Parfois certaines cartes postales reprennent des thèmes bateaux, et au premier coup d'oeil, rien n'incite à la prendre celle-ci plus qu'une autre, et ce, d'autant que celle-ci justement je l'avais déjà dans mes albums.

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Au moment de la retourner, le texte, sans révolutionner l'histoire du conflit, permet d'entrevoir un bref moment de vie d'un jeune Classe 1916 (entre 19 et 20 ans au moment de la rédaction du courrier), lors de son instruction au Blanc, juste avant de partir pour le dépot, d'où il sera alors redirigé vers le front.

Nous avons donc là, un courrier de "Eug. Flon (ou Flou) 68e Régiment d'Infanterie, 26e Compagnie, 23e Escouade Classe 1916".
Cette classe d'age, née en 1896, qui devait être appelée normalement en octobre 1916, fut appelée par anticipation dès le 8 avril 1915 et ce afin de combler la pénurie d'hommes liée aux nombreuses pertes dans les classes déjà appelées. Notre Eugène était alors, tout au plus, dans sa dix-neuvième année. Un gamin.

Je vous livre donc le texte de sa missive, qu'il adresse très certainement à un de ses amis, au vu du vocabulaire employé:

Ma vielle branche
Je vous remercie de votre carte je suis heureux de vous voire que les vieux poteaux songent à moi.
Je voudrais bien être à Quincy pour peloter des petites de là-bas car au Blanc elles ne veulent rien savoir il est vrai qu'il n'y en a pas assez pour nous tous nous sommes encore 8000 soldats.
Mais le 1er juin nous partons nous sommes déjà prévenu alors gare à la secousse.
Bonjour à Julot Aux vieilles connaissance que je vous oublie pas.
Eug. Flon 68e Rég 26e Comp. 28e Esc Classe 1916

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J'aime l'insouciance de ce soldat qui surtout semble préoccuper par les pêchés de la chair et qui à la fin, modestement fait part de sa crainte de "la secousse" à venir.
Je n'ai retrouvé trace d'un Eugène Flon (ou Flou) classe 1916 dans les registres des AD18, il est peut-être du département de l'Indre, mais en l'absence de la mise en ligne, impossible d'aller plus loin d'autant qu'il ne figure pas non plus dans la liste des Morts pour la France du site Mémoires des Hommes. Pour l'instant la recherche s'arrête là.
On notera cependant le nombre de 8000 soldats, en cette mi-1915, au sein de la sous-préfecture du Blanc, surtout si on met ce chiffre en parallèle avec les quelques 7000 habitants actuels.