir plus haut) m'annonce avoir trouvé trace du sergent Cordier suite à la mise en ligne des fiches matricules sur le site des Archives départementales.

Le sergent Cordier est Alfred Cordier matricule 636 de la Classe 1903 du bureau de recrutement de Châteauroux. (Sa fiche matricule pages 221 et 222)
Natif de Reuilly, le 27 février 1883, il exerce la profession de Vigneron et réside à Reuilly en 1903 lors sa conscription.

Lors du conflit, mobilisé le 3 août 1914 au 90e RI (?), il passe au 290e RI à compter du 8 novembre 1914 et poursuit son parcours au front jusqu'en 1918.

A noter une citation à l'ordre du régiment en date du 31 mai 1918 (Juste avant la dissolution du 290e RI): "Sous-officier brave et énergique. Au front depuis novembre 1914, a toujours donné le meilleur exemple à ses hommes. A pris part aux actions de Belgique où il a été blessé le 3 décembre 1914 ainsi qu'à celle de l'Artois le 25/09/1914" (Sic, Il s'agit d'une erreur de transcription, il faut bien évidemment lire 1915)
Cette citation lui attribue la Croix de Guerre à l'ordre du Régiment.

Comment être sur de cette identication? Les points concordants sont nombreux, un de ces points n'est pas une preuve juste une impression subjective. Je vous laisse découvrir sa description physique et notamment la mention de la taille de son nez. Un doute est cependant présent lorsque voit la mention de la couleur de ses cheveux et sourcils

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Sources: AD36 - Bureau Châteauroux - Classe 1903 - R 2386 - Matricule numéro 636

 

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22 février 2016

Charles Aussudre, le 1er mort du département de la bataille de Verdun

Il est des soldats qui sont remarquables non pour leur parcours personnel, mais parce qu'ils étaient des participants d'une date clé du conflit, d'un événement particulier.
J'avais abordé jusqu'à présent le cas de Jean TAUVY, le 1er mort du conflit et ce dès le 2 août 1914, je reviendrais plus tard sur le cas du capitaine DEREMETZ qui fut le 1er natif du département mort au combat.

Aujourd'hui, il y a 100 ans, nous étions 2ème jour de la bataille de Verdun et je voulais signaler Charles AUSSUDRE originaire de La Châtre Langlin (36) qui fut le natif du département et 1er mort à Verdun suite au déclenchement de cette terrible bataille qui dura jusque vers la fin de l'année 1916, quelques 300 jours.

Charles Elie AUSSUDRE est né le 19 février 1876 à La Châtre Langlin (36) et résidait à Courbevoie (92) au déclenchement du conflit.
Il était Sapeur Mineur de la Cie 6/1T du 9ème RG, il décède le 22/02/1916 à Cumières (55) "Blessures de guerre" très certainement liées au bombardement.

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On retrouve trace du décès du sapeur-mineur AUSSUDRE dans les notes du Journal de Marche de le Compagnie 6/1T du 9e Génie:

CaptureJC
Sources: Mémoires des Hommes - SHD - JMO26 N 1320/16

Toujours dans le Journal de marche de la Cie 6/1T, il est possible de suivre l'activité de la Compagnie en ces jours difficiles.

Sa fiche sur le site Mémoires des Hommes.

Il figure sur les Monuments de La Châtre Langlin et de Courbevoie (92). Son acte de décès fut transmis le 27/08/1918 à la mairie de cette dernière commune.

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02 décembre 2015

3 décembre, en mémoire de Lucien porté disparu à Broodseinde.

La journée du 3 décembre est un jour particulier pour moi. Il y a 101 ans disparaissait mon arrière grand oncle Lucien Bessonneau.
Au travers de ce message, je vais donc reprendre la quasi intégralité des messages que j’ai jusqu’alors rédigé sur ce sujet. Je souhaite les rassembler en un seul et en profiter pour les compléter. Rien de plus que l'année dernière, je republie le message qui me servit pour les 100 ans de la disparition.

Ce 3 décembre 1914, le 290ème RI et surtout la 17ème Cie eurent à subir de lourdes pertes dans les tranchées de Zonnebecke. Le JMO relève pas moins de 17 tués, 65 blessés et 54 disparus. L'un d'eux était mon arrière grand oncle Lucien Bessonneau. Il est à l'origine de ce blog. En effet, tout commença vers 2001, j’effectuais alors l’arbre généalogique de la famille, je suis d'ailleurs membre de la Société de Généalogie du Bas-Berry depuis l’année 2000.

En 1996, j’avais racheté la maison de mes grands parents et, dans les papiers de Fernande, ma grand-mère paternelle, je retrouvais quelques documents qui concernaient mes arrières grands-parents Bessonneau. Ma sœur Isabelle, quelques années auparavant avait eu la bonne idée de faire identifier par notre grand-mère, divers clichés en sa possession dont certains lui venaient directement de ses parents, les époux Louis Bessonneau et Marguerite Privat. Dans ces documents, se trouvaient quelques vieilles lettres. A l'aube des années 2000 donc, lors de la mise en place des données en ma possession, j’analysais celles-ci et les intégrais dans mon logiciel.

Un personnage m’apparaissait, il s’agissait de Lucien Bessonneau le frère de Louis. Je n’en avais jamais entendu parler.

Après quelques questions dans le cercle familial, il ressortait que celui-ci était mort à la guerre et qu’on ne savait ce qu’il était devenu ; « Il est peut-être mort à Verdun ». Aucunes autres précisions.
Sachant que les Bessonneau étaient originaires de Cuzion (36), je me rendais donc à la mairie de ce lieu pour au final ne rien découvrir. Il ne figurait ni sur le monument et aucun acte de décès n’était inscrit sur le registre. A l’époque, il était difficile d’effectuer des recherches, mais les prémices de l’internet grand public commençaient à permettre l’ouverture de certaines portes.

En préparant ce message, dans les profondeurs du net, j’ai d’ailleurs retrouvé mon premier message sur le sujet. Celui date du 29 janvier 2001 :

CaptureFR_REC_GENEA

Ne sachant pas comment rechercher, je cherchais de l’aide. Il apparut bien vite qu’il était nécessaire de se déplacer aux Archives Nationales pour pouvoir consulter le fichier des Morts pour la France.
Sur des micro films, il était possible de visualiser les fiches maintenant en ligne sur le site Mémoires des Hommes.

Quelle ne fut pas ma surprise et la joie de découvrir de nouveaux éléments. Lucien Bessonneau, rattaché au 290ème RI, avait été porté disparu à Zonnebecke (Be) le 3 décembre 1914. Son acte de décès était à Badecon, dans la commune.

La fiche que je m’empressais de rédiger à mon retour du CARAN, rue des Francs Bourgeois (lieu de consultation):

CaptureFiche_CARAN

Maintenant que j’avais les informations que je recherchais, il me fallait comprendre. Je me mettais à la recherche concernant le 290ème RI, dont je n’avais jusqu’alors  jamais entendu parler.
On me dirigea vers le Service Historique de l’Armée de Terre, mais en avril 2001, la réponse me vint, toujours par l’intermédiaire d’internet, par un mail de Stephan Agosto

CaptureMail Stephan

A partir de là, tout se précipita, et commença l’aventure dont vous consulter le résultat.

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Intéressons nous maintenant à Lucien Bessonneau.

Lucien Bessonneau est né le 4 octobre 1887 à Cuzion, Indre. Sa famille est originaire de Saint-Plantaire, Gargilesse et si l’on remonte un peu plus, elle a pour souche la commune de Châteauponsac dans la Haute Vienne.
Il est le fils de Silvain Bessonneau qui est décédé en 1891, il était alors déclaré comme maçon. Lucien avait donc 4 ans lors du décès.  Silvain était marié à Angéle Blanchard originaire de Cuzion. La famille demeurait alors à Bonnu, sur la commune de Cuzion.
De ce couple, 3 enfants dont Lucien naquirent : Félicie Allanie (1881) et Louis Auguste (1884). Ce dernier est mon arrière grand-père.

En 1891, la famille figure sur les recensements de la commune de Cuzion. Silvain, le père est alors décédé, laissant Angèle seule avec les 3 enfants.

CaptureCuzion_Recensement1891
Sources AD36

Je perds ensuite la trace de Lucien dans les recensements.
Je ne retrouve les deux autres enfants, qu’en 1901, au sein de la famille Gaudeberge (oncle et tante), à Chatillon, commune de Badecon le Pin.

CaptureRec1901_Chatillon
Sources AD36

Découvrant au fur et à mesure, les fonds d’archives existant, en 2006, je me rendais aux Archives Départementales pour me procurer la fiche matricule de celui-ci.
En voici la transcription que j’en avais fait, à cette époque :

CaptureFicheMatricule

On note tout d’abord qu’il avait effectivement effectué son service militaire au 66ème RI et les photos de lui correspondent bien à cette période.

CaptureLucien66eRI_3

On note aussi qu’il réside avant le conflit à Paris, dans le 15ème arrondissement qui vit d’ailleurs aussi son frère Louis s’y implanter. Ma grand-mère y vécue et mon père Jean y naquit d’ailleurs.
Les maçons de Paris qui ne furent bien souvent pas que des limousins, venaient aussi des premiers contreforts du Massif Central qu’est le sud du département de l’Indre. Voici d’ailleurs une photo de mon arrière grand père Louis qui pose avec ses camarades sur un chantier (3ème en partant de la gauche).

CaptureLouisBessonneau

 

  • Lucien BESSONNEAU dans la Grande Guerre.

Considéré comme réserviste. Lucien est affecté au 290ème Régiment d’Infanterie. On imagine le voyage en train depuis la gare d’Orsay et l’arrivée à Châteauroux :

Le lieutenant SOHIER du 290ème rapporte :
« Châteauroux. - La ville qui m'était toujours apparue morne et quasi déserte, est grouillante à mon arrivée. Plus de place dans les hôtels; les rues sont peuplées d'une foule un peu tourbillonnante jusque tard dans la nuit. Du mouvement, voire même de l'agitation, mais pas de bouillonnement véritable; c'est là ce que je constate. Est-ce l'anxiété du drame attendu qui coiffe les esprits? Certes, on prépare un douloureux départ. Mais à Paris aussi, et pourtant les vibrations des cœurs étaient souvent bien sonores là-bas. Non. Ici nous sommes dans le Berry, et le Berry impose son impassibilité fataliste dès que l'on y pénètre
Dès le premier soir le régiment de l'active s'embarque. Il quitte la caserne à la nuit tombée, musique
en tête, drapeau déployé. A la lueur des phares d'acétylène il s'est préparé. Il défile superbement dans la ville éclairée. Les Berrichons sont remués presque jusqu’a l'enthousiasme, juste ce qu'il faut pour acclamer. Rien de trop, et le spectacle revêt une grandeur calme, émouvante. »

« Un commandant nous fait une conférence. « N'oubliez jamais que la meilleure défensive c'est l'offensive. En avant, toujours en avant, à la baïonnette.
On nous emmène au terrain de manœuvre de Châteauroux. Une zone pierreuse sans rien pour se défiler. On simule une attaque. Le régiment est déployé. Vite, j'établis la liaison avec des réserves imaginaires. Je rends compte au colonel. Quelles réserves ? Où sont-elles ? Là-bas, je suppose, et je vais établir la liaison avec les troupes en ligne. Le colonel sourit, ironique. Je suis un peu vexé. On verra bien.
Le régiment s'élance à l'assaut. « Ils ne courent guère, dit le colonel. » Mais un berrichon a-t-il jamais couru ?
Sous la mitraille on verra bien.
Il ne courra pas mais il arrivera. »

« L'aspect de Châteauroux ne change pas en ces jours de fièvre.
Un instant pourtant, il y a du brouhaha. Une bousculade, des cris, des injures, des coups. Une bagarre éclate soudain. C'est simplement un député pacifiste que l'on veut jeter... au front. Eh, eh, nos berrichons! Mais vite la ville reprend son allure. Du mouvement, voire même de l'agitation, mais pas de bouillonnement véritable.
Tout cela a duré longtemps. Oh! oui! quatre jours, je crois.
Et un soir la cour c'est encore embrasée aux feux de l'acétylène. Le régiment s'est rangé. Il n'y a pas de manquants. Le berrichon aime le pinard, mais dans les grandes occases il sait se tenir. Une allocution du colonel, brève, simple, vibrante. La musique sonne :Aux Champs, le drapeau se déploie aux mains de l'ami de Tarlé. Silence. Un pincement violent au cœur, quelques larmes aux bords des cils. Un ordre bref, et le régiment s'ébranle. On se redresse, on se recueille.
Et dans la ville, le régiment défile. Je suis en tête de mon petit peloton, tout en queue de la grande troupe. La foule suit et accompagne. Puis, par une route sans lumière, on gagne la gare d'embarquement, et les civils ne laissent guère de place pour que mes hommes restent en rang. Je grogne. On ne grogne pas. »

Le régiment part donc les 9 et 10 aout, par deux convois ferrés, direction le Grand Couronné de Nancy.

Retrouvez des traces du parcours d’un combattant au sein d’un régiment est peu aisé. Il apparait parfois au fil des lignes du Journal de marche, mais c’est alors soit par souci de reporter un exploit et bien plus souvent, il apparait dans les notes reportant les pertes du régiment.

Lors de la bataille de la Marne, le patronyme Bessonneau apparait dans la liste des blessés du 9 septembre 1914:

CaptureJMO_19140909
Sources SHD JMO 290ème RI

La mention suivante est en date du fatidique 3 décembre 1914 :

CaptureJMO_19141203
Sources SHD JMO 290ème RI

Cette fois, c’est fini. Lucien Bessonneau est reporté dans la colonne « Disparu ».

  • Que se passa-t-il ce jour là ?

Comme je l’indiquais, un peu plus haut, pour connaitre ce qui se passa ce jour là, il est tout d’abord nécessaire de relire le Journal de Marche et Opérations du régiment :

« 3 décembre 1914:
La situation devient de plus en plus critique pour la 17e Cie. Dans la soirée, 17h, le petit poste d’écoute placé dans une maison qui était à l’Est de la tranchée de la 17e Cie était surpris par les Allemands qui par des boyaux étaient arrivés jusqu’à quelques mètres de la maison. Ce petit poste eut un homme fait prisonnier, le caporal et les autres soldats purent se réfugier dans les tranchées.
De cette maison les Allemands qui y étaient arrivés en nombre lancèrent des grenades et par des meurtrières rapidement fermées tiraient sur les occupants.
Cette situation dura toute la nuit malgré les efforts des hommes à la compagnie pour empêcher les Allemands de jeter des bombes et de tirer sur eux. Des bombes leur furent également lancées.
Malgré deux retours offensifs exécutés simultanément par une fraction du 68e, la 17e Cie et une section de la compagnie de réserve, il fut impossible de déloger l’ennemi.
Au jour, le Commandant de la Cie pour éviter les pertes qui se faisaient déjà sentir cruelles fit renforcer les pare-balles au moyen de sacs à distribution et même de havresacs et de toiles de tentes remplies de terre. Malgré ces efforts, les tirs d’enfilade très meurtriers empêchaient les hommes de relever la tête pour tirer.
Vers huit du matin, les Allemands réussissaient à sauter dans la tranchée entre le 68e et le 290e et profitaient d’une contre sape faite par le génie et aboutissant au point de liaison des deux compagnies, armés de boucliers et de bombes ils se ruent sur les hommes occupant la tranchée et, après une lutte qui dura plusieurs heures, se maintiennent entre le 68e et le 290e, prenant plutôt le terrain du 290e.
Le Commandant de la Cie fit faire un barrage, mais ce barrage n’empêchait pas l’ennemi d’enfiler les tranchées et de rendre la situation intenable.
Par une autre maison sise près de la voie ferrée, les Allemands opéraient le même mouvement.
Le Commandant de la Cie voyant qu’il allait être complètement cerné par sa droite et sa gauche fit évacuer la tranchée par le boyau de communication la reliant avec la 20e Cie d’une part, et le poste de commandement du chef de bataillon du 68e. Il était 10h30 environ.
Le Cdt la Cie et ses hommes se maintinrent dans ce boyau jusqu’à la nuit.
A minuit le 114e relève le 268e et la Cie du 290e qui sont au nord de la voie ferrée. »

Ne pouvant déterminer qu’elle était la compagnie d’affectation de Lucien, évitons les approximations et contentons nous des faits relatés, ce qui permet déjà  de définir le contexte.
Une autre source provient des témoignages existants :
Tout d’abord commençons par celui du Colonel EGGENSPIELR, le chef de corps du 290ème RI:

« 3 et 4 décembre
La situation de la 17e devint de plus en plus critique.
La Compagnie avait un petit poste dans une maison située en avant de la droite de son front. Les Allemands, qui s'étaient approchés en sape tout près de la maison, avaient profité de l'obscurité, le 3 au soir, pour sauter dans la maison. Ils ont réussi à enlever un homme, les autres avec le caporal ayant pu regagner la tranchée principale. Les Allemands envahirent la maison en nombre. Ils se mirent aussitôt à y percer des créneaux, d'où ils lançaient sans cesse des grenades sur les portions de tranchée à leur portée. Malgré deux contre-attaques exécutées par la 17e, une section de la Compagnie de réserve, une fraction du 68e, il fut impossible de déloger les Allemands de la maison.
Cette situation dura jusqu'au 4 au matin. … »

On prendra soin de préciser que le Col EGGENSPIELER n’était pas en poste à cette date et qu’il se contente à s’inspirer du JMO et du témoignage Lieutenant Sohier ci-dessous:
Le lieutenant Sohier (déjà cité) écrit aussi sur cette journée, on notera au passage qu’il n’est pas tendre avec la hiérarchie du régiment et le 68ème RI :

« La nuit du 3 au 4 décembre est abominable. Le journal de marche relate assez exactement les faits. Mais un point est à préciser. Les Allemands ont sauté dans la tranchée du 68 qui prolonge les nôtres. De pauvres gosses de la jeune classe ont été coincés. Jamais le 68 n'a voulu en convenir. Et lorsque la 17e, attaquée par cette tranchée, après une lutte épique, est obligée de refluer, c'est nous que l'on accuse de fléchissement. Comment tenir pourtant, prise d'enfilade, refoulée vers la voie ferrée, tandis que d'une maison sise contre la voie, les Allemands, par infiltration, essayent de couper la gauche. Bien plus, un poste d'écoute, qui aurait pu être de quelque secours a été enlevé, les Allemands s'étant glissés par des boyaux bien dissimulés jusque dans la maison qu'il occupait.
Au P. C. c'est angoissant. Je suis toutes les péripéties en communication constante avec de Lavarène. Je préconise une contre-attaque pour prendre les boches au delà des lignes, en franchissant la voie ferrée. Mais celle-ci est repérée, flanquée, et pas un homme ne peut passer. Quand la 17e reflue il faut même couper la communication établie un peu en arrière, par un passage sous la voie, et bourrer de sacs à terre le couloir. C'est par la droite que se font les contre-attaques, vaines d'ailleurs. Pendant tout le temps qu'a duré l'ultime bagarre le commandant Renard a ronflé, ronflé et chaque fois que je le réveillais, il m'envoyait... péter. Le colonel Michel, dont le P.C. est joint au nôtre (le 268 est à notre gauche), me soutient et m'encourage. Mais que faire? »

Il existe aussi des témoignages indirects qui relatent les circonstances :
Le général Dubois (chef du 9e CA) signale une attaque du 290e le 3 décembre dans la région de Nieuvemollen.


Le tambour Retailleau dans les "carnets de Léopold Retailleau du 77e RI":
« Vendredi 4 décembre 1914: Journée assez mouvementée par le bombardement des Boches. Ils incendient trois ou quatre maisons dans Ypres. Nous apprenons que le 290e s'est fait esquinter dans une attaque à la baïonnette au clair de lune ...»

  • Où se trouve le secteur de disparition ?

Dans les sources écrites, je n’ai pas cité le JMO du 68ème RI, car le texte ne nous apporte rien. Cependant, une carte très importante est visible dans ce JMO, elle permet de situer le secteur : voir ICI

Le secteur:

Zonnebeke_Relief
Sources GoogleEarth

Ce travail de positionnement n’aurait pu se faire sans l’aide des amis du Forum Pages1418 et notamment Annie qui fit un repérage des lieux avant que j'entreprenne un voyage en Belgique

  • Que reste-t-il de Lucien ?

Sur place, à Zonnebecke, il ne reste rien. Je m'y suis rendu par deux fois, une première fois en 2006 et une deuxième fois en 2008. Malheureusement tous mes clichés pris lors de ce deuxième séjour ont été perdus suite à une panne informatique.

Le soldat Lucien BESSONNEAU aurait donc été porté disparu dans le champ de droite visible sur le cliché ci-dessous. Le chemin visible sur la photo est le parcours de l’ancienne voie ferrée.

Broodseinde_Voie ferrée

Une visite virtuelle à 360° est possible grace au site GoogleMaps: voir ICI

La dernière lettre de Lucien :
De Lucien Bessonneau, je n'ai qu’une lettre. Cette lettre, écrite depuis la Belgique, était adressée à sa belle-soeur, mon arrière-grand-mère Marguerite Privat (épouse Bessonneau).
Le maçon de Paris, que Lucien était, essaye, malgré les limites de son orthographe, de rassurer la famille restée en Berry et de donner des nouvelles.
Datée du 19 novembre 1914, Lucien ne se doutait certainement pas qu'il serait "porté disparu", quinze jours plus tard.

LettreLucien

Jeudi 19 novembre 1914
Cher Belle soeur

Je ten voi ses deux
mot se pour que je si
a popringe belgique
en aton le canon de
loin je nesipas encor ses
la ilge ?? il i y a encor
pour une journé de
marche
tou va bien pour le
momont ton bell beau
frère qui non brasse
bien unsi que ta
petit fil

Bessonneau Lucien

L’acte de décès :
En 1921, en l'absence de corps et au vu des documents fournis par l'armée, le tribunal de La Châtre émet un jugement permettant de dresser l'acte de décès en la commune du Pin et la transcription de la mention de Mort pour la France sur les documents administratifs.
« Au nom du Peuple Français, le Tribunal civil de La Châtre (Indre) a rendu le jugement dont la teneur suit:
Vu la requète qui précède Qui M. Souffron, président du tribunal en son rapport et M. le procureur de la République en ses conclusions le tribunal après en avoir délibéré a rendu le jugement suivant:
Attendu qu'il résulte des pièces mentionnées dans la requête présentée par M. le procureur de la République que le soldat BESSONNEAU Lucien Jean baptiste du 290e RI, né à Cuzion le 17 octobre 1887 de Silvain et de BLANCHARD Angèle, célibataire, domicilié à Le Pin a disparu le 3 décembre 1914 à Zonnebecke (Belgique). Vu la loi du 25 juin 1919 art. 9 Par ces motifs, le tribunal dit que le soldat BESSONNEAU Lucien Jean Baptiste est "Mort pour la France" le 3 décembre 1914 ) Zonnebecke (Belgique). Ordonne que le présent jugement sera transcrit sur le registre de décès de l'année courante de la commune de Le Pin et que mention de ce jugement sera faite à la date que l'acte de décès aurait du occuper tant sur le double du registre des décès qui existe à la mairie de Le Pin que sur celui déposé au Greffe du Tribunal conformément à l'article 92 du Code-Civil ... »

Le diplôme de Mort pour la France :
La préfecture de l’Indre tenait donc une comptabilité de la remise de ce diplôme, ce qui permet de connaitre la liste des récipiendaires. Cela permet donc d'avoir une liste de presque 9500 noms d'Indriens. Mais, il est cependant assez difficile de se retrouver dans cette liste, le point d’entrée est la date de jugement ou de transcription.
Mon arrière grand oncle Lucien Bessonneau. tout d'abord, voici sa fiche "Mémoires des Hommes" :

DiplomeMPF
Sources Mémoires des Hommes et AD36 R982

Le jugement eut lieu en décembre 1920, pour une transcription sur les registres du Pin en janvier 1921. Il fallut attendre le 25 octobre 1921 pour une prise en compte par la Préfecture. Lucien Bessonneau se vit attribuer le numéro 8244.
Il semblerait que les diplômes étaient envoyés aux communes, à elles la charge de les remettre aux familles, au vu des nombreux documents joints à cette cote de la série R.
Qu'est devenu le diplôme de Lucien Bessonneau? Je ne le sais pas.

 

Les décorations :
Un ami, Jean Pierre Létang recherchait dans le Journal Officiel des traces de médaillés. Or, en consultant le J.O. du 17 septembre 1924, il a eu la surprise de découvrir un patronyme qui lui disait quelque chose. Bessonneau!!! Non pas le célèbre industriel angevin, mais le grand-oncle d'un de ses correspondants, c'est à dire moi-même. Il m'en avertit alors.
Autant vous dire, que j'ai eu un sacré frisson lorsque j'ai lu et relu le mail.

Decorations
Sources GallicaBNF

Le Livre d'Or communal:Via le site des Archives Nationales, il est possible de retrouver le livre d'or communal, sur lequel figure le nom de Lucien.

 

CaptureJCh

Le lieu de repos de la dépouille:
Soldat disparu au combat, Lucien est vraisemblablement sans sépultures, quelque part du côté de Broodseinde. Cependant, lors de ma visite, je ne pu m'empêcher de penser à lui lors de ma visite de la nécropole Saint Charles de Potyze à Ypres (Sur la route entre Zonnebeke et Ypres).

Il s'agit du lieu de Mémoire incontournable de ce secteur qui connu les combats de 1914 à 1918. Peut-être y est il, peut-être pas.

060419 010 060419 111
Entrée de la nécropole                                                         Le Monument et l'ossuaire

060419 272

 

Le monument aux morts
Sur le monument communal, le nom Bessonneau ne figure pas. Courant 2012, je le signalais au maire de la commune. Or, le  11 novembre 2012, le premier magistrat de la commune, après le dépôt de gerbe et le discours habituel reprit la parole pour annoncer son intention de faire rajouter le nom de Lucien sur le monument ainsi que ceux de 2 autres soldats ne figurant pas sur le monument.

11 novembre

 

Depuis cette promesse faite en public, quatre ans se sont écoulés et rien n’a été fait …

 

Petit rajout de fin de journée:

Aujourd'hui, 3 décembre 2014, sur le site GoneWest.be, Lucien Bessonneau est apparu sur le monument virtuel. il figurait dans la liste des 355 morts recensés de ce jour.

CaptureJH1

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25 septembre 2015

25 septembre 1915, "In Memoriam" Ludovic Buchenet.

En ce 25 septembre 2015, je ne peux m'empêcher de quitter les soldats du département de l'Indre dont j'ai déjà traité plusieurs fois le triste anniversaire et de m'intéresser à l'arrière grand-père de mon amie Mireille.

J'ai donc une pensée pour Ludovic Buchenet, un marsouin de Brest qui termina sa vie à Souain en ce 25 septembre 1915, lors des offensives de Champagne, au sein du 52e RIC en tant que Sergent-Major.

Né le 14 décembre 1878 à Brest de feu Ludovic Catherine et de Jeanne Coloigner, lors du recensement, il déclare la profession d'employé.
Dans le cadre de son service militaire, il est affecté au sein du 2e régiment d'artillerie de Marine, le 5 octobre 1898, et est alors 2e Canonnier servant. Il passe brigadier en 1899  et  participe aux campagnes de Madagascar et du Soudan. Il sera d'ailleurs médiallé de ces 2 expéditions. Il est libéré du service actif en 1903.
En 1905, il décide de s'engager mais cette fois au 6e Régiment d'Infanterie Coloniale, repartant alors au bas de l'échelon militaire. Il passe 1ère classe en 1904, caporal en 1905, caporal-fourrier en 1906. En décembre 1906, il est affecté au 2e Régiment de Tirailleurs Sénégalais. Il renouvelle alors son engagement.

En 1909, il passe au 6e Colonial. En parallèle, le 11 décembre 1909 à Brest, il épouse Anne Godec.

CaptureJC6
Anne Godec et le sergent Ludovic Buchenet


Il devient sergent-fourrier en 1910 puis sergent en 1911. Cette même année 1911, il passe au 1er régiment de tirailleurs malgaches puis au Bataillon Sénégalais en 1912.

1911 est aussi l'année de naissance de sa fille Lucienne, à Brest. Sa femme est donc restée en métropole.

CaptureJC2
Anne Buchenet née Godec et Lucienne


En 1913, de retour en Métropole, il se voit être affecté au 2e Colonial. Du fait de la fin de son engagement, il est libéré le 11 avril 1914.

Devenu civil, le 3 aout 1914, il est mobilisé au 2e Colonial et est nommé Sergent-fourrier le 17 aout 1914. Le 2 mai 1915 obtient le grade de Sergent-Major. Le 4 mai 1915, il passe au 2e Bataillon mixte de marche (aussi nommé 2e Régiment mixte Colonial). Dans la foulée, ce bataillon devient le 52e Régiment d'Infanterie Coloniale. Il suit alors le parcours de ce régiment.
Le 25 septembre 1915, au sein donc du 52e RIC, il tombe dans le secteur de Souain (Marne).

CaptureJC5
Ludovic Buchenet
(Cliché pris en 1915- Tenue bleu horizon)

CaptureJC7

Le 52e RIC faisait partie de la 10e Division d'nfanterie Coloniale qui menait le combat sur l'attaque de l'ouset de la Butte de Souain et l'Est de la ferme de Navarrin, le coeur de l'offensive. La 10e DIC, le 25 septembre 1915, enleva la 1ère ligne ennemie.
Le corps de Ludovic ne fut jamais retrouvé et repose donc toujours en Champagne. Peut-être repose-t-il à la Nécropole de Souain - La Crouée. Plus de 30700 corps français reposent dans cette nécropole. 9000 corps ont pu être identifiés et sont inhumés en sépultures individuelles. Les quelques 21000 autres soldats sont regroupés au sein de 8 ossuaires.

Souain La Crouee

 

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13 septembre 2015

1 femme, 21 Morts pour la France ou les liens familiaux entre les poilus de Nuret le Ferron (36)

Il s'agit là d'un article un peu spécial. Il n'a pas été écrit par l'auteur habituel, mais par un autre "14-18 phile" du département. Je veux parler de Didier Bléron, un passionné qui effectue un remarquable travail de Mémoire au sein de sa commune ( "Les oubliés de Nuret le Ferron" )

Ce dernier m'a récemment proposé de me transmettre un article qu'il avait rédigé pour le bulletin municipal de sa commune. Rien que pour l'intention, je le remercie. Mais je le remercie encore plus pour la qualité de la recherche effectuée et pour l'originalité de sa recherche:

Etablir un lien entre les différents soldats inscrits sur le monument aux morts communal.

Je ne reprends ici que la première partie de son article qui nous dévoile des aspects intéressants sur les relations sociales et familiales d'une communauté villageoise, au sein d'une petite commune rurale de l'ouest du département de l'Indre.

Je lui laisse donc le crayon:

 

Voici une étude, non exhaustive, sur les liens familiaux entre les morts pour la France de la première guerre mondiale, de Nuret-le-Ferron et des environs.

L’idée m’en est venue lors d’une conversation avec Monsieur Pierre REMÉRAND, lors de la cérémonie du 11 novembre 2014, devant l’exposition des biographies des poilus de la commune ferronnaise morts pendant le conflit.

Prenons l’exemple de Louise MOMOT, comme suggéré par Monsieur REMÉRAND. Cette jeune femme, mariée à la veille de ses 21 ans, huit mois avant la déclaration de la guerre, a perdu en 14-18 son époux, le frère de celui-ci, trois des beaux-frères du frère de son mari, dont des jumeaux, trois de ses frères, le mari d’une de ses sœurs, le mari et le beau-frère de deux des sœurs de son époux, un de ses cousins et le cousin de celui-ci, ainsi qu’un cousin de son époux. De plus elle se remarie en 1921 avec le frère de deux autres jeunes inscrits sur le monument aux morts de Nuret-le-Ferron. En élargissant les liens de parentés des uns et des autres, nous arrivons au nombre de vingt et un morts pour la France dans l’entourage de Louise.

DidierBleron_MariageMOMOT_1
Pierre MÉRIOT [01] et Louise MOMOT lors de leur mariage

Voyons tout cela dans le détail, avec l’aide visuelle de l’arbre généalogique ci-dessous.

DidierBleron_ArbreGeneaMOMOT_1

Les liens familiaux à partir de Louise MOMOT:

(Chaque mort pour la France est rattaché à un numéro, du style [01], afin de mieux se repérer dans cette énumération et dans l’arbre généalogique ci-dessus et dans le texte ci-dessous.)

Louise MOMOT, née le 18 décembre 1892 à Nuret-le-Ferron, épouse le 2 décembre 1913 Pierre MÉRIOT [01], tué à l’ennemi le 25 septembre 1915 à Wailly (62).

Celui-ci  est  le  frère  de  Louis  MÉRIOT  [02], disparu au combat le 6 novembre 1914 à Zonnebeke (Belgique) et époux de Léontine Valentine GAUTRON, sœur de Louis Aurélien GAUTRON [14], de Jean Baptiste GAUTRON [12] et de Louis Gaston GAUTRON [13], tous les trois morts pour la France et cités plus loin. Pierre MÉRIOT [01] a également pour sœurs Marie Louise MÉRIOT, qui a épousé Louis Aurélien GAUTRON [14], et Joséphine MÉRIOT, épouse d’Eugène Octave BRUNET, lui-même frère de François BRUNET [03], tué à l’ennemi le 27 avril 1918 à Renningelst (89).

Louise MOMOT épouse en secondes noces le 9 avril 1921, Louis BERTHOMMIER, frère de Georges BERTHOMMIER [04], décédé de ses blessures de guerre le 1er mai 1916 à Ville-sur-Coussances (55), et de Rémi BERTHOMMIER [05], tué à l’ennemi le 12 août 1916 à Cléry-sur-Somme (80).

Elle a aussi trois frères qui font partie de cette triste liste :

Georges MOMOT [06], décédé en captivité de ses blessures de guerre le 24 avril 1915 à Gardelegen (Allemagne) et marié à Louise MOREAU, la sœur de Joséphine MOREAU épouse de Louis Gaston GAUTRON [13] ;

Adrien MOMOT [07], décédé le 2 décembre 1916 à son domicile de Nuret-le-Ferron des suites d’une maladie contractée au service ;

Céleste MOMOT [08], décédé de ses blessures de guerre le 26 février 1916 à Bras-sur-Meuse (55).

Louise MOMOT a également été touchée du côté de sa sœur, Marthe MOMOT, qui est l’épouse d’Olivier PERRIN [09], décédé le 24 avril 1915 à Thouars (79) des suites d’une maladie contractée au service.

Par sa mère, Joséphine CELESTE, elle est la cousine de Louis PINÇON [10], décédé de ses blessures de guerre le 9 septembre 1914 à Linthelles (51), lui-même petit-cousin d’Alexandre PINÇON [11], tué à l’ennemi le 17 décembre 1914 à Potyze (Belgique).

Revenons à la fratrie GAUTRON, qui était composée de :

Jean Baptiste GAUTRON [12], tué à l’ennemi le 5 avril 1918 à Rouvrel (80) ;

Louis Gaston GAUTRON [13], jumeau du précédent, décédé de ses blessures de guerre le 29 octobre 1914 sur le navire-hôpital La Bretagne, entre Dunkerque(59) et Cherbourg (50), époux de Joséphine MOREAU, la sœur de Louise Moreau, épouse de Georges MOMOT [06] ;

Louis Aurélien GAUTRON [14], disparu au combat le 6 novembre 1914 à Zillebeke (Belgique), marié avec Marie Louise MÉRIOT, sœur de Pierre MÉRIOT [01] et de Louis MÉRIOT [02] ;

Léontine GAUTRON, épouse de LOUIS MÉRIOT [02].

Pierre MÉRIOT [01] est, par son père, le cousin de Léon GIRAULT [15], tué à l’ennemi le 8 novembre 1916 à Ablaincourt-Pressoir (80), lui-même frère de Jean Baptiste GIRAULT, époux de Léonie COTINIÈRE, sœur de Marie COTINIÈRE qui a épousé Philippe NUHANT [16], décédé de ses blessures de guerre le 29 octobre 1915 à Amiens (80). Philippe NUHANT [16] a pour frère Fernand NUHANT [17], décédé le 15 mai 1917 à Dinan (22) des suites d’une maladie contractée au service, mari de Joséphine MARGOUX, la sœur de Désiré MARGOUX [18], décédé en captivité le 5 décembre 1918 à Vorbeck (Allemagne) des suites d’une maladie contractée au service. Marie et Léonie COTINIÈRE sont les cousines de Louis COTINIÈRE [19], décédé de ses blessures de guerre le 9 septembre 1914 à Montereau (77).

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Léon GIRAULT [15]   -   Désiré MARGOUX [18]

Alexandre PINÇON [13] est le frère d’Henriette PINÇON qui a épousé Alexandre LABEL, frère d’Alphonse LABEL [20], tué à l’ennemi le 22 août 1914 à Signeulx (Belgique). Ce dernier est le cousin de Jules LABELLE [21], décédé le 5 août 1917 à son domicile de Nuret-le-Ferron des suites d’une maladie contractée au service.

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Drapeau des conscrits de la classe 1911 sur lequel sont inscrits Jules LABELLE [21] et Alexandre PINÇON [11]


Index des soldats Morts pour la France:

[01] Pierre Alexandre MERIOT, né le 15 septembre 1888 à Nuret-le-Ferron, mort à 27 ans (68e RI) et inscrit sur le monument de Nuret-le-Ferron.

[02] Louis MERIOT, né le 13 novembre 1885 à Nuret-le-Ferron, mort à 28 ans (268eRI) et inscrit sur le monument de Nuret-le-Ferron.

[03] François BRUNET, né le 8 décembre 1893 à Thenay, mort à 24 ans (156e RI) et inscrit sur le monument de Nuret-le-Ferron.

[04] Georges BERTHOMMIER, né le 6 mars 1889 à Nuret-le-Ferron, mort à 27 ans (68e RI) et inscrit sur le monument de Nuret-le-Ferron.

[05] Rémi BERTHOMMIER, né le 26 juin 1892 à Nuret-le-Ferron, mort à 24 ans (170e RI) et inscrit sur le monument de Nuret-le-Ferron.

[06] Georges MOMOT, né le 14 décembre 1886 à Nuret-le-Ferron, mort à 28 ans (268e RI) et inscrit sur le monument de Nuret-le-Ferron.

[07] Adrien MOMOT, né le 21 août 1990 à Nuret-le-Ferron, mort à 26 ans (268e RI) et inscrit sur le monument de Nuret-le-Ferron.

[08] Céleste MOMOT, né le 26 janvier 1894 à Nuret-le-Ferron, mort à 22 ans (10e RG) et inscrit sur le monument de Nuret-le-Ferron.

[09] Olivier PERRIN, né le 8 octobre 1889 à Oulches, mort à 25 ans (9e SIM) et inscrit sur le monument de Nuret-le-Ferron.

[10] Louis PINÇON, né le 6 juin 1893 à Nuret-le-Ferron, mort à 21 ans (90e RI) et inscrit sur le monument de Thenay.

[11] Alexandre PINÇON, né le 28 septembre 1891 à Nuret-le-Ferron, mort à 23 ans (68e RI) et inscrit sur le monument de Nuret-le-Ferron.

[12] Jean-Baptiste GAUTRON, né le 5 octobre 1884 à Luzeret, mort à 33 ans (268e RI) et inscrit sur le monument de Neuillay-les-Bois.

[13] Louis Gaston GAUTRON, né le 5 octobre 1884 à Luzeret, mort à 30 ans (268e RI) et inscrit sur le monument de Nuret-le-Ferron.

[14] Louis Aurélien GAUTRON, né le 1er décembre 1885 à Luzeret, mort à 28 ans (268e RI) et inscrit sur le monument de Nuret-le-Ferron.

[15] Léon Alexandre GIRAULT, né le 19 juin 1895 à Nuret-le-Ferron, mort à 21 ans (1er RZ) et inscrit sur le monument de Nuret-le-Ferron.

[16] Philippe NUHANT, né le 6 avril 1880 à Ciron, mort à 35 ans (268e RI) et inscrit sur le monument de Thenay.

[17] Fernand NUHANT, né le 27 décembre 1883 à Ciron, mort à 33 ans (2e RA Colo) et inscrit sur le monument de Nuret-le-Ferron.

[18] Désiré MARGOUX [18], né le 2 mars 1890 à Chasseneuil, mort à 28 ans (66e RI) et inscrit sur le monument de Nuret-le-Ferron.

[19] Louis COTINIÈRE [19], né le 7 février 1890 à Chitray, mort à 24 ans (44e BCP) et inscrit sur le monument de Rivarennes.

[20] Alphonse LABEL [20], né le 24 décembre 1892 à Nuret-le-Ferron, mort à 21 ans (113e RI) et inscrit sur le monument de Nuret-le-Ferron.

[21] Jules LABELLE [21], né le 5 novembre 1891 à Nuret-le-Ferron, mort à 25 ans (32e RI) et inscrit sur le monument du Nuret-le-Ferron.

 

Dans l'index ci-dessus, les numéros d'unités ont été rajoutés par l'auteur principal du blog, car il nous a semblé significatif de signaler que sur 21 noms, 12 ont un lien avec les unités du département et surtout que 10 d'entre eux étaient affectés soit au 68e ou au 268e RI, les régiments du Blanc, la sous-préfecture et ville de garnison située à moins de 35 kilomètres. Pour rappel, la commune de Nuret dépend de l'arrondissement du Blanc.

Un très grand merci à Didier Bléron pour sa disponibilité et la confiance qu'il me fait.

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12 juin 2015

Léon Meunier, le tambour-major du 90e (réactualisé 2015)

Régulièrement, je trouve de vieilles photos du 90ème RI. Il s'agit là d'une marotte parfois onéreuse, mais pleine de rebondissement. Bien que n'étant pas très physionomiste, il m'arrive de retrouver certains visages régulièrement.

Le dernier en date est un moustachu du 90ème RI. Pas n'importe lequel, un sous officier de la musique du régiment de Châteauroux. Par deux fois, j'ai diffusé son portrait via ce blog, mais cette fois, un troisième cliché le représente à nouveau. On fini par s'attacher.

Voici donc le tambour-chef Léon Meunier:

RI090_SousOff_Musique1909

Pourquoi lui? Où l'ai-je déjà vu?

Notre première rencontre se fit via l'album du régiment de 1904:


RI090_SousOff_Musique1904

Ensuite, deux cartes-photos me permirent de l'identifier nommément. Ces deux clichés le représentent avec ses hommes pendant des pauses casse-crôutes effectuées lors de manoeuvres en 1909 et 1910.
La carte de 1909 dont j'avais effectué la mise en ligne l'été dernier, est de sa main et permet de lui donner un nom.

63393006_p 63146676_p

 

Celle trouvée il y a moins d'un mois est celle qui a été le déclencheur de ce rapprochement. Encore lui! me suis-je alors dis.
Toujours en pîque-nique, voici à nouveau notre tambour-major:

63146750_p 63393071_p

Léon Meunier, tambour-major de 1904 à 1910 connut il le conflit? La réponse malheureusement est très certainement oui, mais en l'absence de données concrètes, il est difficile de repondre.

Sur le site Mémoires des Hommes, on trouve la fiche de Léon Eugène MEUNIER, adjudant-chef du 90ème RI en 1918, mais étant de la classe 1911, il ne peut s'agir de lui.

RI090_MPLF_MeunierLeonEugene

Notre tambour-major restera un visage sur de vieux clichés.
Merci à l'ami Stephan, pour des points de détails qui m'ont permis d'éviter un impair.

Rajout 30 juin 2011

Décidement, il y a des personnes comme le tambour-major Léon Meunier qui me poursuivent. Récemment, j'ai à nouveau mis la main sur une nouvelle carte où ce dernier apparait.

RI090_EcoleMusique_Recto_Resize

L'intitulé "90e d'Infanterie - l'Ecole" est clair et précis. Notre tambour-major a en charge la formation des clairons et tambours du régiment.

La correspondance au verso est de l'ordre privé, mais nous permet de déterminer des éléments sur notre chef de musique.
Léon est vraissemblablement marié. La carte est signée "Julie Jeanne et Léon" et débute ainsi "Chers cousins". Nous sommes bien dans le cadre d'une correspondance familiale.

RI090_EcoleMusique_Verso_Signature

En réalité, il s'agit de la deuxième de ce type. Sur la précédente, je n'avais pas prêté attention à la signature "JJ et Léon"

RI090Musique_PiqueNique1910_Verso_Signature

Dans les deux cas, la carte est adressée à la même famille (Cousins) demeurant à Coudes, dans le Puy de Dôme.

A quand de nouvelles informations concernant Léon Meunier? Je ne sais. En attendant, je passe le blog en mode "vacances" et vous retrouverai certainement aux alentours de fin août, début septembre.

Rajout 20 octobre 2012

Il y a des personnes qui vous poursuivent, Léon Meunier est de ceux-là.
Regardez bien, il est là au centre de cette carte des ous-officers du 90e RI en 1906, au premier rang.

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79850202_p

 

Il s'agit donc de la quatrième photo où apparait notre tambour-major favori.

Rajout 12 juin 2015

Décidemment Léon Meunier devient la mascotte du forum. Il y a moins d'une semaine, j'ai trouvé un cinquième cliché le concernant. Ce cliché possède le même tampon encreur que sur le cliché en extérieur diffusé en 2011 où se trouve indiqué " 90e d'infanterie - L'école"

RI090_EcoleMusique1_RectoNB

CaptureMeunier1

Malheureusement, le texte accompagnant ce dernier cliché n'apporte pas d'élément supplémentaire.


Sources:
Collection personnelle de l'auteur
Mémoires des Hommes

 

 

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24 mars 2015

Eugène AUBARD Un territorial dans la Grande Guerre (1918)

Le journal d'un pépère
du 65ème Régiment d'Infanterie Territoriale
Année 1918

Janvier 1918

le premier
Je vais à la visite pour mal à un œil.

Le 2
Je suis dirigé à Noyon, l’oculiste me donne un billet d’hospitalisation, je couches à Villequier

Le 3
Je retourne au fort prendre ce qui m’appartient. Je reprends l’auto à Liezt et de l’ambulance de Villequier je suis dirigé à Noyon à l’ambulance 3/8 où je reste jusqu’au 23 janvier


Une CPA envoyée à son fils Camille le 6 janvier 1918

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6 janvier 1918
Mon cher Camille
J'ai bien reçu ta belle carte du jour de l'an mais à présent je serais quelques
temps sans recevoir de vos nouvelles ce qui est le plus ennuyeux. Pour moi,
tu sais ça vas assez bien. je suis plus heureux qu'aux tranchées. Je ne crains
plus le froid il as encore augmenter cette nuit mais le poele réchauffe bien. Tu
n'as pas chaud, à partir de si bonne heure. je suis sûr que les clous des souliers
ne sont pas à la noce à glisser tous les jours c'est vrai que ça réchauffe les
pieds. bonjour à toute la famille et reçois les meilleurs baisers de ton papa,
qui songe toujours à vous tous.
Eugène
Ambulance 3/8 secteur 164

Le 23
Je suis évacué sur l’intérieur, départ de Noyon par le train sanitaire. A Compiègne on complète le train, à Creil nous mangeons et repartons à 7 heures du soir. Nous passons par Achère, Chartres, Le Mans, Laval où nous buvons le café. Rennes, la soupe. Départ à 11 heures, Vitré, St Brieuc, Guigamp, Morlaix, Landerneau

Le 24
Arrivée à Brest par l’arsenal à 6 heures du soir et dirigé sur l’Hôpital Maritime.

 

Une CPA envoyée à son fils Camille le 24 janvier 1918

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24 janvier 1918
Hôpital Maritime Salle 1 bis
à Brest (Finistère)
Mon cher Camille
Le docteur m'as visité hier soir. C'est la même chose qu'à Noyon on as
commencer par me donner (?) de l'atropene (?) pour faire grossir la
prunelle. Je suis passer à la  Causpie (?) et je vais sans doute y repasser
ce soir. Tu parles d'un grand hôpital et si c'est bien tenu. On se lève à
7 heures et on se couches à 7, c'est régler. Il y a des mousses qui viennent
à la visite qui ne sont pas plus grand que toi. Quand je sortirai, j'irai voir les
bateaux nous sommes tout près du port mais je suis au rez de chaussée et je
ne vois pas loin. Ce soir, je vais aller au concert passer un petit moment.
Tout ça mon pauvre vieux ça ne vaut encore pas le pays, vivement qu'on
y retourne. J'aurais préférer rester à Noyon. Au revoir mon cher Camille
bonjour à toute la famille. ton papa qui t'embrasse bien fort.
Eugène

 

Mars 1918

Une CPA envoyée à son fils Camille le 18 mars 1918

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18 mars 1918
Mon cher Camille
J'ai fait bonne garde hier quoiqu'elle a été un peu longue les trains de
permissionnaires avaient du retard et on s'est coucher ce matin à quatre
heures. je dormirai mieux la nuit prochaine. Quel beau temps, les gelées
sont passées un peu d'eau aurait fait grand bien pour faire lever la graine
et la marsèche. La santé est toujours bonne j'espère et que tu te seras bien levé
ce matin.  Les oiseaux vont chanter le matin et tu trouveras le chemin moins
long. Au revoir mon cher Camille bon courage et bonjour à tous
Ton papa qui t'embrasse bien fort
Eugène.

 

Annexes

A la fin du carnet des adresses de mobilisés:

Aubard Jean Baptiste
9eme escadron du train
25e corps territorial
Secteur Postal 1884

Piraud Henry
9e escadron du train
1ere section
C.A  (illisible)
Secteur 64

Jean Lamamy
290eme de ligne
17eme compagnie
secteur 166

Bernardet Georges
95eme d’infanterie
30eme compagnie
6eme section
à Marmagne (Cher)

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23 mars 2015

Eugène AUBARD Un territorial dans la Grande Guerre (1917)

Le journal d'un pépère
du 65ème Régiment d'Infanterie Territoriale
Année 1917

Janvier

Le 29
Départ à 17 heures par Villers–Franqueux, Bouillon où nous couchons dans une cave. Température très froide neige et routes couvertes de verglas.

Le 30
Départ pour Coulommes la Montagne par Merci, Chenaux, Chalons sur Vesle, Muizon, vrigny. Arrivée à 10 heures. Pain et vin, gelées, couchons dans un grenier

Le 31
Neige et froid. Nous montons en camions et nous allons cantonner à Perles par Jonchery et Fismes. Nous couchons encore dans un grenier ouvert à tous les vents et continuation du froid

 

Février 1917
Le thermomètre se tient entre 10 et 18 en dessous de zéro. Nous allons travailler entre Bazoches et Courcelles à 7 kilomètres à une ligne de 0m60 : Nous allumons des feux pour dégeler le pain et le vin quand nous en avons, sans cela impossible de manger. La neige fond un peu au soleil.

Le 13
Je reste de garde, je suis relevé le 13 à 11 heures, toujours très froid.

Le 16
Départ pour le 4eme tour de permission par Fismes, et retour à Perles le 27

 

Mars 1917

Jusqu’au 30
Travaux soit à Bazoches ou vers Longueval, bombardés quelques fois

Le 31
Départ pour Epitrey par Bazoches, Braines et Couvrelles, encore des obus en route.
Mois très froid, neige, pas une fleur

 

Avril 1917

1er et 2
repos, je suis versé à la 7eme compagnie.

Le 4
Marche par Serches, Jury. Pluie et neige

Du 5 au 15
Repos en alerte et continuation de l’hiver, neiges, gelées.

Le 15
Nous quittons Epritey à 23 heures et nous partons pour la grande offensive (6)

Le 16
Le matin nous arrivons un peu en avant de Braisne. Notre division est en réserve et comme la première attaque sur Chavannes échoue nous couchons deux jours dans une carrière vers Brenelle

Le 19
Départ à 4 heures par Cyr la commune et St Mard. Nous allons jusqu’à Soupir et ensuite nous revenons à Chavonne pour la réparation de la route vers Vailly qui est complètement détruite par le bombardement. Les effets sont terribles le terrain est tout bouleversé et les maisons rasées. Pour la première fois, je vois un champ de bataille. Les morts sont restés sur place, on continue à ramasser les blessés. Beaucoup de prisonniers. Le soir nous recevons l’ordre de retourner, nous avions tout emporté et très fatigués. Le mauvais temps continue et les chemins impraticables

Le 23
Départ pour Bourg et Comin par Vieil Arcy, nous couchons dans une péniche. Travail à la réparation des routes, la lutte continue sur le Chemin des Dames, très violente . Bombardés surtout la nuit. Nous y restons jusqu’au 11 mai

 

Mai 1917

Le 12
Départ à 4h du matin, nous allons coucher à Ciry Salsogne par Braisnes. Très chaud, arrivée à 11 heures

Le 13
Départ à 5h30, nous passons par Missy sur Aisne, Sainte marguerite, Bucy le long, Crouy et nous faisons la halte à Leuly. Toujours très chaud. Pays dévastés, arbres fruitiers sciés ou entaillés. Départ de Leury à 19h, arrivée à Crécy au Mont vers 24h

Le 14 mai
Nous couchons à la belle étoile dans un petit bois et nous y passons la journée. Départ pour les tranchées en avant d’Anizy à la nuit, arrivée à 24 heures. Nous prenons dans un bois par une nuit sombre, pas de tranchées ni d’abris, nous prenons aux avant- postes sur une petite route. Sitôt la relève deux blessés au poste voisin. Le lendemain pluie. Nous y restons jusqu’au 31 et pas heureux, mauvaise nourriture et insuffisante, service très dur, de garde toutes les nuits, souvent bombardés. Durant notre séjour la compagnie compte six blessés et quatre prisonniers.

Le 31
Relève à 22 heures et nous venons au repos vers Crecy au Mont. Nous logeons toujours sous la tente mais comme le temps est très chaud nous n’en souffrons pas .

Eugene Aubard en 1917
Eugène Aubard en 1917
A noter la présence de trois chevrons d'ancienneté (2 ans) sur la manche gauche.

Juin 1917

Le premier,
Repos, nous y restons jusqu’au 10 et nous allons travailler en première ligne toutes les nuits, trajet 12 à 14 km.

Le 10
Au soir nous retournons aux tranchées vers Quincy-Bas aux avant-postes jusqu’au 17

Les 17 et 18
Au travail et patrouille

Le 19
A la visite et je suis envoyé au repos au Paradis près de Crécy. J’y reste jusqu’à la relève qui a lieu le 23

Le 24
Nous montons en autos à 3 heures, arrivée à Fontenoy par Loeuilly, Vaurope, Cuffies, Pommiers, Osly à cinq heures.

Le 25
Repos

Le 26 et le 27
Au travail à Osly pour sortir les décombres des maisons qui peuvent se réparer

Le 28
Départ pour le 5eme tour de permission. Je prends le train en gare d’Ambleny Fontenoy à 9 heures par Compiègne, Creil et Survilliers où nous changeons de train

 

Juillet 1917

le 8
retour du 5eme tour de perm par Voisy, Pantin, Ory la Ville, Compiègne. Arrivée à Fontenoy à 19 heures

le 9
départ pour Osly ou je travaille pendant deux jours à la réfection des maisons détruites

le 12
départ pour Leury par Tommiers-Cuffies, Vauxropt arrivée à 23 heures

le 13
au travail à 7 heures au pavage d’une piste en bois pour camions et au déchargement des munitions.

Le 18
Au tir au fusil mitrailleur à Osly

Le 22
Départ à 20h pour les tranchées, nous faisons une partie du chemin en autos, arrivée à 24 heures très chaud faut patauger dans la boue, en arrivant  je prends la faction au fusil mitrailleur

Les 23 et 24
Forte chaleur

Le 25
Fort orage

Le 26
Temps couvert, assez calme et malgré que je suis revenu au même endroit le service est moins dur et la nourriture meilleure, j’y reste jusqu’au 2 août. A partir du 28 jusqu’au cinq pluie tous les jours

 

Août 1917

Du 2 au 6
Un peu en arrière et je fais des travaux

Le 6
Au soir je reviens à un nouveau poste sur la route d’Anizy

Le 7
Bombardement, un fusil mitrailleur de cassé par un obus qui n’éclate pas

Les 8, 9 et 10
Toujours quelques obus sans accidents

Le 11 août
Des grenades

Le 13
Relevés à 24 heures au pont de la Glorie nous montons en autos et descendons à Fontenoy

Le 16
Départ  à 4 heures par Roches, Autreche, Morsains, Andignicourt et nous couchons à Blerancourdelle. Pays ruiné

Le 17
Départ à 4 heures par  Le Fresne, Camelin, Cuts, Brétigny et nous couchons à Mondescourt. Tous les villages que nous traversons ont été épargnés les champs bien cultivés et les arbres chargés de fruits comme j’ai vu rarement.

Le 18
Départ à 5h et demie. Les arbres sont encore épargnés mais les villages détruits , notamment Bethancourt dont toutes les maisons sont sautées ou brûlées et nous couchons à Cung le Gay. Le pays a un peu moins souffert, nous y restions deux jours.

Le 20
Départ à 1 heure par Villequier au Mont arrivée à Rouez à 3 heures

Le 21
Déchargement

 

Septembre 1917

 ………  retour de la 6eme permission

 le 3
départ de Mers à 9 heures, je prends le train de 14 heures à Chateauroux

le 4
à 1 heure arrivée à Ory la Ville, changement de train, arrivée à Albicourt à 6 heures et à Villequier au Mont à 7 heures et demie
ma compagnie est toujours à Rouez et occupée aux mêmes travaux.

Le 8
Je suis évacué à l’ambulance de Villequier et de là dirigée en autos sur l’hôpital de Noyon

Le 9
Départ pour le centre de prothèse dentaire de St Just, changement de train à Creil et arrivée à St Just à 16 heures

Le 10
A 7 heures au travail, confection des lits

Le 13
Le dentiste prend les empreintes pour mon appareil

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Une CPA envoyée à son fils Camille le 13 septembre 1917

13 septembre 1917 17 heures
Mon cher Camille
Comment allez-vous? C'est terriblement long d'être si longtemps sans
avoir de vos nouvelles. Ton doigt est il guéri et la Bichette est elle raisonnable.
Je viens de manger le plâtre et la cire. J'ai bien trouver le temps long. J'en
suis débarrasser pourvu que je puisses me servir de mon appareil. Ce soir,
est arriver un autre camarade du 65, il couches dans la même baraque. Celui-ci
est de Seine et Oise. Je suis toujours en bonne santé, mais j'ai envie de
consulter le médecin au sujet de mon oeil à présent que l'empreinte est prise.
C'est tout ce que j'ai à te dire. Bon courage pour les pommes de terre et les vendanges.
Ton papa qui t'embrasse bien fort
Eugène

Le 23
Je reçois mon appareil

 

Octobre 1917

Le 5
Je suis dirigé sur Le Bourget au dépôt des isolés.

Le 6
Je repars à 18 heures pour Creil au dépôt des isolés encore et j’y reste la journée du dimanche 7

Le 7
Le soir à 6 heures départ par la pluie . Bien trempé en route  pour Flavy le Martel dans le train de ravitaillement par Montdidier, Ham, Vesle . Je passe la nuit dans le wagon.

Le 8
A 7 heures je monte dans une voiture de ravitaillement, je me rends à Villequier et de là à Tergnier.

Le 9
Je vais au travail la nuit charger des cailloux ou des briques. Pays détruit complètement ainsi que les pays voisins
Fragniers, Quécy, Vouel, etc.…
Nous ne sommes pas éloignés des lignes mais c’est tranquille, quelques obus la nuit et c’est tout.

Le 15
Quelques marmites tombent au moment du repas du soir, pas loin mais sans causer d’accidents
Jusqu’au 21 même travail

Le 21
Les soir départ pour Rouez où je reste jusqu’au 23 novembre.

 

Novembre 1917

Le 23
A une heure et demie départ pour Remigny où nous arrivons vers cinq heures et demie

Les 24 et 25
Repos. Tempêtes, pluies, mal logés, pays complètement ruiné, les arbres sont tous coupés et les maisons sautées. Pendant deux nuits nous allons travailler vers Moy aux boyaux

Le 28
Au soir départ pour Tergnier

Les 30 et 1er décembre
Au travail sur les routes de Farnier, Quessy, Liez. Nous comblons les trous d’obus car les routes ont été bombardées pendant 24 heures.

 

Décembre 1917

Le 1er
A notre arrivée au travail nous recevons l’ordre de nous préparer pour partir aux tranchées à 7 heures. Nous arrivons à Travecy vers 10 heures salués par quelques obus sans accidents. Nous prenons aux avant postes en avant du village sur les bords de l’Oise non loin de La Fère. Tous les jours le pays est bombardé. Temps froid.
La 1ere faction se prend du soir à 4 heures et demie jusqu’au matin à 1 heure et la 2eme de une heure jusqu’au jour

Le 16
Départ pour la 7eme perm, je suis averti à 18 heures. Je quitte Travecy à 19h après des tours et détours ne connaissant pas les routes. La neige commence à tomber à Farniers et en arrivant à Abécourt la couche est déjà épaisse . Je passe par Tergnier, Viry, Chauny et Ognes.

Le 17
Départ d’Abécourt à 2 heures, arrivée à Chateauroux le soir à cinq heures avec du retard, la correspondance de La Châtre est partie, je couche à Argenton et j’arrive le 18 à 11 heures. Neiges et froid pendant ma permission

Le 29
Je repars à 6 heures du soir par un temps très froid

Le 30
A 7 heures du soir arrivée à Abécourt, coucher à Villequier

Le 31
Une tournée à Rouez chercher les sacs et je rejoins ma compagnie à dix km de là au fort de Liezt. Je passe par Faillouêl, Frière, Mennessis et Liezt.

 

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22 mars 2015

Eugène AUBARD Un territorial dans la Grande Guerre (1916)

Le journal d'un pépère
du 65ème Régiment d'Infanterie Territoriale
Année 1916

 

Janvier 1916

Le 3:
Départ à 6h du soir et arrivée à Vierzy le 4 à 8h du soir, je couche dans une carrière

Le 5:
Nous partons pour Pernant par Chaudun et Dommans arrivée à 2 h du soir, et nous sommes bien arrosés à notre arrivée, pas d’accident, nous arrivons aux tranchées à 6 h et je prends la faction jusqu’au 11 poste Canivet

Du 11 au 19:
En 2eme ligne et je vais au travail de 7h jusqu’à 11h½ du soir. Nous sommes arrosés copieusement pendant  les derniers jours

Du 20 au matin au 30:
Je prends au poste du Canard 12 heures de garde par jour. Presque tous les jours de obus sur Pernand et la ferme Canivet

Le 30:
Relève par le 109eme territorial a 10 h du soir, nous passons par Dommiers, Longpont et nous allons cantonner à Louatre ou nous restons jusqu’au 5

Février 1916

Du 1 au 5:
Cantonnement à Louatre

Le 5:
Départ à 6 heures par Villers Helon, Blanzy, St Rémy, Le plessis Hulon, le Grand Rozoy, Cramaille, arrivée à Mareuil en Dôle à 3 heures du soir

Le dimanche 6:
Départ  à 7 heures par Nesles, Villers Hagron, arrivée à Anthenay à 4 heures du soir

Le 7:
Le matin une demie heure d’exercice  et départ à 11 heures vers Ville en Tardenois par Olizy et Romegny et exercice jusqu’à 4h du soir.

Le 8:
De 11h à 4 heures exercices vers la Macrelle

Le 9:
Le matin exercice de 8h à 10h et neige, le soir revue, manœuvre de division vers Aougny.

Le 10 février:
Vers Thèly

Les 11, 12 et 13:
Exercices

Le 14:
Manœuvre de division au dessus de Ville en Tardenois à 10km. Nous figurons l’ennemi et restons 3 heures et demie le nez à la pluie et revenons à 3 heures du soir

Le 15:
Repos

Le 16:
Départ d’Anthenay par Romigny, Ville en tardenois, Pargny et arrivée à Coulommes bien trempés à 3 heures

Le 17:
Départ à 1 h du soir, par Vrigny, Gueux, Chalons sur Vesle, trigny, et Hermonville et nous arrivons aux tranchées à 9h du soir.

Le 18:
Repos

Du 19 au 28:
Nous faisons des travaux et des corvées. Temps froid , neiges et quelques obus par jour sans accidents.

Mars 1916

Jusqu’au 9:
Temps froid gelée et neige

Le 10:
Neige aussi et pendant toute la journée violent bombardement surtout vers Berry au Bac

Le 11:
Départ à 20 heures pour Trigny, arrivée à 23 heures. Je prends la garde jusqu’au lendemain à 12 heures

Du 12 au 26:
Nous déchargeons des camions, allons au bois et corvée de quartier

Le 26:
Le soir à 7 heures départ pour Marzilly à 3 km

Le 27 et le 28:
Repos

Le 29:
Au bois vers Bouvancourt à 8 km

Avril 1916

Du premier au 15:
Au bois continuellement et sans repos, nous faisons des pieux

A partir du 15 avril:
Nous allons un jour au bois et un jour travailler à l’artillerie entre Hermonville et  Cauroy

Le 21:
Quelques 150 sur Hermonville

Le 22:
Bombardement de nos batteries de Tounicourt

Le 23:
Jour de Pâques repos

Le 24:
Continuation des travaux

Le 25:
Alerte

Du 26 au 30:
Continuation des travaux

Le 30:
Départ pour la 2eme permission. Départ de Marzilly à 2 heures, je prends le train à 7heures à Jonchery par Fismes et Meaux , gare de l’est, Juvisy, Chateauroux, Argenton.

269_001
Exemple de support pour le précieux sésame qu'était la permission

Mai 1916

Le 1er
Arrivée au Pondron à 7h et demie

Les 9 et 10:
Retour par le même chemin et retour à  Marzilly le 10

Les 10 et 11 mai:
Travaux de nuit

Les 12 et 13:
De garde

Jusqu’au 31:
Travaux d’artillerie vers Toussieux

Juin 1916

Jusqu’au 4:
Toujours les travaux d’artillerie

Le 5:
Départ pour Baslieux les Fismes par Bouvancourt, Ventelay, Romain et Courlandon. Arrivée à midi, distance 20km

Courlandon
Carte secteur issue d'une carte d'avril 1917 (Offensive Nivelle)

Le 6:
Repos

Le reste du mois:
Nous allons à la carrière

Juillet 1916

Jusqu’au 8:
Toujours à la carrière

Le 8:
Départ pour Vezy ( ?) par Courlandon, Brueil, Montigny, arrivée à midi le lendemain

Jusqu’au 26:
Travail à la carrière Ste Cécile tout près de  Vaux Varenne.

Le 26:
Le soir départ pour le bois des Geais où nous arrivons à 22 heures.

Le 27:
La nuit  je vais travailler à Berry au Bac. Nous portons en quatre un rouleau de treillage égaré, trois fusants, pas d’accident mais c’est bien que miracle. Notre guide ne peut trouver son chemin et finalement nous arrivons à notre but à 23 heures nos sans avoir reçu quelques 105 et nous revenons à Berry à minuit.
Le reste de la corvée ne revient qu’à trois heures par petits groupes car pas un ne sait le chemin. Nous arriverons à 4 heures, mauvais début.

La nuit du 29 au 30:
Calme

Les 30 et 31:
Nuits assez agitées, bombes de temps en temps et qui éclatent tout près de nous.

Août 1916

La nuit du 1er
Ne vaut guère mieux, transport de rondins qui sont loin d’être légers enfin pas d’accident.

Du 1er au 16:
Nous continuons le même travail

Le 16:
A 22 heures nous quittons le bois des geais pour le bois allongé où nous arrivons le 17 à 2 heures après s’être promené un peu dans les boyaux avant de trouver notre abri.

Les 18 et 19:
Travail de nuit au bois des geais, départ à 19 heures et retour à 3 heures, distance 8 à 9 kilomètres.

Le 20:
Repos

Jusqu‘au 3 septembre:
Toujours au travail dans les mêmes régions, quelques visites mais pas d’accidents

Septembre 1916

Le 4:
Au travail

Les 5 et 6:
Pluie, nettoyage des boyaux

Les 7, 8 et 9:
Travail entre Cormicy et le bois des Geais

Le 10:
Dimanche et repos

Le 11 septembre:
A la soupe quelque 77 sans accident

Le 12:
Repos

Les 13 et 14:
Travail du côté de Cormicy

Le 14:
A 7 heures départ pour Maison Bleue ; ma section seulement

Les 15 et 16:
Installation et transport du matériel

Le 17:
Corvée de lavage à Cormicy

Les 18 et 19:
Travail dans les boyaux, pluie

Le 20:
Même travail

Le 21:
Départ pour les tranchées de 2eme ligne. Moulin Dumont

Les 22, 23, 24, 25:
Travail, fabrication des « boudins Ribar »

 

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Obstacle en fil de fer barbelé RIBARD (Manuel de l'infanterie)

Le 27:
Départ pour l’infirmerie, je reviens le 30 au soir

Octobre 1916

Les 1er et 2:
Repos

Les 3, 4, 5 et 6:
Même travail

Le 7:
Changement d’abri et faction jusqu’au 11

Le 11:
Départ pour la 3eme permission et coucher à Hermonville

Le 12:
Je prends le train à Muizon à 6 heures du matin, par Fismes Meaux et gare de l’est

Le 13:
Arrivée à 8 heures du matin

Le 21:
Départ par La Châtre, Chateauroux, Paris, Meaux, Muizon

Le 23:
J’arrive aux tranchées à 10 heures

Le 24:
Le soir de patrouille de 9 heures à minuit et de garde la nuit suivante

Les 25 et 26:
Même occupation en 2eme ligne jusqu’au 8 novembre

Novembre 1916

Jusqu’au 8:
De garde encore

Du 8 au 19:
Au repos à Cauroy

Du 19 au 25:
En 1ere ligne à Arcole

Le 25:
Au soir je pars à Hermonville aux « édentés » et j’y reste jusqu’au 29 janvier

Décembre 1916

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c25dec16verso
Carte envoyée le 25 décembre 1916 , à son fils Camille

25 Xbre 1916
Mon cher Camille
J'ai eu de vos nouvelles par Henri Lamamy, une chance
car je n'ai rien reçu depuis mardi. Comme vous étiez en bonne
santé vendredi, je suis moins inquiet et j'espère que vous ferez Noel.
Nous avons repos et le menu n'est pas mauvais. ce matin, nous avions bifteacs,
saucisses aux choux, lapin, galette aux pommes, café, pousse-café. Ce soir,
diner et un litre de vin. on peut s'en contenter mais j'aurais préférer le faire
parmi vous avec peu de chose. C'est le 3ème et espérons que ce sera le dernier.
Je suis toujours en bonne santé. Je vous souhaites le bonjour à tous
 et je vous embrasse bien tendrement
Eugène

 

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