En ce 14 octobre 2014, je me dois de réactualiser ce message d'abord écrit en 2010.
A l'heure où je diffuse ce message (6 heures du matin), il y a 100 ans, un soldat du 68ème RI vient de tomber sous les balles tirées par ses camarades.

Le mois d'octobre 1914 est appelé par le Général Bach, "le mois des exécutions". Dans son ouvrage, "les fusillés pour l'exemple 1914-1915", il transcrit un ordre du général Dubois qui nous rapporte la première exécution capitale que connu le 68ème RI.

"Les Petites-Loges, le 13 octobre 1914.
Ordre.
Le général cdt le 9ème CA signale aux troupes sous ses ordres la lâcheté de deux soldats réservistes dont les noms suivent:
Le nommé Des... du 68, envoyé en traitement au dépôt des éclopés des Petites-Loges. Après huit jours de traitement était remis en route sur son corps et conduit jusqu'à Thuizy par un gradé. Là il se cachait et restait pendant quatorze jours dissimulé dans une habitation où il était découvert. traduit devant le CdG (Conseil de guerre) de la 17e DI, il a été condamné à vingt ans de détention avec dégradation militaire pour "désertion en présence de l'ennemi".
Le nommé Duv... du 68ème abandonnait la tranchée pendant une attaque de nuit et s'enfuyait jusqu'à Thuizy où il se cachait pendant quinze jours. Traduit devant le CdG de la 17e DI, Duv... a été condamné à mort pour "abandon de son poste devant l'ennemi".
Le général cdt le CA décide que la dégradation du soldat Des... et l'exécution du soldat Duv... auront lieu demain 14 octobre devant le front du 68ème d'infanterie. La garnison de Sept-Saulx, des détachements du 135e, 32e et 66e, en réserve à Wez et Thuizy, assisteront à l'exécution.
Le présent ordre sera lu à 2 appels consécutifs.
Dubois."

Le JMO du 68ème RI reporte l'évènement à la date du 14 octobre:
"Le 14, parade d'exécution à 6 heures pour 2 soldats du 68ème (Voir ordres généraux)"

Le condamné, originaire de la Vienne, avait 25 ans. Sa sépulture est inconnue.

Intéressons nous à la procédure qui amena des soldats de la 17ème Division a fusillé un de leur frère d’armes.
Après s’être caché, le soldat est arrêté le 12 octobre au matin, le jugement s’effectua le jour même, à 13 heures et l’exécution eu lieu le 14 octobre au matin.
L’interrogatoire du condamné :
Conseil De Guerre Spécial de la 17ème Division
…..

  • Vous avez été trouvé ce matin dans un cantonnement de Thuizy par [illisible].
  • Oui
  • Que faisiez vous dans ce village ?
  • Rien.
  • Depuis combien de temps y étiez-vous ?
  • Huit jours [Nota Indre1418 : Certains autres documents officiels annoncent 15 jours]
  • D’où veniez-vous quand vous y êtes arrivé ?
  • Je venais des tranchées. A la suite d’une attaque à la baïonnette, je m’étais trouvé seul avec mon capitaine, le capitaine Berthellon m’avait ramené à Thuizy.
  • Depuis ce temps là vous êtes resté à Thuizy ?
  • Oui
  • Pendant ce temps, vous avez bien vu cantonner à Thuizy votre régiment ?
  • Il y avait des cuisiniers.
  • Les cuisiniers vous ont dit où était votre bataillon ?
  • Non.
  • Alors c’est que vous ne l’avez pas demandé ?
  • Si, mais on m’a répondu : « tu n’as qu’à le chercher ».
  • De quel bataillon étaient les cuisiniers qui vous ont répondu çà ?
  • Ils étaient sans doute du 1er bataillon, mais certainement pas de ma compagnie.
  • Mais si vous aviez le bataillon, il n’était pas difficile de trouver la compagnie.
  • C’est vrai.
  • Le 1er bataillon a cantonné à Thuizy.
  • Oui, mais je ne l’ai pas vu, car j’étais avec les éclopés et c’était pendant  la nuit.
  • Alors vous étiez avec Desherbais?
  • Oui, mais je ne l’ai vu que le lendemain matin.
  • Desherbais prétend qu’il était avec le 1er bataillon.
  • Je n’en sais rien.
  • Depuis ce moment là, qu’avez-vous fait ?
  • Nous allions dans les tranchées avec le 114 près de la gare.
  • Mais le 114 n’y est plus ?
  • Alors nous étions avec le 77 qui est au repos.
  • Avez-vous quelque chose à ajouter ?
  • Je demande à revenir en 1ère ligne. A Rethel, je suis allé chercher mon lieutenant Chapeau qui était blessé, sous le feu de l’artillerie. J’ai fait 2 ans de service au 60ème d’infanterie, je n’ai jamais été puni. Je n’ai jamais été condamné.

La persistance dans la déclaration du condamné entraina sa condamnation à mort.  Le commissaire rapporteur précise que Duverger « contrairement à la déposition de Desherbais prétend n’avoir pas vu son bataillon ».

Suite au jugement, et en attente de l'exécution des peines, une note est diffusée par la Division :

17° Division                                  Sept-Saulx le 13 Octobre 1914
Ordre de la Division ( crayon)
Deux soldats du 68° viennent d’être condamnés l’un à la peine de mort pour avoir quitté sa compagnie au moment où elle était attaquée par l’ennemi. Il a fui à 5 kms en arrière et s’est caché à Thuizy pendant 15 jours.
L’autre rentrant de l’ambulance, au lieu de rejoindre sa compagnie s’est caché à Thuizy pendant le même temps, il a été condamné à 20 ans de détention et à la dégradation militaire. Ces deux sentences seront exécutées demain 14 octobre.
Le Général espère bien que la répression sévère de ces actes de lâcheté portera ses fruits et que plus jamais un soldat de la division ne s’en rendra coupable.
Général Guignabaudet

Deux autres soldats du 68ème RI, subirent ce sort infâmant (juin 1915 et février 1916).

Il est maintenant possible de retrouver les pièces du dossier de justice militaire sur le site Mémoires des Hommes

De plus, retrouvez d'autres informations sur le site voisin, des Poilus de la Vienne:

http://poilusdelavienne.blogspot.fr/2014/10/duverger-ferdinand.html

Sources:
SHD - JMO 68ème RI
SHD - 22N554 - 24N432 9ème CA
SHD - 11J783 CDG 17e DI
Général André Bach - Les fusillés pour l'exemple 1914-1915 - Editions Taillandier 2003  (Nota perso: Indispensable !!)