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Indre 1914-1918 - Les 68, 90, 268 et 290e RI

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21 avril 2019

Le 66e RIT sur le plateau de Nouvron Vingré #Aisne1418

Un correspondant, Emilien, me signalait récemment que je n'avais pas beaucoup de sujets sur le 66e RIT. Effectivement, au final, hormis les "balayeurs du Blanc", je n'aborde pas souvent le cas des territoriaux.
Toute la difficulté est de trouver des informations. Quelles sont les traces laissées par nos "terribles taureaux"?  (surnom moqueur donné, à l'époque aux soldats territoriaux).

Emilien me rappela la présence d'un monument concernant le 66e RIT, dans l'Aisne. Ce monument, je le connaissais et je m'apercevais que jamais je n'en avais fait mention.

Alors que j'habitais Paris, il m'était plus facile de me rendre sur les zones de front. Ainsi, en novembre 2007, je me rendis dans ce département. Il fallait que je vois le secteur où séjournèrent les 65e et 66e RIT. Accompagné de l'ami Stéphan, nous rencontrâmes Jean Luc Pamart et Denis Rolland, tous deux de l'association Soissonnais 14-18, qui nous firent visiter des creutes, ils nous accompagnèrent lors de la visite de Vingré où nous pûmes voir la stèle en hommage aux fusillés de décembre 1914.
Bouleversé par ce que je venais de voir, j'en oubliais de demander à Jean Luc Pamart des renseignements concernant un monument dont je connaissais pourtant l'existence depuis 2006 (mal réparé depuis), puisque l'après-midi, nous nous dirigeames vers le secteur de Craonne, mais c'est un autre secteur, une autre histoire.

Voici le monument en question qui est, à ma connaissance, la seule trace sur le front du 66e Régiment d'Infanterie Territoriale:

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Si la base n'est pas d'origine et est agrémentée d'une plaque commémorant des évennements de 39-45, le haut du monument est lié au 66e RIT (RTI), ces pierres furent retouvées lors de labours par des agriculteurs. Le graveur a d'ailleurs dénommé celui-ci 66e RTI (Régiment Territorial d'Infanterie).

Voici par exemple un cliché pris lors d'un exercice du 66e RIT, en 1909.

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Si vous avez l'occasion, n'hésitez pas, le secteur de Confrécourt, Nouvron Vingré est exceptionnel, notamment, pour la qualité et la quantité de ses creutes (cavernes souterraines). N'y allez pas seuls, contactez l'association Soissonnais 14-18, des visites sont organisées. Et cela vaut le détour.

Pour le plaisir, voici quelques clichés pris par un officier du 66e RIT lors de ce séjour dans l'Aisne:

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Merci donc à Emilien pour avoir réveillé le 66e RIT.
Merci à Jean Luc et Denis pour m'avoir fait visiter le secteur et m'avoir ému.
Merci à Serge pour les clichés du secteur.

Sources Photos: Collection de l'auteur.

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19 avril 2019

Du 20 au 26 avril 1916, au 90e RI, en secteur à la Cote 304.

Le 20 avril, le 9e CA monte en ligne et vient apporter sa part de sang à l’enfer de Verdun. C'est finalement dans le secteur de la Cote 304 que le 9e CA va agir. Dès ce jour, la 17e Division monte pour la première fois en ligne et prend contact avec l'enfer de Verdun.

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carte_generale_Cote304Verdun

 Plutôt que de reporter ici une interprétation personnelle, je préfère vous laisser découvrir le témoignage du Commandant Bréant du 90e RI qui narre ces dures journées dans son ouvrage: "De l'Alsace à la Somme", publié en 1917 à la Librairie Hachette.

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Nota: Le livre fut publié pendant le conflit, aucun numéro d'unités et aucuns noms propres ne figurent dans l'ouvrage, ceux-ci sont remplacés par des  .... Afin de permettre une meilleure comprhension, j'ai dans la mesure du possible et surtout de la capacité à identifier ces manques, je les ai donc remplacés par leur vraie signification entre crochets. Je ne suis donc pas à l'abri d'une erreur.

 

20 avril. - Le premier bataillon part pour le secteur, à cinq heures du soir. Les autres bataillons, et, dans chacun d'eux, les compagnies, s'échelonnent. Quand je passe, vers six heures, avec le colonel, au-dessous de Béthelainville, une éclaircie se produit : le ciel et les bois sont superbes. Les lignes française et allemande, d'un bout à l'autre, sont en feu. On voit de toutes parts les éclairs des départs d'obus et la fumée des éclatements. Les deux lignes qui se côtoient à courte distance sur le Mort-Homme disparaissent dans un nuage épais. C'est un spectacle formidable, inoubliable. Notre route, qui descend sur Montzéville, est marmitée. Nous laissons nos chevaux et nous allons. Nous croisons des corvées de ravitaillement. A huit heures nous arrivons au poste de commandement, au milieu de quelques explosions. Ce sera ainsi tout le temps, et nous serons prisonniers là, combien de jours ! On ne peut se rendre ici que de nuit. Il n'y a pas de boyaux de communication. Tout est à faire. Je ne puis dormir que deux heures dans un fauteuil, le colonel B..., qui reste encore ce soir, occupant la couchette. Pendant cette relève, nous avons perdu vingt hommes dont six tués.
A quatre heures du matin je vais sur le pas de la porte. Des obus tombent assez près. J'aperçois deux beaux gars casqués ; ce sont les officiers des compagnies du ...e que nous venons de relever. D'autres surviennent, et nous causons jusqu'à six heures, heure où ils partent avec le colonel .B.... Un Allemand blessé a été, pris dans la nuit par les nôtres.

21 avril. - Ayant à peine dormi depuis deux nuits, je sommeille dans l'après-midi. J'ai la sensation d'être dans une cabine de paquebot et d'entendre les paquets de mer s'abattre sur la coque. C'est le bombardement qui recommence. A cinq heures et demie, les grosses marmites couvrent le Mort-Homme et l'odeur des gaz lacrymogènes nous parvient. Mes yeux picotent. Si le ...e ne pouvait se maintenir au Mort-Homme, nous serions sérieusement menacés sur notre flanc droit. Notre artillerie répond vigoureusement et abondamment. Mais l'artillerie lourde, nous manque. Il est certain qu'à la distance où elles sont, leurs batteries échappent aux nôtres. Tout le problème de la guerre est là. Quant à la raison pour laquelle, après vingt et un mois, les positions qui entourent Verdun n'étaient pas fortifiées, c'est là un mystère pour nous.
Le bombardement intense se prolonge toute la journée, puis dure par intermittence toute la nuit. Nous perdons encore vingt hommes, dont huit tués

« 22 avril : Le mauvais temps persiste. La nuit a été atroce. Les ravitaillements sont difficiles, les corvées pénibles dans cette obscurité. Ce matin, la pluie encore. La boue s’infiltre partout.
A une heure trois quarts de l’après-midi, le bombardement des grosses pièces allemandes reprend, mais plus au Sud sur le Mort-Homme et plus à l’Ouest sur nos lignes, principalement dans le ravin de la Hayette.
Les nuages de fumées noires et grises montent du sol, comme des panaches régulièrement espacés. Cela va durer sans doute jusqu’à la nuit close. Les journaux, les lettres qu’on reçoit continuent à émettre des pronostics. Ici, l’on ne voit pas si loin. Les choses sont simples. Des positions sont écrasées sous des projectiles énormes. Des troupes d’infanterie ont ordre de rester là. Elles y restent, et s’usent. Notre artillerie tire beaucoup, mais sa portée est insuffisante. Les données du problème sont élémentaires. Elles contiennent des réalités horribles pour certains. Personne ne peut s’en rendre compte sans l’avoir vu. Mais laissons cela. Les mots ne changent rien à rien.

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Tranchées Cote 304 - Ltn Jabien 268e RI

 Il est autrement intéressant de regarder nos hommes. En dehors des instants terribles, ils plaisantent. Un de nos coureurs nous arrive ce matin en signalant des conducteurs (des obus) et en parlant de Théodule (l’artilleur allemand). Notre cuisinier est un être extraordinaire. Il fabrique notre dîner à Béthelainville, l’apporte en voiture jusqu’à Esnes, et de là jusqu’ici, à pied. On fait réchauffer avec de l’alcool solidifié.
Le plus dur c’est de ne pouvoir sortir de ce trou. Nous sommes dans un abri qui a dû être construit avant l’évacuation des premières lignes, et qui servait sans doute à l’artillerie. Aussi est-il relativement solide. Il est bien entendu que si un 305 tombe dessus, rien n’en subsistera. Nous sommes quatre là-dedans, avec de la lumière nuit et jour. Dans d’autres abris, les coureurs de liaison, les pionniers, les téléphonistes, tous ces organes qui nous gardent en contact avec les divers éléments du régiment. Les fils sont coupés constamment.
A une heure du soir, un bombardement terrible se déchaîne sur nos lignes. Il ne cessera, et encore incomplètement, qu’à sept heures. Vers quatre heures, nous apprenons par coureur que l’attaque se déclenche. Nous mettons nos casques et prenons nos revolvers. Une corvée de pionniers part en ravitaillement de cartouches. Le jeune sous-lieutenant Sch[merber] les dirige avec sang-froid.
Les ordres se transmettent avec beaucoup de calme. Sur nos lignes, les obus continuent d’éclater. A sept heures, une accalmie se produit. On nous apporte la nouvelle de la mort de deux officiers, dont le prêtre capitaine M[illon]. Les Allemands ont attaqué par vagues et ont été arrêtés par notre fusillade et par un barrage bien réglé. Le colonel attend d’autres renseignements.
Ils nous parviennent. Le capitaine B[audiment] est tué, cinq lieutenants sont blessés. Dans la troupe, 150 blessés, 80 tués et des disparus. Rien qu’à une compagnie de mitrailleuses, il y a cinq pièces hors d’usage, 17 tués et 16 blessés. Nous sommes surpris qu’il y ait presque autant de tués que de blessés ; cela déroute les statistiques. Mais, étant donné le bombardement qui a eu lieu, il est bien plus étonnant qu’il y ait encore des vivants.

Les Allemands ont attaqué sur tout le front du [90]ème et de nos voisins de droite, 32ème compagnie* du [161]ème. Ils ont été contenus, mais il semble qu’ils soient restés accrochés sur deux points en face de notre gauche, dans un bois défendu par le bataillon R[oyné], et dans le ravin de la Hayette où se trouve la liaison entre le [90]ème et le [161]ème. Aussi ne sommes-nous pas étonnés de l'ordre que nous recevons à dix heures. Après un tir de notre artillerie sur ces points, envoyer, de minuit à deux heures, de fortes reconnaissances pour «chasser la vermine». Ainsi s'exprime le colonel, qui répond au téléphone : « Je suis certain que tout ira bien. »
A onze heures de nuit, on nous amène un prisonnier. Toute la nuit, c'est un va-et-vient continuel pour ravitailler la première ligne en cartouches et en fusils. Cela se passe sous un ciel pluvieux d'une obscurité d'encre, dans la boue. Les coureurs partent dans la rafale d'obus, pour suppléer aux fils téléphoniques coupés, que des équipes réparent entre-temps. A onze heures de nuit, on nous amène un prisonnier. Toute la nuit, c'est un va-et-vient continuel pour ravitailler la première ligne en cartouches et en fusils. Cela se passe sous un ciel pluvieux d'une obscurité d'encre, dans la boue. Les coureurs partent dans la rafale d'obus, pour suppléer aux fils téléphoniques coupés, que des équipes réparent entre-temps.
Vers onze heures, on remet au colonel … un perdreau, et une carte de visite ainsi libellée : «LIEUTENANT R… , chevalier de la Légion d’honneur, médaillé militaire, a l’honneur d’envoyer au colonel un perdreau tué par le porteur pendant l’action, lequel porteur est allé le ramasser en avant de la ligne sous les obus, donnât ainsi à ses camarades un bel exemple de crânerie »
Nous recevons les journaux de Paris d’aujourd’hui même, 22 avril. C’est une sensation curieuse que de lire au communiqué : « Grande activité d’artillerie dans le secteur de la cote 304.

23 avril. - Matinée encore pluvieuse. Cependant le soleil se montre un peu.
Les pertes du régiment sont bien fortes, et notre séjour ici ne fait que commencer. Les reconnaissances de la nuit n'ont plus trouvé les Boches, qui s'étaient retirés. Mais, devant le 3e bataillon, des trous de tirailleurs avaient été fraîchement creusés. Vers neuf heures, le ...e ramène une dizaine de prisonniers.
La matinée est assez calme ; il y a presque une heure d'accalmie. Après quoi, l'échange de projectiles ne cesse plus. Il est à craindre que le bombardement ne reprenne aujourd'hui. Les Allemands cherchent sûrement à s'infiltrer, par le ravin de la Hayette, entre nos lignes et le Mort-Homme. Si le Mort-Homme tombait, nous serions pris d'enfilade.
Nos pertes sont aujourd'hui de 7 tués et 22 blessés. Evidemment, en comparaison de celles d'hier, est peu. Cependant, quelle éloquence dans ces chiffres que j'enregistre pour le troisième jour. Que l'on établisse une moyenne, en calculant que mon relevé ne porte que sur 1 500 mètres de l'immense front; certes, ce point du front est l'un des trois ou quatre qui sont le plus difficiles à tenir en ce moment; c'est égal, quelles conditions de guerre !
Dans une des reconnaissances de la nuit, le sous-lieutenant de D... a découvert, au fond des trous de tirailleurs dont j'ai parlé, des dépôts de grenades, de couteaux, de fusils, d'appareils à gaz, mis là dans une intention, mais laquelle? Des guetteurs surveillent l'endroit. En somme, nous nous posons les questions suivantes : pourquoi, après deux jours d'un bombardement fantastique, les attaques n'ont-elles pas été plus poussées? Pourquoi ces préparatifs mystérieux? Il est visible que les. soldats boches n'ont pas grande envie de marcher ; mais on sait qu'on emploie chez eux certains moyens pour les y forcer. Sommes-nous sous le coup d’un assaut sérieux, ou ne devons-nous attendre qu'une nouvelle usure par l'artillerie?
Ce soir de Pâques, je suis sorti de la cagna vers onze heures. Le ciel, sans nuages, fourmille d'étoiles. Il fait bon, mais la nuit reste obscure. Le spectacle est féerique, diabolique aussi. Des fuséesmontent, des projecteurs balaient l'espace, un avion glisse, invisible, dénoncé par son moteur. Des éclairs illuminent les lignes fuyantes des côtes; l'on entend les sifflements, les miaulements desobus et de leurs éclats. Les hommes casqués, portant du matériel, s'interpellent, trébuchent. La menace de la mort plane partout sur cette nuit qui, pourtant, après les pluies, exhale tout le charme du printemps et de la vie.
Il ne reste plus grand monde de la musique, de l'autre régiment de la brigade, le …e. On sait que les musiciens sont brancardiers auxiliaires. Ils se tenaient donc à Esnes, dans une cave, près du poste de secours, pendant le bombardement d'hier. Un obus a tout défoncé, tuant douze musiciens, blessant tous les autres.
L’abbé M[illon],  capitaine, a été tué dans son poste téléphonique, en même temps que le téléphoniste. Le capitaine B[audiment] a eu la tête emportée par un obus, au moment de l’attaque, alors qu’il commandait « Feu à volonté ! » Le lieutenant L..., couvert de décorations, est resté enseveli pendant deux heures. Il n'en décolère pas. Il a un pied gelé et refuse de se faire soigner.
11 h. 25 de nuit. - Le 75 tonne. Le téléphone marche. On ne dormira pas cette nuit. Quelle vie étrange, et pourtant comme tout était terne avant cette guerre ! Comment ceux qui réchapperont prendront-ils après cela la vie de chaque jour, la vie tout court? Pourtant, pas un, naturellement, qui ne souhaite de durer jusque-là, pour voir.

24 avril.. - Un bombardement effroyable eu lieu sur nos lignes cette nuit. Nous n'en savons pas encore les résultats.
Ce matin, il fait un temps superbe. Les avions boches sont en l'air depuis l'aube, prenant tranquillement des points de repère. Le tir de l'ennemi, destiné, je pense, à nos batteries, tombe pour le moment dans les champs, pas bien loin de nous, mais inoffensif jusqu’à présent.
Vers six heures du soir, de gros obus atteignent le poste de commandement. Rien d'étonnant, puisque nous avons vu les avions allemands opérer impunément au-dessus de nous. Ce n'est d'ailleurs qu'un prélude, car à sept heures une attaque se déclenche. Deux heures durant, c'est le formidable concert d'artillerie, tous les coteaux éclairés par les jets de flamme des départs d'obus, et, sur le Mort-Homme, dans le ravin de la Hayette, le feu d'artifice des fusées qui demandent éperdument, sans cesse, sans trêve, que le tir sauveur de notre barrage ne s'interrompe pas. Au milieu de tout cela, nous dînons. Je ne pense pas qu'il soit possible de vivre une vie plus intense que la nôtre. Dans ces deux pièces communicantes, sous la terre, notre réunion de cinq officiers, avec les ordonnances, donne l'effet d'un équipage de sous-marin en pleine traversée. Au moment le plus critique, on s'inquiète à peine ; à d'autres, ce sont des gaietés folles. Le colonel s'est étendu pour dormir un peu: au bout d'un instant, je suis obligé de le réveiller, parce que la brigade le demande au téléphone. A peine le récepteur en main, je vois une malice dans ses yeux. On lui dit que l'on sait par l'artillerie lourde que les Allemands doivent attaquer sur tout notre front. Nous éclatons de rire : l’artillerie lourde, est l'objet constant de nos railleries. On ne la voit jamais, on ne l'entend pas assez. Le colonel téléphone. aux chefs de bataillon pour les prévenir: «Bonjour, mon vieux ; ça va bien? Ecoutez. Tuyau de l'artillerie lourde. Les Boches vont attaquer tout le front. On ne sait pas quand. Dans une heure, dans quinze jours, ou dans un an. Donc, dormez sur vos deux oreilles mais ouvrez l’œil. Compris? Bonsoir.» Il ajoute pour nous: « Il est évident que l'artillerie lourde, étant très loin en arrière, voit très bien tout ce qui se passe là-bas. Ce doit être un tuyau du cuisinier.» Il se tourne vers le cuistot : «C'est encore toi ! C'est ton copain de chez le kronprinz qui t'a renseigné?» Et ainsi de suite.
Au dehors, vers dix heures, la féerie diabolique. Un ciel d'étoiles. Des fusées sans nombre. Des éclairs d'artillerie, partout, tout près, très loin. Sans arrêt, un halètement puissant : les obus en plein vol. Le ronflement d'un moteur d'avion qu'on ne voit pas.
A l'intérieur le téléphone n'arrête pas. Il rend compte qu'une voiture de munitions, écrasée par un obus, à Esnes, barre la route aux ravitaillements. Il dit les pertes: à telle compagnie, 7 tués ; à telle autre, 8 blessés à une troisième, on ne sait, des morts et ,des blessés, ensevelis et qu'on n'a pu encore dégager. Et le canon gronde toujours. Après l'attaque, les Allemands seraient restés dans une petite tranchée, à 200 mètres en avant des lignes. Il se pourrait très bien qu'une nouvelle attaque, plus importante, ait lieu. On ne là redoute guère. Les revolvers, les masques, sont là, à portée. Ce serait un tel soulagement pour notre haine, de les voir enfin face à face !
Les journaux arrivent. Communiqué :«A l'ouest de la Meuse, après une violente préparation d'artillerie... les pentes du Mort-Homme.... » Il s'agit de nous.

25 avril. - Beau temps, très beau, même. La sérénité de la nature qui ramène son printemps s'oppose à la misère que l'humanité se crée à elle-même.
Grande lutte d'artillerie dans l’après-midi. Le tir de part et d'autre, est réglé surtout sur les batteries adverses; les hommes ont un peu plus de tranquillité. Pourtant il y a encore des pertes. Nous arrivons au chiffre de 400, dont 170 tués.
Ce soir, la réserve de matériel, avec toutes ses cartouches, brûle à Esnes.
A neuf heures, arrive le colonel du ...e, qui nous relèvera demain. Il fait la reconnaissance avec ses Officiers.

26 avril. - Très beau temps. Six avions allemands, pendant cinq heures environ, ont fait au-dessus de nous toutes les observations qu'ils ont voulu. Je ne veux pas critiquer. Je constate seulement que pas un de nos avions de chasse n'a paru, de toute notre semaine d'occupation des tranchées. Résultat: un tir des plus efficaces sur nos lignes, sur les batteries, sur les villages ; et de lourdes pertes.
Au soir, la relève. Cependant le 2e bataillon reste à Esnes, où le bombardement est effroyable. Je l'ai dit, il n'y a aucun boyau, et pour le moment on ne travaille pas à en creuser. Le ravitaillement, la relève, l'évacuation des blessés, tout se fait par l'unique route d'Enes à Montzéville ; elle est repérée. et criblée d'obus, nuit et jour.
Je quitte le poste de commandement vers minuit. On tire de tous côtés.

A quatre heures du matin, nous nous couchons, à Béthelainville, dans une cave.

* Nota: Une erreur s'est glissée dans le texte du Commandant Bréant, il s'agit vraisemblablement de la 12e Cie du 161e RI et non de la 32e Cie.
Le JMO du 161e RI semble le confirmer

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SHD Mémoires des Hommes 26 N 702/1, vue 30.

Merci à Arnaud Carrobi pour sa relecture attentive.

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Henri Baudiment commandait alors la 3ème compagnie du 90ème RI, depuis l’entrée en guerre du régiment. Adjudant à la déclaration de guerre, il venait d’être nommé capitaine à titre temporaire, en date du 30 mars 1916.
Il avait été décoré de la Croix de Guerre par les Français, et de la Military Cross par les Britanniques, à l’issue des combats autour d’Ypres, du 6 au 12 novembre 1914
Louis Cazaubon a consacré un blog au capitaine Baudiment et à sa famille.

 

Au archives départementales de la Meuse, on retrouve trace des inhumations provisoires des capitaines Millon  et Baudiment, sur le territoire de la commune de Jubécourt (55).

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Le Capitaine (abbé) Millon à gauche - Le Capitaine Baudiment à droite

 

Sources:
Collection de l'auteur
Collection particulière Louis Cazaubon
Collection Frédéric Radet
« De l'Alsace à la Somme » - Pierre Bréant – Hachette

8 avril 2019

Le Blanc - Mémoire et Souvenir de la présence du 68e Régiment d'Infanterie

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Le Blanc, août 1914, les régiments du Blanc et d'Issoudun partaient de Chanzy pour un conflit qui dura finalement jusqu'en 1918. Le retour ne se fit qu'en 1919. La dissolution
Quand l'Histoire devient Mémoire et Souvenir.


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Le 15 septembre 1922, au moment de l'inauguration du Monument aux morts, le régiment était dissous déjà depuis 2 ans.

Le Blanc 14-18 (1)


 

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Une pensée pour le lieutenant Gauduchon du 68ème RI
(Fait prisonnier à la Cote 304)

2 avril 2019

Janvier 15, au 290e, "Voilà un chef"

Janvier 1915, le lieutenant Sohier en a après les gradés de tous poils, les officiers de la mobilisation sont de moins en moins nombreux au 290ème RI. Depuis le départ du colonel Hirtzmann, il n'y a eu que des chefs de corps provisoires à l'unité.
Le colonel Eggenspieler arrive.

Le général d'Urbal, commandant l'armée, a fait une belle circulaire pour que le troupier français reprenne de l'allure, bannisse les tenues fantaisistes, prenne des douches. Ces douches pour nous qui passons presque tout notre temps aux tranchées provoquent l'hilarité. On rit moins quand on voit les arrêts tomber parce qu'un homme a paru dans Vlamertinghe avec une capote anglaise (sic) ou une casquette civile (resic). Le pauvre de Lavarène écope des arrêts parce qu'un de ses hommes est allé aux douches avec un cache-nez. Je vais le consoler dans un asile de vieillards où je reste en contemplation devant les bons gâteux qui agitent éperdument les fuseaux à dentelles et allongent des mètres et des mètres de festons.
Un autre jour, séance sensationnelle dans une salle d'école où le général Dubois a réuni les officiers des régiments au repos. Conseils de tenue, conseils d'hygiène (manger beaucoup de l'excellente confiture qu'envoie un de ses parents approvisionneur de l'armée) viennent d'abord. On somnole. Mais voilà les conseils de prudence.
Un de ses officiers d'ordonnance lui a raconté que devant un des secteurs il y a une maison où Allemands et Français cherchent à se devancer chaque soir, d'où bagarres inutiles, puisque la maison ne peut servir à rien. Lors d'une relève, cet officier a pu se rendre compte de la chose.
Mais un type du 125, je crois, demande la parole. C'est lui qui commandait dans ce coin lorsque l'officier de l'état-major est venu. La maison est contre la ligne hoche. Jamais on n'a cherché à l'occuper. Du reste il faudrait une vingtaine de minutes en rampant pour l'atteindre. L'officier d'état-major est resté deux minutes. Qu'a-t-il pu voir ?
Le laïus du général prend vite une autre direction.
Voilà les distractions qui, de temps à autre, ramènent le sourire. C'est peu. Il y a aussi l'apparition d'un protège-crâne assez curieux. C'est une calotte métallique que l'on droit insérer à l'intérieur du képi pour éviter les blessures par shrapnells. Elle sert vite à toutes sortes d'usages, sauf celui auquel elle était destinée.
Soudain, grande nouvelle : nous allons toucher un nouveau colonel. Il vient de Cherbourg où il est resté depuis le début de la guerre. Oh! là, là ! Qu'est-ce que cela va être ?
Je me prends à regretter la situation actuelle. Et j'attends sans impatience l'arrivée de cet officier d'état-major de l'arrière.
Le 14 janvier il nous rejoint à Vlamertinghe où nous venons d'arriver après une relève mouvementée, et deux journées particulièrement abominables, à la suite d'un bombardement plus intensif que de coutume.
Pas de repos. Il va falloir dresser le bleu. Le bleu est grand, mince, grisonnant, simple, net et... silencieux.
Sans mots superflus, sans jamais déranger inutilement un officier ou un homme, il se met au courant de tout. Pas le laïus, pas de théories de soi-disant connaisseur. Il veut voir en se plaçant à la portée de tous ces gars surmenés. Non, mais ça c'est épatant. C'est un as.
Un mot de lui, peu de temps après son arrivée (il n'a pu encore aller que jusqu'au poste de commandement de la division).
- « Oui, j'ai eu quelque désillusion, comme tous ceux qui viennent de l'arrière. On avance partout et... ». Je lui rappelle l'histoire du type qui criait « J'ai pris Abdel-Kader. » ---- « Eh! bien, amène-le. » .- « Eh oui, je veux bien, mais c'est lui qui me tient. » Flegmatique, le colonel : « Oui, c'est ça. » Malgré sa froideur, il est bienveillant et affectueux.
On va le voir au feu. Tout ce calme va-t-il s'évaporer, et allons-nous voir un affolé à la place de ce sympathique glaçon ?
Nous arrivons dans notre bicoque de la Chapelle de Westouck. Pas une réflexion. On travaille tout simplement, et le moindre détail de la relève est suivi de près. Plus rien, tout est en ordre. Bonsoir au colonel Michel du 268 relevé. Il s'en va après une bonne causerie, où se sont mêlés les souvenirs et les questions de métier, juste celles que le cas présent rendaient importantes à connaître. Un dernier coup de téléphone aux différents postes de la ligne, puis bonsoir. Après un court repos, debout. C'est l'aube. Allons voir les lignes. Tiens, tiens. Nous partons ? Je veux suivre le chemin en tranchée. - « Non, non, tout droit. » - « Ah, bon! Mais les balles ne cessent de voler. » -
Nous verrons. S'il faut prendre un chemin plus abrité, nous le prendrons. Mais il faut d'abord essayer. Je veux me rendre compte. »
- « Tiens, qu'est-ce que cela? » C'est tout ce qui reste du hameau, quelques pierres à ras de terre.
- « Et cela ? » - « Un trou d'obus. » - « Quel calibre? » Nous restons un bon quart d'heure à comparer les trous de divers calibres. Les questions se suivent, précises, simples. Les balles sifflent. Pas un hochement de tête. Non, mais alors, c'est un bougre!
On inspecte toute la ligne, en détail.
Puis on va revenir au P. C.
-- « J'ai vu les détails, mais je ne me suis pas bien rendu compte de l'ensemble. D'ici on doit bien voir. » Et il saute hors du boyau d'accès, et croquis en mains confronte terrain et dessins. Ce n'est pas du goût des hoches qui déclenchent un tir infernal, de mousqueterie, heureusement. Hors de la tranchée, nous discutons lentement sous le feu intense. Puis « Je vois. Je reprendrai les croquis à tête reposée. »
Voilà un chef.

Eggenspieler_Colonel
Colonel Eggenspieler
Chef de corps 290e RI
14 janvier 1915 - 18 juin 1918

Sources: Lieutenant SOHIER - Carnets 1914-1915

27 janvier 2019

Remettre un nom sur une plaque émaillée, Léon Pascaud son souvenir à Baraize.

Lors de mes pérégrinations autour du Pin et au travers du département, il ne m’est pas rare de m’arrêter aux portes d’un cimetière et de partir en quête des sépultures de la première guerre mondiale. Remettre une fleur en place, découvrir une plaque oubliée, prendre un cliché. Parfois, ladite plaque est tellement oubliée qu’il en est difficile de trouver le sens, l’origine et ce jusqu’à être dans l’impossibilité de retrouver le nom du défunt.
Ayant dépouillé les registres de retours de corps qui se firent à l’aube des années 1920, il est toujours étonnant de constater le décalage entre les traces encore existantes et la réalité administrative d’alors. Oui, le corps a été rendu à la famille, mais bien souvent, il ne reste aucune trace dans le cimetière communal. Non, la présence d'une plaque ne signifie pas que le corps est présent.
Revenons sur un cas qui m’a longtemps embarrassé car jusqu’alors resté sans solution, me contentant d’une rapide recherche restée infructueuse.

En juillet 2012, je traversais la Creuse et me rendait à Baraize, sur le coteau d’en face. Après quelques clichés du monument, je rentrais dans le cimetière. Après quelques déambulations, je découvrais plusieurs sépultures qui concernaient mes recherches. Il est important de préciser que nous étions alors dans une période pré Centenaire et que les prémices de cet évènement se faisaient à peine sentir.
Une sépulture m’intriguait car elle me laissait sans explications.

Dans un coin du cimetière, une sépulture d’un style contemporain années 30-40, potentiellement plus tardive. Sur cette sépulture, une plaque de métal attira mon regard. Posée sur le marbre, en appui sur la tête de la sépulture, cette plaque de métal donne l’impression bizarre d’avoir été mise là, à la va vite. En s’approchant, on découvre que si ladite plaque est bien un souvenir de 14/18, elle est particulièrement marquée, une grande partie de l’émail a disparu et cela rend l’identification impossible en l’état.

Baraize 021 Baraize 020

Prenant l’information comme telle, après la visite, retour au Pin afin d’analyser les clichés effectués.

En reprenant les clichés, la première recherche consiste à analyser les indices encore présents :

  • Deux lettres indiquent le début d’un nom ou d’un prénom. La présence d’une minuscule en deuxième lettre permet de s’orienter vers un prénom : Léon, Léopold, Léonard, Léonce, peut-être Léandre.
  • 1914 est indiqué, il s’agit nécessairement de l’année de décès
  • 28 ans, le défunt est donc né entre 1885 et 1887.

La première réaction est donc de regarder les clichés pris du monument aux mort afin de regarder les éventuels prénoms présents. Je précise éventuels car il n’est pas rare de rencontrer des listes nominatives sans prénom ou bien juste avec l’initiale de celui-ci, ce qui ne facilite pas les recoupements.

Heureusement, rien de cela à Baraize

Baraize 008 Baraize 007 Baraize 005

Tout de suite, un nom apparait Léon Pascaud, tué en 1914.

Le premier réflexe est donc de regarder dans le fichier du site ministériel « Mémoires des Hommes », en saisissant les données précédemment relevées.
Sa fiche MDH apparait alors et vient confirmer sa relation avec la commune de Baraize. Son acte de décès a été enregistré sur les registres de l’état-civil à la date du 24 juin 1915. A ce moment précis, la recherche s’arrêta là satisfait de pouvoir associer un nom avec cette plaque.

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Sa fiche MDH cliquez sur l'image ci -dessus

 

Cette affaire en resta là jusqu’à cette semaine, où je redécouvrais cette photo et que je la mettais en ligne pour le blog Indre1418soldats.En complétant la fiche sur le blog, je me pris à me poser les questions suivantes: "Mais sa présence sur une sépulture des années 40 est-elle justifiée?" "Quels sont les liens avec la famille « BORDES-PINEAU » ?" On doit pouvoir aller un peu plus loin.

Avec le centenaire et les années passant, de nombreuses données sont maintenant accessibles aisément.Tout d’abord, il est nécessaire de rechercher la fiche matricule de Léon Joseph Lucien PASCAUD. Cela s'effectue à partir des données de la fiche Mémoires des Hommes. Voici  donc la fiche matricule de Léon PASCAUD qui est accessible sur le site des Archives départementales de l’Indre. Cette fiche matricule nous permet entre autres de connaitre son lieu de résidence en 1911. Après avoir résidé au Cerisier, il est déclaré chez M. PINEAU à Magot, commune de Baraize (Cette petite annotation a son importance pour la suite)

Capture3

 

Sur ce même site des Archives Départementales, il est aisé de trouver l’acte de naissance de Léon Joseph Lucien PASCAUD  , il se trouve bien sur l’état-civil de Saint Gilles pour l’année 1886. Cette information est complétée par le report en marge de son acte de mariage en marge de cet acte de naissance. Cela nous permet d’apprendre que le 21 octobre 1911, à Baraize, Léon PASCAUD épousa Delphine PINEAU. Le recoupement avec l’information de la fiche matricule, permet de savoir qu’il résidait donc chez ses beaux-parents, à Magot, en 1911.

 CaptureActeNaissance

 

Le lien manquant était enfin trouvé. La sépulture est celle d’un couple BORDES-PINEAU et usuellement PINEAU est le nom de l’épouse. Il semblerait donc bien probable que Delphine PINEAU, déclarée veuve moins de 5 ans après son mariage avec Léon (Voir date transcription acte de DC) refit sa vie avec le sieur BORDES, mais une plaque de métal émaillée, rappelle son premier mariage.

Cette confirmation du lien PASCAUD - PINEAU- BORDES me vint par l'intermédiaire de l'acte de naissance de Delphine PINEAU qui eut lieu le 2 novembre 1890 à Baraize, mais surtout par les mentions en marge de son acte de naissance.
D'abord mariée avec Léon Joseph Lucien PASCAUD le 21 octobre 1911, officiellement veuve à l'annonce officielle du décès le 24 juin 1915, elle se remaria avec Albert Eugène BORDES le 28 janvier 1922 à Eguzon (36)

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Cela vient conforter l’ultime indice écrit au-dessus des deux lettres du prénom et que l’on retrouve sur d’autres plaques du même type, toutes issues du même fournisseur

A LA mémoire de
MON EPoux regretté

Baraize 020_1

Une plaque du même style sur une autre sépulture On retrouve d'ailleurs le même texte à gauche.

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10 janvier 2019

Raymond RIPOTEAU, le 12.000ème décédé du département.

Aujourd'hui, Raymond Ripoteau est le 12.000ème soldat du département de l'Indre décédé lors du conflit de la 1GM. Natif de Mouhet (Indre), il résidait à Crozant (Creuse).
J'ai donc une pensée pour lui en ce jour sur Indre1418soldats

Nom: RIPOTEAU
Prénom: Raymond Antheme Gaston Octave
Né le 18 février 1899 à Mouhet (36) - fils de Auguste et de DELAMARE Louise

Sa fiche matricule aux archives départementales de la Creuse

Soldat au 126ème RI, il décède le 10/01/1919 à l'hôpital n°91 de Cannes Ecluse (77) "Maladie contractée en service" (grippe infectieuse)             Une erreur de localisation du décès est constaté sur la fiche MDH, l'hôpital est situé à Cannes Ecluse en Seine et Marne et non à Cannes (Alpes Maritimes). En l'absence d'acte de décès, cela est confirmé par http://www.cannes-ecluse.fr/historique/hopital-militaire-14-18.html

Sa fiche sur le site Mémoires des Hommes.

De recrutement Guéret au moment de sa conscription, il figure sur le Monument de Crozant (23). Son acte de décès fut transmis le 11/01/1921 à la mairie de cette commune.

Son nom figure sur les plaques commémoratives de l'église de Crozant (23), sous le prénom d'Anthème.

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6 janvier 2019

Un chef cuistot médiatique au 90e, Jules Maincave dans la "Revue de l'académie du Centre"

En Histoire, on est toujours soumis à la prochaine découverte, au document récemment trouvé qui invalidera l'argumentaire précédent.

Le 90e RI est souvent cité dans les milieux de la cuisine ou de la littérature culinaire par le fait qu'un célèbre chef exerça au sein de ce régiment, je veux parler de Jules Maincave.

4 - Maincave Les Annales 2 novembre 1913 rid 4

 

Un excellent article à paraitre de l'Académie du Centre qui revient sur Jules Maincavé (chef cuistot du 90e). Quelques ouvrages d'historiens estampillés Centenaire1418 vont être à revoir. Idem Thierry Marx, le médiatique chef cuisinier va pouvoir réviser ses fiches.
Nota JCh: Je garderai quand même la recette du gateau ANZAC donné dans le lien ci-dessous, tout gourmet appréciera la préparation culinaire et aura une pensée pour "Lolo" Joachim-Raphael Boronali.

https://www.europe1.fr/emissions/Cuisine-mode-d-emploi/Le-biscuit-de-Jules-Maincave-mode-d-emploi-par-Thierry-Marx-144874

Jules Maincave est aussi cité dans de doctes parutions historiennes, notamment par des spécialistes de la nourriture pendant le conflit voir par exemple http://happy-apicius.dijon.fr/manger-et-boire-entre-1914-et-1918-cr14-la-cuisine-de-tranchee-par-marie-llosa/

Je vous invite donc à découvrir la folle (non) histoire de Jules Maincave dans la revue 2018 de l'Académie du Centre, par Jean-Paul Morel. Vous y retrouverez aussi des articles de qualité traitant dautres thématiques et d'autres périodes. Je retiens cependant un article de Lucien Lacour sur les liens entre Ernest Nivet et Bernard Naudin, deux artistes directement concernés par la première guerre mondiale.

Je note aussi un article sur l'équipage du "Soufleur II" dont le chef de char fut Jean Moncorgé-Gabin qui séjourna avec la 2e DB dans l'Indre en 1945.

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Archives Départementales de l'Indre, 1 rue Jeanne d'Arc 36000 CHATEAUROUX
Tél : 02 54 27 30 42 - Fax : 02 54 27 85 60 - Email : academieducentre@gmail.com
Président : Jean-Pierre SURRAULT

28 décembre 2018

Il y a 14 ans, la naissance d'Indre1418

En cette fin de décembre 2004, à l'heure où les recherches autour de 1418 étaient peu courantes et souvent considérées comme décalées au risque de passer pour des extra-terrestres, avec Stephan Agosto, nous nous lançames dans une aventure alors incertaine. Lui sur le 74e et moi sur les 4 régiments du département de l'Indre.

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2018, fin du Centenaire1418 qui nous a bien occupé le long des 4 dernières années, du côté du Berry, les flonflons médiatiques s'estompent et quelques 600 messages plus tard, nous sommes encore dans la tranchée, hésitants entre le "poste avancé" et la "cagna". Cependant, avec une régularité moins certaine, les publications continuent.

422.000 visiteurs et 958.000 pages vues

Un deuxième blog avec 12.177 soldats indriens décédés

 

Que dire?

Merci ...
Et c'est parti pour 2019 ...

 

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21 décembre 2018

Joyeux Noel au temple de Châteauroux - AEF

Le temps de Noel venu, en cette année 1918, les soldats américains de l'hôpital militaire du Base Hospital 9 de Bitray participent aux fêtes de Noel. Pour cela, ils n'hésitent pas à se retrouver au temple de l'église réformée qui se situe encore de nos jours rue Thabaud Boislareine dans le vieux Châteauroux.

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A tous, passez de bonnes fêtes de fin d'année et rendez-vous en 2019

16 décembre 2018

Sous terre, sous pierre. Berthonval, mai 1915 (mise à jour 2020)

Pour une fois, je quitte les régiments dont j'ai l'habitude de vous conter l'histoire. Mais, je ne m'éloigne pas trop, je vais seulement élargir le cercle pour présenter un texte concernant le 9ème Corps d'Armée.
Il y a quelques temps, par l'intermédiaire du blog et des commentaires associés aux divers messages, M. Henrion nous faisait part d'un texte qu'il avait retrouvé dans les affaires de son aieul l'Aide-major de 1ère Classe Gaston Julin.
Ce dernier était donc médecin au sein du 135ème R.I. dont la garnison était à Angers et dépendait, comme les unités du département de l'Indre, du 9e Corps d'Armée.

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Manoeuvres 1908, sur la route de Loches - A.M. 1ère Cl. Julin marqué d'une croix

Gaston Julin fut médecin à Cinq-Mars la Pile (Indre et Loire) de 1909 à 1947. Lors de son cursus militaire, il fit notamment des périodes au camp du Ruchard, participa aux grandes manoeuvres qui eurent lieu en 1908.
Malgré la demande de sa fille, il a toujours refusé de raconter sa guerre par écrit car étant médecin il avait vu mourir beaucoup trop de jeunes gens de 20 ans qui appelaient leur mère. Il en fut marqué à  vie.
 

Merci donc à lui et à M. Henrion de me permettre de vous présenter le document qui va suivre:

Il s'agit d'une feuille de papier ronéotypée constituant 4 pages sur laquelle est écrit un texte, présenté sous la forme d'une chanson, d'un poème.

 

CaptureJC_Poeme

 

Tout de suite, l'association lieu et date me permit de dire que cela concernait le 9e Corps. Berthonval et mai 1915 sont un lieu et une date qui concernent directement les unités indriennes. En effet,, le 135e dépendait de la 18e Division, et celle-ci était la division "soeur" de la 17e DI dont le siège était à Chateauroux.
Berthonval! Petite zone d'Artois entre le Mont-Saint-Eloi et Neuville-Saint-Vaast qui fut un secteur de combat où de nombreux soldats de la région tombèrent.

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La ferme de Berthonval depuis le bas du Mont-Saint-Eloi, le Bois de la Folie au fond (Zone allemande)

Voici la première page dudit document:

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Assez difficile à déchiffrer sur certaines parties, en voici la transcription que je laisse à votre perspicacité:

SOUS TERRE, SOUS PIERRE

A ceux qui auront gouté aux douces joies de la Villégiature
Berthonval Mai 1915

A Berthonval on voit parfois
Des gens qui d’un air de mystère
Descend’nt 4 ou 5 à la fois
Dans les profondeurs de la terre
Serait-ce les premiers chrétiens
Cherchant l’abri des catacombes
Cà n’est pas çà crénom d’un chien
C’est les poilus qu’ont peur des bombes

D’abord au dessous du rez d’ chaussée
Y a déjà un’ tout petit’ salle
Dans laquelle on vient s’ramasser
Pour absorber tout c’qui s’avale
L’odeur de la soupe à l’oignon
Et tous les vieux restants d’cuisine
Dont Orphée est le marmiton
Vienn’t vous chatouiller la narine

Les escaliers de ces caveaux
Sont glissants comm’ des plaqu’s de verre
Certain’ment c’est pas d’l’art nouveau
On connait pas çà à la guerre
C’est mêm’ pas du styl’ rococo
Ca vous fait tourner la breloque
A chaqu’ pas on pataug’ dans l’eau
3 heures d’séjour on est loufoque

Pourtant si vous vous obstinez
Et si vous franchissez la porte
Aussitôt en plein dans le nez
Vous arrive une haleine forte
Le souffle de cet entonnoir
Vous prouv’ qu’en la circonstance
L’expression chlinguer du couloir
N’est pas ce qu’un vain peuple pense

Entré dans ces lieux infernaux
A gauche vous verrez de suite
Des gens étendus sur le dos
De l’espèce des troglodytes
Qui regardent d’un air grognon
Sous l’humidité qui fait rage
Pousser de petits champignons
Sur tous les objets d’leur paqu’tage

Au plafond de ce p’tit gourbi
Un truc vous verse sur le blair
L’eau qui dégringol’ tout’ la nuit
Pendant qu’vous dormez l’ventr en l’air
Mais l’autre jour nos praticiens
Qui discutaient sur cet’ machine
Ont posé l’diagnostic certain
De simple incontinence d’urine

Un grand mur au bas des degrés
Oppose d’un air ironique
A vos efforts désespérés
Une résistance héroïque
Alors arrive un bon coup d’vent
Et vot’ chandelle s’éteint tout’ seule
Pour peu qu’on ait pris son élan
On est sur de s’ casse la gueule

C’est là qu’est l’escalier d’honneur
Pour tous les ceuss que l’on ivite
A v’nir admirer la couleur
L’pittoresque et l’odeur du site
Dans c’t escalier y’a pas d’Gob’lins
Ca vous épat’ j’en suis fort aise
Y’a que’ques rats c’est un fait certain
Et tout l’ bois est pourri d’ punaises

Ayant rallumé vot’ lampion
En vous écriant quell’ sal’ boite
Vous vous apercevez cré nom
Qui fallait qu’ vous tourniez à droite
Vous êtes dans le grand corridor
Qui tourn’ qui vire et qui s’éboule
Et aie le pauv’ poilu qui dort
Encaisse’ les poings quand çà s’écroule

Descendez encor’ que’ qu’s degrès
Vous êt’s au chœur mêm’ du sanctuaire
A votre gauch’ se trouve un chalet
Très fréquenté des militaires
Si vous avez envie d’pisser
Et d’ faire du plus solide encore
Arrêtez vous et pénétrez
J’ vous promets qu’ c’est pas inodore

Courage encor’ des escaliers
Et vous entrez dans la carrière
Y’a déjà longtemps qu’vos ainés
N’y sont plus et sont au cim’tière
C’est magnifiqu’ c’est haut c’est grand
Ne rigolez pas j’vous prie
Les rats sont les princes de céans
Et font l’service de la voirie.

Là d’dans on fait n’importe quoi
La crémation et la cuistance
On magne, on fume, on bridge, on boit
On parl’ des destinées d’la France
Et le canon qui pèt’ dehors
Vous fait pas peur on fait l’mariolle
Un’ fois la nuit venue on dort
Et on récolte un tas d’ bestioles

Mais ceux qui règn’ent en grands seigneurs
Et au moindre bruit s’ carapatent
C’est messieurs les rats ces farceurs
Qui vous jouent des tours d’acrobate
Car tout’ les fois qu’vous roupillez
Les petits, le père et la mère
Rapidement viennent examiner
Vos sillons digito-plantaires

Encore si i s’ contentaient que d’çà
Mais ces sales bêtes que rien n’épate
Font des tours qu’on dit : c’est les rats
Et des blagu’s qu’on dit : c’est les rats
L’capitain’ de territoriale
A cru reconnaitre sa pétoche
L’aut’ jour dans l’ventr’ d’un animal
Qu’il ouvrit d’1 seul grand coup d’ pioche

Le fond d’la cave est occupé
Par tout’ les huil’s d’un’ compagnie
Qui préten’nt tr’ sapeurs miniers
D’la 9/2 du 6e Génie
J’sais pas encor’ s’ils ont miné
S’ils savent saper ou s’ils s’en foutent
Mais ce que j’ peux vous assurer
C’est qu’ils sav’nt bien casser la croûte

Les téléphonist’ dans un coin
Souris tout l’jour sur l’ manivell »
Peux tu m’envoyer d’ la ficelle
Pas mieux y en a du midi
Qui tout’ les fois que le fil casse
Se fou’ dans l’ bec de l’ aïoli
Putain ‘ avec de la six casse

On est très bien à Berthonval
Malgré cette trop longue histoire
Il est certain qu’on est moins mal
Qu’au milieu du four crématoire
Peut-être qu’on pourrait installer
Pour un modeste prix d’ famille
L’ascenseur l’électricité
Et l’ vieux tramway Madelein’ Bastille

________________________________

 

On notera dans le texte l'allusion à la Compagnie 9/2 du 6ème régiment du Génie qui était compagnie divisionnaire. Ceci permet de confirmer l'origine du document, la 18e D.I., mais nous n'en connaissons malheureusement pas l'auteur exact (à moins d'arriver à déchiffrer la signature présente sur le premier extrait présenté au-dessus).

________________________________

Merci à M. Henrion pour m'avoir ouvert sa documentation familiale et pour sa confiance.

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Sources - Album VALOIS - BDIC La Comtemporaine


Sources photos: Collection familiale M. Henrion et collection de l'auteur

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