Aujourd'hui, il y a 110 ans, à 7h15 se déclenchait un orage d'acier dans le petit matin verdunois, les portes de l'enfer de Verdun venait de s'ouvrir et ce pour 300 jours, engloutissant hommes, animaux et matériels.
Quelle fut la place des soldats du département dans ces 300 jours qui marquèrent tous les français? Encore de nos jours, lorsque vous abordez 14/18, Verdun apparait dans les premiers repères.
2 soldats du 268e RI à la Cote 304 - Mai 1916 - Photo Lieutenant Jabien - AD36 53Fi
Les chiffres annoncés ci-après concernent les soldats natifs du département, résidant dans l'Indre ou ayant un lien direct avec le Département (Livres d'Or, Monuments aux morts, Fiche du site Mémoires des Hommes, ...)
Il m'apparait tout d'abord intéressant de repositionner cette période au travers de la liste des 10 jours qui virent le plus de pertes dans les rangs des soldats indriens.
La bataille de Verdun dura du 21 février 1916 au 18 décembre 1916 (Les combats continuèrent ensuite, mais on considère cette date comme celle de la fin du fait du retour des troupes allemandes sur leurs positions de départ et suite à la fin des engagements de masse des corps de troupe en attaque ou en défense.
La bataille se déclenche rive droite de la Meuse sur la zone des forts (Le fort de Douaumont chute le 25/02 et le fort de Vaux le 7 juin 1916). Rapidement la bataille s’enlise et les allemands décident d’attaquer la rive gauche courant mars 1916 (Mort-Homme 304). Le Fort de Douaumont fut repris le 23 octobre et le Fort de Vaux le 2 novembre 1916.
Les chiffres retrouvés estiment globalement qu'environ 70% de l'Armée française de l'époque passa par Verdun au long des ces 300 jours. Par delà les pertes, cela explique l'importance mémorielle de cette bataille dans l'histoire de ce conflit et dans l'histoire des anciens combattants français et de leurs familles.
Sur la période de la bataille (21/02 au 18/12), 2227 soldats ayant un lien avec le département de l’Indre sont décédés dont 1255soldats sont tombés sur le territoire du département de la Meuse.
Ces chiffres ne sont que des minimas, car il est difficile de définir ceux qui succombèrent du fait des évennements de Verdun.
En effet il est difficile de détecter un soldat blessé à Douaumont, évacué et qui succombe dans un hôpital de l'arrière. Difficile de détecter un soldat qui meurt des années plus tard des suites de ces mêmes combats.
Regardons chronologiquement les pertes indriennes en Meuse:
Deux périodes ressortent:
Tout d'abord l'engagement du 8e Corps d'Armée dans les premiers jours pour assurer la défense des Forts de Verdun. Bon nombre de soldats de recrutement Châteauroux étaient affectés dans les unités de ce corps d'Armée. Nous avons donc tout d'abord un pic concernant la défense du fort de Douaumont avec les 95eRI (Bourges) et les 85e RI (Cosne sur Loire).
Le 2ème pic correspond à l'engagement du 409e RI dans le secteur de Vaux. Ce régiment avait été crée en 1915 sur le territoire de la 9e Région Militaire (Tours - dont fait partie l'Indre) et où beaucoup de soldats du département furent affectés au moment de la création du régiment.
La 2ème période concerne le 9e Corps d'Armée (Tours) était composé de nombreux soldats indriens, en effet cela concerne pour partie des régiments ayant Châteauroux et Le Blanc comme garnisons (68, 90, 268 et 290e RI).
Ce Corps d'Armée était initialement prévu pour n'entrer en action qu'en juillet pour la bataille de la Somme. Les pertes furent telles que le commandement fut obligé de revoir ses plans et de faire participer au grand tourniquet des Corps d'Armée jusqu'alors en réserve.
Entre les 21 avril et 8 mai 1916, les régiments montèrent par 2 fois pour défendre les secteurs environnants la Cote 304. Les pertes principales se situèrent les 4 et 5 mai 1916 lors d'une grosse offensive allemande sur le secteur.
Certains régiments comme les 268 et 290e RI furent rappelés une 3ème fois jusqu'au 15 mai 1916
Concernant Charles AUSSUDRE, le premier mort indrien à Verdun
CharlesElieAUSSUDRE est né le 19 février 1876 à La Châtre Langlin (36) et résidait à Courbevoie (92) au déclenchement du conflit.
Il était Sapeur Mineur de la Cie 6/1T du 9ème RG, il décède le 22/02/1916 à Cumières (55) "Blessures de guerre" très certainement liées au bombardement.
Il figure sur les Monuments de La Châtre Langlin et de Courbevoie (92). Son acte de décès fut transmis le 27/08/1918 à la mairie de cette dernière commune.
Une plaque mémorielle est présente au cimetière communal de La Châtre Langlin (36)
Cliché Alain Bréjaud
Une pensée, un poème pour Abel Gendre
En souvenir de mon père tué le 5 mai 1916 à la bataille de Verdun
Dans les tranchées glacées, ils ont dormi debout,
Debout, toujours debout, jusqu'au ventre la boue.
Dormi si peu de temps que se tait la mitraille,
Fourbus, vidés, meurtris jusqu'au fond des entrailles.
Quand au fil des saisons la boue s'est asséchée,
La sueur et la crasse et les plaies et les poux
Et les balles et les bombes et les gaz
Et les morts, tant de morts ...
Disaient que ce calvaire était toujours debout!
... Viendra-t-il un jour où le canon s'est tu
Quatre années de tranchées ...
Sont ce là des années ... ?
Bien des ans ont passé ...
Et quand fuit le sommeil,
le livre de ma vie
S'ouvre au hasard des pages ...
Ainsi je pense à eux,
A tous ces innocents
Plongés dans la tourmente
Eux écrivaient ... l'enfer ... !
L'enfer de feu de fer
De froid et de souffrance
De souffrances et de larmes
Je pense à ces croix blanches
Qui se dressent là-bas
Dans ces champs reverdis
De leur chair enrichis
La terre a mis longtemps
A panser ses blessures
A reprendre ses droits
Elle aussi a souffert,
Elle aussi fut ouverte
Percée, brûlée, minée,
Bouleversée, calcinée,
De toute parts broyée ...
... avec eux
Se recueillit ... longtemps
Figée dans sa douleur
Elle et eux emmêlés ...
Dans la même tuerie ...
Il a fallu des mois
Pour les séparer d'elle,
Leur donner un linceul,
Leur donner une tombe,
Parfois peut-être un nom?
Et ... peut-être le leur ... ?
Terre transformée, saccagée,
Douloureuse elle demeura ...
Tant de restes encore
Se consumaient en elle ...
... Des années recueillie ...
Avant de s'émouvoir
Et sortir de son deuil
Du deuil de ses enfants
Du deuil de la nature ...
... L'herbe réapperue ...
Et l'oiseau dans la nue,
Je pense à ces hommes, jeunes,
Que nul n'a revu
... Et "portés disparus" ...
A tant d'os inconnus
Enchassés dans l'ossuaire ...
Lorsque la nuit tombée,
Son phare s'allume et tourne
Sur ces champs de bataille
Rappelant leur mémoire
Aux "passants" que nous sommes
Douaumont toujours pleure
Quand la cloche du soir
Tinte en leur souvenir ...
Je pense à Un surtout
Qui n'est pas revenu
Je pense à ce "poilu"
Que je n'ai pas connu
Et ... qui était ... mon père ...
Berthe Gendre-Soret (1992)
clichés de l'auteur
Gendre Abel Jean Joseph
Soldat au 90e RI
né le 22 juillet 1881 à Murs (Indre)
Mort le 5 mai 1916 à Esnes-Cote 304 (Meuse)
Inhumé à la NN d'Esnes en Argonne
Merci à Claude pour sa confiance
Les 3 principales villes du Berry participèrent à la construction de l'ossuaire de Douaumont sur le champ de bataille de Verdun. Bourges, Chateauroux et Vierzon marquèrent de leur blason la douloureuse participation à la gigantesque bataille.
Dans le cadre des cérémonies patriotiques vierzonnaises, les 11 novembre et 8 mai 1945, il est de coutume de rendre hommage aux élèves et aux personnels de lycée Henri Brisson, morts pour la France. Ensuite, le cortège se déplace au Monument aux Morts municipal, square Lucien Beaufrère. Cependant, un pan de l’histoire 14-18 de l’établissement est oublié et mérite une remise en lumière.
Vierzon, nœud ferroviaire possédait pas moins de 4 établissements hospitaliers installés dans 4 écoles de Vierzon :
Hôpital Auxiliaire H.A. n°15, rue des ponts, école communale.
Hôpital Complémentaire H.C. n°45, rte de Paris, Ecole Nationale Professionnelle
Hôpital Complémentaire, H.C. n°48, rue du Cavalier, école communale.
Hôpital Auxiliaire H.A. n°102, rue Molière, école communale.
Les hôpitaux 45 et 48, dès 1899, faisaient partie des plans de mobilisation des Services de Santé. Ils furent désignés car ils étaient situés non loin de la gare et avaient un statut d’établissement public.
Fond de Carte Service culturel Mairie de Vierzon
Suite à la mobilisation le 1er aout 1914, au vu des pertes des premiers combats, l’établissement fut ouvert le 27 aout. Il ne fermera que le 16 juin 1918 suite à une décision ministérielle. La capacité d’accueil du H.C. 45 était variable en fonction des aléas du conflit. Elle progressa de 455 lits à l’ouverture jusqu’à 700 lits en juillet 1915, pour redescendre ensuite. Entre septembre 1914 au juillet 1916, une autre annexe se trouvait au château de Vouzeron (50 lits). Elle permettait la convalescence de certains blessés de l’établissement principal. En avril 1918, l’école des filles de la rue du Cavalier, H.C. 48, fut fermée et rattachée à l’hôpital 45.
Collection de l'auteur
Un premier contact fut établi avec le Service des Archives Hospitalières des Armées (S.A.M.H.A.) basé à Limoges. La réponse fut rapide, malheureusement aucun dossier concernant Vierzon ne se trouvait à Limoges.
La deuxième piste fut le livre édité en 2010 par les éditions Ysec et intitulé « Hôpitaux Militaires dans la guerre 1914-1918 Répertoire général, marques postales sanitaires, indice de rareté Hopmil ».
Cet ouvrage n’est plus édité et difficile à trouver. Cependant, il apparait que dans le Tome 2, les auteurs, le Major Service de Santé des Armées (S.S.A.) François Olier et Jean-Luc Quénec’hdu ont établi une notice concernant les hôpitaux de la 8ème Région Militaire dont Vierzon et l’hôpital 45.
Hormis le descriptif déjà repris dans la première partie de ce texte, un fait intéressant et marquant est le nombre d’hospitalisés à savoir 10.184. Ce chiffre n’est pas anodin. C’est presque l’équivalent de la population vierzonnaise en 1921, à savoir 11.378 habitants qui seraient passé par l’hôpital 45 de Vierzon.
D’où provient ce chiffre ? L’ouvrage renvoie vers des sources qui se trouvent au Centre de Documentation du Musée du Service de Santé des Armées, lui-même situé au Val de Grace. Rendez-vous est donc pris à Paris afin de consulter les dites sources. A ce stade, je tiens à remercier M. Botralahy du Centre de documentation du Musée du SSA pour sa disponibilité et son accueil.
Entre temps, à l’aide d’une étude publiée en 2017 par Anabelle Dezile, enseignante berruyère, quelques cotes furent identifiées dans son texte indispensable intitulé « « Les hôpitaux dans le Cher pendant la première guerre mondiale » pour le compte des Cahiers d’Archéologie et d’Histoire du Berry.
Je me mis donc en quête des cotes A269 et A269-1 qui allaient m’apporter la confirmation du chiffre de 10.184.
Sources wikipédia
Avant d’aller plus loin, je me dois d’expliquer tant d’acharnement à la recherche de ce chiffre.
Le lycée, au moment du conflit est une Ecole Nationale Professionnelle créée en 1881 et ouverte officiellement en 1887. L’établissement existe toujours comme lycée polyvalent. Parmi ses formations, se trouvent une section professionnelle Brevet Métiers d’Art Céramique et une autre de Modeleur Maquettiste.
L’objectif n’est pas simplement d’écrire l’histoire du lycée Henri Brisson. A l’instar de la plaque 14-18 du château de Chenonceaux (ci-contre), il est envisagé d’installer une plaque rappelant l’hôpital 45 et les soldats qui y furent hospitalisés.
Arrivé au Val-de-Grace, dès le premier dossier, la réponse est obtenue. Dans le dossier 53 de la cote A269, je trouvais confirmation du nombre attendu.
Service documentaire, musée du SSA - Cote A269 dossier 53
Profitant d'être sur place, d'autres cotes ont été consultées et ont fait l'objet d'une numérisation. La 9ème Région Militaire et le département de l'Indre n'ont pas été oubliés. D'autres pistes à explorer ont été repérées ...
Maintenant, que le cadre historique est défini, passons à la partie pédagogique, qui inclura la réalisation en céramique de la plaque suivante:
Merci à madame Marquet, proviseure du lycée Henri Brisson, d'avoir valider le projet.
Il va falloir rédiger le cahier des Charges, réaliser un prototype puis un moule en plâtre pour donner sa forme à notre barbotine (pate de porcelaine). Ensuite viendra le temps de la cuisson et l’émaillage, de la décoration. Mais c’est une autre histoire.
Peu à peu, les semaines avançant, la plaque prend forme. Après des séances de conception via Solidworks, le modèle numérique a été terminé en tenant compte des contraintes données par les collègues céramistes. En ce début mars, l'usinage d'un modèle en bois d'aulne a été commencé par l'équipe Modelage.
« Les hôpitaux dans le Cher pendant la première guerre mondiale » - Anabelle DEZILE – Cahiers d’Archéologie et d’Histoire du Berry – No 214 (3e trimestre 2017)
« L'Ecole Nationale Professionnelle de Vierzon » DESBORDES Jean-Marie et RICHOUX Claude – Editions La Bouinotte 2011
« 1914-1918 : Le Cher pendant dans la Grande Guerre », GARDANT Alain – dossier pédagogique du service éducatif des archives départementales du Cher, 2006
« Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, Répertoire général, Marques postales sanitaires, Indice de rareté » - Tome II Paris, France Centre-Est - François OLLIER et Jean Luc QUENEC’HDU – Editions YSEC 20104
« Le service de santé aux armées pendant la Première Guerre mondiale » - Alain Larcan, Jean-Jacques Ferrandis - Editions LBM 2008
Le 11 novembre, chacun fait son deuil, chacun à sa mémoire, chacun à sa manière:
Pour moi ce sera, en ce 11 novembre 2025, au lycée Henri Brisson de Vierzon pour me souvenir des anciens élèves, du personnel d'alors. Mais ce sera aussi pour penser aux quelques 190 décédés au sein de l'établissement entre 1914 et 1918.
J'aime à me dire que chacun s'approprie le moment, pas seulement par le formalisme des commémorations officielles.
J'ai donc une multiple pensée, une pour ceux qui passèrent par Brisson, une pour les miens et une pour Jean-Louis Bergheaud et son alter ego aïeul.
Jean Louis Murat - Sans Pitié pour le Cheval
Il est à noter que "Murat" est un pseudo lié à Murat-Le-Quaire, dans le Puy de Dôme. De son vrai nom "Jean Louis Bergheaud", le chanteur est originaire de La Bourboule, haut lieu de colonies de vacances et autres séjours de sanatorium pour bon nombre de Berrichons, dont je suis.
Sans Pitié Pour Le Cheval La guerre 14-18… Bataille de la Marne… Mon nom d’état civil n’est pas le mien : j’ai celui d’un arrière grand-oncle, qui se prénommait également Jean-Louis. On m’a donc redonné le nom de Jean-Louis Bergheaud. Étant le premier garçon à être né, je me suis retrouvé dans la famille en charge de l’hérédité imposée d’un combattant héroïque de la guerre 14-18, qui meurt d’ailleurs en 1918. Sans faire de la psychologie à trois balles ou de la schizophrénie de comptoir, j’ai toujours eu du mal avec mon identité. Ainsi, je suis resté sensible à la guerre 14-18, où je suis donc mort une première fois. D’où cette chanson Sans Pitié Pour Le Cheval. J’en ai quelques-unes sur les chevaux et la manière dont les animaux sont traités depuis lors. Moi, j’ai eu la chance de jouer aux cowboys et aux Indiens avec mes enfants, en partant dès l’aube à la montagne avec un poney chacun. On faisait des cavalcades effrénées. Les êtres humains ont perdu le rapport aux animaux. Je regrette le temps où les hommes circulaient à cheval. Il y avait une noblesse qui n’existe pas dans une Clio ou un Picasso…
Sources (inactive en 2025): http://www.magicrpm.com/a-lire/interview/jean-louis-murat/track-by-track-14-10-11
Comme certains ont pu le remarquer, j’ai une marotte qui tourne autour d’une période précise. Pour faire large, je dirais de 1871 à 1919. Pour 1871, après le 10 mai et le traité de paix de Francfort et pour 1919, je fixe la barre aux environs d’aout pour le retour des unités dans le département de l’Indre. J’accepte cependant volontiers de pousser d’une dizaine d’années pour aborder la fin de l’implantation du 90ème Régiment d’Infanterie à la caserne Bertrand de Châteauroux, avant son départ pour Tours. J’ai aussi un intérêt particulier, puisque professionnel, avec l’histoire de l’ENP de Vierzon pendant cette même période. Créée en 1881 par décret ministériel, l’Ecole Nationale Professionnelle de Vierzon deviendra Lycée Technique d’Etat (LTE) en 1959.
Après m'être intéressé aux plaques mémorielles du lycée et à quelques anciens élèves et à leur parcours pendant le conflit, les recherches actuellement en cours concernent l’hôpital 45 qui fut implanté dans les locaux de l’ENP tout au long du conflit (Rendez-vous pris au Musée des Services de Santé des Armées).
Exceptionnellement, les Journées du Patrimoine aidant, plutôt que de m’intéresser aux vivants ou aux morts d’alors, je choisis ici de m’intéresser à un objet essentiel tant pour les Vierzarts internes du lycée, loin de leurs familles que pour les nombreux soldats blessés qui séjournèrent à l’ENP. Cet objet, vestige d’un autre temps, se trouve encore dans un lieu passant du lycée, à côté de l’intendance actuelle.
Cet objet n’est rien d’autre qu’une Mougeotte de type 1.
Comme le montre la photographie ci-dessus, la Mougeotte est une boite aux lettres. Celle-ci doit son surnom à Léon MOUGEOT, député Radical qui fut sous-secrétaire des Postes et Télégraphes auprès du Ministre du Commerce (1898-1902) et qui officia dans divers gouvernements lors de la IIIème République, notamment celui d’un certain Henri BRISSON.
L’administration des Postes doit à Léon MOUGEOT la normalisation des boites aux lettres et le début de l’équipement en bicyclettes des préposés pour certaines de leurs tournées.
Pour cela, par décret en 1899, le réseau des boites aux lettres est réorganisé et il impose le principe dune boite normalisée fournie par l’entreprise DELACHANAL de Charenton. Il est à noter que l’entreprise était aussi fabricant de cycles (Marques Omnium et Dollar)
Ces boites, à l’origine de couleur bronze furent peintes en bleu (1905). Plus tard, la couleur devint jaune en 1962. Sur celle du lycée Henri Brisson, on peut voir le bleu d’origine apparaitre sous les éclats de jaune. Si on ouvre la porte, on s'aperçoit que l’intérieur est toujours de la couleur originelle. On notera cependant l’absence de la serrure d’origine et de la plaque d'identification sur le côté droit..
Située sous la passerelle de la coursive de la cour d’Honneur, cet exemplaire fut en production de 1900 à 1930. Celle du lycée Henri Brisson fait donc partie des vestiges de cette époque, ceux auxquels on ne prête pas nécessairement attention mais qui sont encore là dans notre environnement.
A noter cependant qu'un tel objet ne laisse pas indifférent quelques collègues de la section Fonderie du lycée.
Je ne peux qu’essayer d’imaginer les centaines ? les milliers de lettres ? qui transitèrent par cette boite. Des lettres familiales, des lettres amoureuses, des lettres de rupture, des lettres de souffrance, des lettres pour simplement donner des nouvelles.
Lors d’un message précédant, j’abordais le cas de Michel SORNICLE, un élève de l’ENP entre 1914 et 1918. Malade, il envoyait une lettre depuis le lycée. Dans l’enveloppe adressée qui malheureusement ne nous est pas parvenue, Michel SORNICLE envoyait une carte de Vierzarts pour signaler sa bonne veine à son ami. La lettre transita vraisemblablement par la boite aux lettres du Lycée, celui-ci était alors à l’infirmerie .
Au même moment, le lycée accueillait un peu plus de 10.000 blessés entre 1914 et 1919, parmi eux, de nombreux blessés utilisèrent eux aussi la boite aux lettres Mougeotte. Les courriers étaient visés par le tampon de l’hôpital 45, ce qui permettait de leur donner le statut de « correspondance militaire ».
Une simple boite aux lettres, auprès de laquelle nous passons quasiment tous les jours. Une boite aux lettres qui aurait surement tant à dire.
Toujours partir d’un fait, d’une information simple et ensuite, rechercher le contexte, le trajet du combattant étudié. Dans ce fil, intéressons-nous à Edouard LEPRON. Edouard-François est né le 3 septembre 1893, il est natif de Vallères dans l’Indre et Loire et est fils de Léon et de Marie Clémentine JOUBERT.
Soldat de la Classe 1913, il est de recrutement Châtellerault et a pour matricule le numéro 897. Dans le recensement 1911 de la commune de Vallères, il habite à Le Fay, avec ses parents. Son père Léon est alors jardinier et Edouard champignonniste.
Au moment de sa conscription en 1912, il réside en Gironde à Aubie et Espessas. Il est présent au conseil de révision qui se tient au chef-lieu de canton, Azay le Rideau. D’une taille peu ordinaire de 1m70 et d’un niveau d’instruction 3 (Sait lire et écrire), il est classé « bon pour le service ». Sa fiche matricule nous indique 3 professions « Champignonniste, scieur ». Ces métiers barrés et remplacés par « Manœuvre »
Dès le 27 novembre 1913, il est appelé au 68ème Régiment d’Infanterie qui a pour garnison Le Blanc et Issoudun (Portion principale à Issoudun et Portion Centrale et 3e bataillon à Le Blanc). Pour être précis, il est affecté dans une des compagnies basées à Issoudun. Son parcours militaire est très succinct. Effectuant son service militaire, il est déjà à la caserne au moment de la Mobilisation d’août 1914. Le fait suivant nous indique qu’il est porté disparu à la Cote 304, le 5 mai 1916.
En réalité, celui-ci est fait prisonnier lors des combats et de l’offensive allemande sur la Cote 304.
Les Combats de la Cote 304 - Cne Laxagne - Revue Militaire Française - BNF Gallica
Les pertes lors de ces combats furent importantes notamment pour le 68ème RI et le 290ème. Ce dernier régiment fut envoyé en renfort du 68ème et tant bien que mal, combla les pertes (par les siennes).
Les Combats de la Cote 304 - Cne Laxagne - Revue Militaire Française - BNF Gallica
Pour rappel, on entend par « pertes » les soldats, sous-officiers, officiers qui ne sont plus aptes au combat. Cela inclue donc les tués, les blessés et les disparus. Dans cette dernière catégorie, deux cas se présentent, le soldat est décédé mais en l’absence de témoignage direct pour dresser l’acte de décès réglementaire, son cas sera statué plus tard après décision de justice (Voir les jugements des tribunaux d’instance signalés en bas de fiche Mémoires des Hommes). Le 2ème cas de disparition est celui des prisonniers de guerre.
Edouard est donc porté disparu et la fiche matricule nous apprend qu’il est comptabilisé comme prisonnier de guerre et interné au sein du camp de Cassel (Land de Hesse)
Classe 1913 Matricules 1R790 - Archives d'Indre-et-Loire
Ceci est confirmé et complété par son dossier du CICR (Comité International de la Croix Rouge). Son dossier nous apprend ainsi que le 1er juillet 1916, Edouard est affecté au Camp de Munster II et qu’ensuite il est au camp de Cassel, à la 11e Compagnie, en date du 10 aout 1917.
CICR1418 - Dossier Edouard Lépron 68ème RICarte des camps en Allemagne - BNF Gallica
Ces faits sont aussi rapportés dans les listes éditées par la Gazette des Ardennes, journal qui était à la solde de l'occupant.
Gazette des Ardennes - BNF Gallica
La fiche matricule nous apprend qu’il fut rapatrié le 21 février 1919 et qu’il est alors affecté au 66ème R.I. de Tours et dirigé vers la Compagnie Paris-Orléans (Chemin de fer) où il est déclaré Manœuvre. Son parcours ensuite est principalement lié à la reconnaissance de faits médicaux entrainant diverses invalidités.
Voici donc un parcours que je qualifierai d’ordinaire pour de nombreux soldats d’alors. Alors, pourquoi ce cas a éveillé ma curiosité et m’a amené à tenter de retracer le parcours de Edouard ?
Mon intérêt vient d’une photographie prise en 2013 aux Archives Départementales de l’Indre, alors que je préparais mes interventions en lien avec la Mobilisation de 1914. Lors de ce séjour aux AD36, je pris en photo quelques numéros de la presse locale. Je m’intéressais notamment au « Journal du département de l’Indre » en date du 2 aout 1914. En effet, en ce premier jour de la mobilisation, du fait des décalages d’imprimerie, le journal castelroussin en est à l’annonce de l’assassinat de Jaurés et des « perquisitions chez les anarchistes ». Un entrefilet indique d’ailleurs « Ce n’est pourtant pas encore la mobilisation générale, Cologne 31 juillet », alors que les affiches sont placardées depuis la veille 1er aout, sur les murs des communes françaises. Il faut attendre la page 2 pour avoir mention de la mobilisation générale. La une du journal n’avait pas été adaptée aux évènements se produisant.
Journal du Département de l'Indre - 2 aout 1914 - Archives départementales de l'Indre
Outre ce fait, un autre article attira mon attention dans la rubrique Issoudun et titrait « Soldat déserteur au 68ème RI ».
SOLDAT DESERTEUR AU 68e – La 7e Brigade mobile de Bordeaux était informée mercredi matin, dès la première heure, qu’un soldat nommé Edouard François Lépron, né en 1893 à Vallères (Indre-et-Loire), soldat au 68e d’Infanterie, en garnison à Issoudun, avait pris le train de Tours se rendant à Bordeaux, d’où il se proposait de gagner l’Espagne. Le train arriva sous le hall du Midi à 6h50. L’inspecteur Quérillac de service à la gare de Saint-Jean était en surveillance ; il appréhenda Lépron au moment où celui-ci se disposait à monter dans l’express en partance pour Irun. Conduit au commissariat de la police mobile, Lépron déclara qu’il n’avait pas l’intention de quitter la France. Il se rendait à Dax, dit-il tout d’abord. A ce moment, on apporta à la gare un paquet trouvé sous le tunnel de Lormont par des gardes de la Compagnie du Midi, et dans lequel étaient des vêtements de soldat : une capote, un pantalon, un képi et un mouchoir. Sur le mouchoir, il y avait un matricule semblable à celui que le fantassin portait sur sa chemise. Lépron avoua qu’il avait jeté lui-même le paquet sur la voie ferrée ; puis il finit par reconnaitre que l’Espagne était le terme de son voyage. Le fantassin a été remis aux autorité militaires.
L’arrestation eut lieu le mercredi 27 juillet 1914. Afin de s’assurer de la teneur de l’article, après recherche dans le quotidien « La Petite Gironde », il est possible de lire en date du 30 juillet :
IL VOULAIT DESERTER – La 7e Brigade mobile était informée mercredi matin, dès la première heure, que le nommé Edouard-François Lépron, né en 1893 à Valère (Indre-et-Loire), soldat au 68e d’Infanterie en garnison à Issoudun, avait pris le train avait pris le train à Tours se rendant Bordeaux d’où il se proposait de se rendre en Espagne. …
Le texte du « Journal du département de l’Indre » est identique à celui de la « Petite Gironde ». Le journal girondin rajoute cependant :
C’est en achetant des vêtements civils que le fantassin attira l’attention sur lui. On le dénonça peu après. Il avait changé de costume dans le train. e jeune soldat, qui est cultivateur de profession, rentrait de congé. L’inculpation retenue contre lui est celle d’absence illégale.
La Petite Gironde - BNF Gallica
Fait remarquable, très certainement dû à l’enchainement des évènements, dû à la précipitation, sur la fiche matricule, aucune mention est faite concernant cette affaire. Le retour à l’unité et le départ au front eurent raison d’une éventuelle sentence. Voilà la première impression mais grâce à la perspicacité et l'analyse de l'ami Arnaud Carobbi, il est possible de finalement comprendre que condamnation, il y eu fort probablement:
"Il y a peu de doutes qu'il y ait eu condamnation. Il y a même, à mon avis, 3 indices qui vont dans ce sens, même si je n'explique ni l'absence de mention dans la FM (très laconique) ni l'absence de mentions dans la presse disponible. La presse avait d'autres chats à fouetter en août (informations multiples, baisse des moyens humains liés à la mobilisation) et la presse du Loiret, siège du Conseil de guerre n'est pas numérisée pour consultation. Je note ici sa date très tardive de rapatriement de captivité (21/02/1919). Pour les indices sur une condamnation :
Il n'est envoyé en renfort que le 13 février 1915. Ce délai pourrait s'expliquer par une incarcération liée à une condamnation ;
Il est libéré le 23 octobre 1919 alors que sa classe a été mise en congé illimité entre le 31/08 et 05/09/1919. Il a donc fait deux mois de rab. Ce qui pourrait l'équivalent à un bout ou l'intégralité de la peine.
"En parlant du personnel administratif, il me paraît juste de dire un mot du soldat Forest, auquel on avait donné le sobriquet de « Dufayel », parce que chez lui on pouvait se procurer tout ce qu'on voulait. Je crois intéressant de rapporter quelques traits de son débrouillage.
Un jour à Ogéviller, nous étions quelques officiers qui causions à un Chef de bataillon du 268e, celui-ci était en admiration devant nos chaussures. Il disait qu'il lui était impossible de s'en procurer à son régiment. Vint à passer le soldat Forest, je lui demandai s'il n'avait pas une paire de chaussures pour le Commandant du 268e. Il lui demanda sa pointure, le temps d'aller et de revenir, et le Commandant avait une superbe paire de brodequins. Enhardi par ce premier succès, le Commandant se risqua à demander à Forest s'il ne pourrait pas lui procurer des pellicules photographiques. Forest lui demanda quel genre il désirait et le lendemain le Commandant avait ses pellicules.
Pour obtenir ce qu'il nous fallait, Forest n'hésita pas à aller solliciter les grands Chefs de l'administration. Il savait mieux qu'eux ce qu'il y avait dans leurs magasins. Un jour, il alla demander des chaussures à un Intendant. « Je n'en ai pas », lui répondit celui-ci. « Et si j'en trouve, me les donnerez-vous ? », demanda-t-il. Sur la réponse affirmative de l'intendant, Forest lui signala une baraque qui en contenait. fut autorisé à les emporter.
Au régiment nous étions toujours les premiers à être pourvus de tout ce qui arrivait dans les magasins du Génie et l'Intendance. Forest était un pourvoyeur de premier ordre".
Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI, un régiment de réserve du Berry
Nul doute que Forest devait aussi fréquenter l'épicerie Morel d'Ogeviller (54) à défaut des Grands Magasins de Clignancourt à Paris.
Une nouvelle analyse à partir de clichés récemment acquis. Une recherche historienne et généalogique au long cours. Dans de tels cas, on ne sait jamais où cela nous mènera. Le vendeur propose deux cartes photos du 90ème Régiment d’Infanterie. Cela est de bon augure, car il indique « écrit » au verso des 2 cartes. L’enquête va peut-être nous permettre de faire parler ces clichés.
Collection de l'auteur
Deux clichés du 90ème RI, mais deux clichés pris dans des contextes et des périodes différentes. L’un est oblitéré et date de 1908, tandis que l’autre, sans nul doute, nous présente des prisonniers de guerre. Il va donc être nécessaire d’analyser chaque cliché et ensuite résoudre l’énigme Qui ? Quoi ? Où ? Et quel est le lien entre les deux clichés, si il y en a un.
Dans l’ordre chronologique, voici donc le cliché de 1908.
Collection de l'auteur
Même si quelqu’un a retiré le timbre pour sa collection, les oblitérations sont lisibles. Posté à « Levroux Indre » le « 12 08 08 14h45 » et reçu à « Thézenay Deux Sèvres » le « 13 08 08 16h56 » au bureau de poste, le courrier a donc mis 24 heures depuis l’Indre pour rejoindre les Deux-Sèvres. Avant de revenir sur le contenu de la missive, intéressons-nous au recto.
Il s’agit là d’une photo de 7 soldats en « grande tenue ». Depuis 1899, la troupe porte la tunique « officiers » à 7 boutons en drap bleu foncé, le képi est orné d’un pompon dont la couleur déterminait le bataillon (1er bleu, 2ème rouge, 3ème jaune et 4ème vert). Les autres composantes du régiment étaient pourvues d’un pompon tricolore. Cet ornement était agrémenté d’une cocarde tricolore et d’un emblème de grenade d’infanterie doré. Cet attribut perdura de 1886 à 1910. Au vu de l’oblitération, nous sommes bien dans cette période.
Attributs képi- Photo eBay
La tenue est complétée par le havresac réglementaire avec sa couverture en travers, les brelages, les cartouchières pleines, les épaulettes à franges et le fusil Lebel. Au premier plan, au centre, un sergent rengagé qui ne porte qu’une cartouchière. A sa droite, sur le côté, un tambour est présent. Toujours au premier plan, les galons garances d’un 1er classe sont juste visibles de l’autre côté.
Almanach Hachette
Concernant le soldat de 1ère classe, on peut s’apercevoir qu’il est le seul à ne pas avoir repasser son numéro de col à la craie. Celui-ci apparait sous sa vraie teinte. Cette pratique était courante et permettait de faire ressortir le numéro d’unité, ainsi que certains attributs sur les clichés noir et blanc d’alors.
Collection de l'auteur
La fière allure, l’équipement nous montre ici une demi escouade, prête, par exemple, pour montée la garde au poste, à l’entrée du casernement. Difficile d’en dire plus.
Passons à la correspondance. La première surprise est que celle-ci n’a aucun lien direct avec le contenu militaire du recto. La correspondance est celle entre deux sœurs. Une des deux a donc utilisée une photo en sa possession pour faire correspondance. La datation du cliché est donc bien antérieure à l’oblitération, mais rien ne garantit que le cliché est récent au moment de la missive. L’expéditrice peut très bien utiliser un cliché qui était dans un tiroir depuis un certain temps (indéfini).
Ma chère sœur Milles fois mercis de votre gentil cadeau. Je vous espère en bonne santé chez nous tout le monde se porte bien. Andrée marche seule depuis quelques semaines seulement. Je pense qu’Ida est grande et bien mignonne. Je vous embrasse bien tendrement ainsi que Léopold. Hélène Grillon (Nota : sur le côté de la carte) Madame Julienne Vincent au château de Maurivet par Thénezay Deux-Sèvres.
Collection de l'auteur
Nous avons là deux patronymes Grillon et Vincent. On avance, mais vraisemblablement, comme il s’agit de femmes mariées, ces deux patronymes sont ceux de leur époux. D’un côté Hélène GRILLON et sa fille Andrée, de l’autre Julienne VINCENT, sa fille Ida et Léopold (Fils ? mari ?). Comme l’indique le début de la lettre, elles sont sœurs ou bien éventuellement belles-sœurs.
Il faudra donc passer par une analyse des liens de parenté pour comprendre l’origine du cliché et le lien avec la deuxième carte-photo, que je présente maintenant :
Collection de l'auteur
Passons tout de suite au recto, il s’agit là d’un groupe de 10 soldats dont 1 est caporal, au centre. Au moins, 7 de ces soldats sont issus du 90ème Régiment d’Infanterie, au vu des numéros sur les képis ou sur les pattes de col. Certains ont repassé leurs numéros à la craie, d’autres partiellement, d’autres non. Pourquoi des prisonniers de guerre ? Les soldats portent des tâches blanches sur leur capote, il s’agit là d’étiquettes permettant aux gardiens d’identifier les prisonniers. Ceci est confirmé par l’écriture au verso qui indique « Allemagne Prisonniers de guerre » et qui a rajouté cela ensuite.
Qui a reporté cet élément, nous ne le saurons jamais. Peut-être quelqu’un qui avait besoin d’expliquer le cliché et de mettre une croix sur un soldat bien précis (même stylo bleu), histoire de laisser trace. Une autre main, cette fois au crayon de papier, ajouta un nom et un prénom « Marcelin Vincent ». Nous retombons sur un des deux patronymes obtenus sur la carte précédente.
Qui est donc Marcelin Vincent ? Prisonnier de guerre, il était rattaché au 90ème RI. S’agit-il d’un mari ? d’un frère ? Il semble avoir un lien avec la destinatrice de la première carte Juliette Vincent.
Allons du côté du CICR1418 (Comité International de la Croix Rouge), qui tente de recenser les prisonniers de guerre. Aucun Marcelin ou Marcellin n’est connu. Cela commence mal. Regardons maintenant du côté des archives et du site qui remplace le Grand Mémorial. 9 Marcelin, 11 Marcellin et toujours aucun n’était au 90èmeRI et prisonniers de guerre. Il va falloir chercher d’autres axes de recherches. Les moteurs de recherche généralistes ne donne rien. Par contre, celui de Généanet, m’offre une belle surprise.
Après avoir chercher Marcelin VINCENT dans les Deux-Sèvres, je trouve finalement celui-ci dans l’Indre, et surprise Marcelin est son prénom d’usage, pas celui de l’état-civil.Grâce aux données collectées par différents généalogistes et se recoupent entre elles, il était possible de retrouver tous les noms cités. Mais surtout, je retrouvais Marcelin VINCENT, ou plus exactement je découvrais Marie Basile VINCENT dit Marcelin. Avec les bons prénoms, il apparait par 3 fois dans le fichier du CICR, mais intéressons nous d’abord à sa fiche matricule.
Après un service militaire au 135ème RI, il passe au 82ème RI puis est libéré. Mobilisé le 12 aout 1914, il ne part aux armées que le 4 septembre. Il est fait prisonnier le 6 novembre dans le secteur d’Ypres et sera considéré comme interné jusqu’au 15 janvier 1919, pour être ensuite démobilisé en mars 1919. Il se retire alors à Luçay-le-Mâle. La fiche matricule indique un internement au camp de Gardelegen, ce qui est confirmé par son dossier que l’on peut consulter sur le site du CICR. Effectivement, c’est plus facile maintenant que nous avons les vrais prénoms Marie Basile. Rien à Basile et 3 fiches avec Marie et dont les éléments nous intéressent.
Fiches Croix Rouge - CICR1418
La première fiche à gauche est une fiche de demande de recherche qui nous indique les coordonnées de la personne ayant effectuée la demande et qui nous indique que Marie VINCENT était interné à Gardelegen 1ère Compagnie, Baraque 33 et que l’on sans nouvelle depuis sa disparition le 6 novembre 1914. Elle nous permet de connaitre l’adresse de Mélanie VINCENT sa femme, qui demeure alors à Montargis (45). Cette adresse nous est déjà connue par la fiche matricule puisque celui-ci déclarait en 1910 un changement d’adresse, s’installant rue de la Gare à Montargis. Les deux autres fiches nous renvoient vers des codes qui permettent de consulter les listes d’internés liées aux feuilles P12531 et P28090. La feuille 12531 nous renvoie vers une liste datée du 23 janvier 1915 et établissant une liste de 1057 militaires français et 7 civils français, internés à Gardelegen. Marie VINCENT apparait au numéro d’ordre 1017. Les données .confirment son unité le 90ème RI et son lieu de capture Ypres.
Extrait fiche CICR P12531
La feuille 28090 est elle datée du 22 septembre 1915 et nous informe qu’il a changé de camp. Il est maintenant rattaché au « läger » de Quedlinburg. L’unité et le lieu de capture sont confirmés, il est signalé comme natif de « Luçay-le-Mol ».
Extrait fiche CICR P28090
Gardelegen était un camp à une quarantaine de kilomètres au Nord de Magdebourg tandis que Quedlinburg était un camp situé à une trentaine de kilomètres au Sud-Ouest. Les deux villes sont situées au sein du land de Saxe-Anhalt.
A partir de la première liste, constituée de 33 feuillets, il est possible de connaitre le nombre de prisonniers qui se trouvaient alors à Gardelegen et ce pour les 4 régiments indriens. Cela correspond en proportion aux faits qui se déroulèrent en ces jours de novembre 1914 vers Ypres et suite à des combats intenses. Le 290ème RI n’est pas représenté. Il ne fait pas parti du détachement Moussy qui fut appelé en urgence -au sud d’Ypres. Cette unité était restée dans le secteur de Wallemolen.
Marie Basile VINCENT dit Marcelin fait donc parti des 34 soldats du 90ème RI internés à Gardelegen et tous captifs suite aux combats au sud d’Ypres vers Zillebeke, au sein du détachement Moussy, notamment lors des combats du 6 novembre 1914 (et alentours).
Ce jour est particulier car il s’agit là du 3ème jour le plus meurtrier de tout le conflit pour les soldats indriens.
Données Indre1418soldats
Alors que le reste des unités du 9ème corps était resté en première ligne au Nord d'Ypres, une partie des 68ème, 90ème et 268ème furent dépêchées en urgence dans le secteur de Hollebeke-Zillebeke. Avec d'autres unités se trouvant dans le secteur (96ème, 149ème, ...), ce détachement pris le nom de Détachement Moussy.
Carte anglaise sans sources connue.
Le journal de marche du 90ème RI nous apprend ce qui se passa ce jour là. Vraisemblablement, notre soldat faisait partie de la 7ème Cie. :
6 novembre 1914 : Les 2ème et 3ème Cies gardent leurs positions le long du canal, les 1ère et 4ème Cies passent en seconde ligne. Vers 7h50 la 7ème Cie et un peloton de la 8ème relèvent à la faveur du brouillard les 5ème et 6ème Cies qui avaient la veille gagnée 200m en avant de la ligne générale. Vers 13h, ces troupes sont cernées par les Allemands dans les bois situés à 500m au N.O. de Klein-Zillebeck ; dans des circonstances demeurées inexpliquées elles ont du se rendre. Etaient présents à cette affaire : Lt BURIN DESROZIERS Cdt la 7ème Cie, S/Lt THIBAUDIN (7ème), S/Lt RIBEYROLLE (7ème), Adj BOUIN et CALMELS, Sgts Mj HELLEN et BIZOIRE. Le total des hommes disparus est de 191. Vers la même heure, une patrouille commandée par le Sergent RICHARD fut obligée de revenir devant une très vive fusillade ; le 2ème peloton de la 8ème Cie en réserve sous le commandement du Capitaine D’AVENAS est à son tour bousculé et enveloppé par l’ennemi qui traverse nos lignes au-delà de Klein-Zillebeke. A ce moment le Général MOUSSY appelle tous les éléments disponibles et les réserves de troupes anglaises. Les 1èreet 4ème Cies couvrent en hâte la coulée du chemin de fer pendant qu’une charge vigoureuse menée par les 6ème et 8ème Cies, un peloton de hussards et des contingents anglais arrêtent par une contre-attaque la marche de l’ennemi. Le Général MOUSSY prend personnellement le commandement et charge à la tête de ces unités qui regagnent 600m du terrain cédé. ...
SHD - JMO 90ème RI.
Loin de vouloir faire une étude des combats désespérés de la 1ère bataille d’Ypres, je reprend mon fil et maintenant je me pose la question Qui est Hélène Grillon et qui est « Andrée marche seule depuis quelques semaines seulement » afin d’éventuellement d’identifier un des soldats de la première carte. Nous reconstituons peu à peu une partie du cercle familial. Retournons chercher dans les données généalogiques afin de retrouver les personnages manquants. Auscultant Généanet et vérifiant les données via les actes en ligne des AD, il est possible de finaliser la généalogie proche de Marcelin et des personnages cités dans le courrier.
Seuls les personnages cités et les liens directs figurent sur l'arbre ci-dessous (Les nombreux frères et sœurs n'ont pas été rajouté afin de ne pas alourdir l'arbre en question)
Passons alors à l’interprétation. Nous allons tout d’abord vérifier si Léon Jules, époux de Hélène LAVAUTE était bien vers 1908 au service militaire au sein du 90ème RI.
La confirmation est donnée par les écrits de la fiche matricule. Il est appelé à compter du 07/10/1906 et envoyé dans la disponibilité le 25/09/1908. Les données d’état-civil indique un mariage au cours du service militaire, mais la fiche matricule n’en fait pas mention. Comme Marcellin, Léon GRILLON sera mobilisé au sein du 90ème RI. Il sera blessé le 25/09/1914 et sera alors affecté au sein d’un régiment territorial puis dans le Génie.
Il figure sur le cliché parmi les 6 soldats présents et accompagnant le sergent. Au vu des détails physiques de la fiche matricule, difficile d’aller plus loin dans l’identification.
Collection de l'auteur
Pour parfaire la recherche, je rajoute la fiche matricule de Léopold VINCENT. Celle-ci nous apprend qu'effectivement il demeure au château de Maurivet à Thénezay dans les Deux-Sèvres, avec son épouse donc. Il alterne les séjours avec Saint Cyran du Jambot dans l'Indre. une part de l'explication est dans la profession qu'il déclare: Piqueur (Chasse à courre). Cela rejoint la profession de son père Martin dans son acte de décès où il est déclaré "garde particulier"
Toutes les sources possibles sont à exploiter lorsqu’on effectue une recherche d’un parcours combattant, de retracer la vie, la mort d’un simple combattant, parcelle infime de la grande Histoire. Partir d’un fait-divers trouvé dans la presse départementale et d’étapes en étapes, retracer le parcours des protagonistes. Voilà une aventure documentaire qui n’est pas pour me déplaire.
Sur le site de Bibliothèque Nationale de France (B.N.F.), il est possible de retrouver des numérisations de journaux et périodiques d’alors. Dans la catégorie presse régionale, je parcours régulièrement l’Echo des marchés du Centre. Ce journal de pages en général paraissait les jeudi et dimanche de chaque semaine et avait pour siège de rédaction, la ville d’Issoudun.
Gallica BNF – Echo des Marchés du Centre 30/05/1912
Un article m’interpella lors de ma lecture de l’exemplaire du 30 mai 1912. Lyautey et le Maroc, la dépopulation de la France, la création du grade d’adjudant-chef, les manœuvres d’Armée de 1912 figuraient parmi les titres de cette édition. Un petit article troisième page m’interpella tant par le lieu que par la thématique. Le titre indiquait :
Cluis – Arrestation de dangereux voleurs.
Que pouvait-il s’être passé à Cluis pour générer un tel titre ? Cluis est une tranquille bourgade du Sud du département, dépendant du canton de Neuvy-Saint-Sépulchre. Le village est plus connu pour ses foires agricoles et sa fête aux Lumas (escargots en berrichon) que pour ses faits divers. J’entrepris alors la lecture :
Dimanche matin, la gendarmerie de Cluis était avisée d’un vol d’une somme de 4.000 francs venait d’être commis par un sous-ordre du comptable de la maison Stock, libraire-éditeur à Paris, et que le voleur, en compagnie d’un de ses acolytes, filait vers Cluis, où l’attendait son amie.
Au reçu de ce télégramme, la brigade de Cluis se transporta à la gare, au passage du train de 3 heures 34, dans lequel se trouvaient les deux filous.
Le train venait à peine de rentrer en gare qu’une portière s’ouvrit pour donner passage à l’un d’eux, le sieur Georges Cochin, âgé de 18 ans. Les gendarmes se précipitèrent, mais le jeune bandit, qui se tenait sur ses gardes, prit aussitôt la fuite. Une chasse à l’homme fut organisée sur la voie, et après une vive poursuite, Cochin fut arrêté et désarmé. Fouillé, il fut trouvé porteur d’un browning chargé de six balles blindées et de faux papiers. Pendant ce temps, le maréchal des logis de gendarmerie faisait télégraphier au chef de gare de Neuvy-Saint-Sépulchre, la présence dans le train d’un individu dangereux ayant un billet à destination de Cluis. En arrivant dans cette localité, comme personne ne descendait du train, le chef de gare fit un contrôle et s’assura de la personne d’un nommé Louis Lermant, qu’il remit entre les mains des gendarmes. Lundi les deux bandits ont été amenés devant le juge d’instruction de La Châtre.
Voilà une piste intéressante pour nos analyses de parcours combattants. 1912, deux jeunes même pas majeurs. Que deviendront-ils ? Quel sera leur sort dans les années à venir. Voilà une ligne directrice à suivre. Tout d’abord, je n’ai pas trouvé de report dans la presse nationale. Je me suis donc reporté sur un autre journal local, l’Echo de l’Indre. Une version numérisée est accessible via le site du réseau des bibliothèques de La Châtre et Sainte-Sévère. L’outil de consultation est assez pénible, mais permet un accès à l’ancêtre de l’actuel Echo du Berry. Ma patience fut récompensée, l’article du pays de La Châtre complétait l’article de l’Echo des Marchés et se montrait plus précis sur certains points :
Echo de l'Indre 31/05/1912 - Bibliothèques Pays de la Châtre et Ste Sévère
Deux voleurs arrêtés
Deux jeunes gens, presque des enfants, ont été écroués lundi à la prison de La Châtre ; ils avaient été arrêtés la veille par les gendarmes de Cluis et de Neuvy. L’un d’eux, Cochin Gaston-Georges, né à Paris le 18 février 1893, employé à la librairie Stock, avait encaissé, pour le compte de sa maison, une somme de quatre mille francs ; mais au lieu de remettre fidèlement cet argent, il se l’appropria et résolut de se payer un voyage sérieux, comme il convient à un personnage dont la bourse est bien garnie. Il s’adjoignit, pour cette équipée un sien copain, Lhôpital Léon, originaire d’Ivry (Seine), âgé de 17 ans. Nos deux gaillards se nippèrent de façon cossue, se munirent chacun d’un révolver et prirent le train à destination de Cluis. Pourquoi Cluis ? me direz-vous. C’est que le nommé Cochin a un cœur et que ce cœur, il l’a donné à une charmante soubrette, dont les parents habitent les environs ; c’est justement ce qui le perdit. Le patron, ne voyant pas rentrer son employé, fit faire une perquisition à son domicile. On y trouva, outre la photographie de la demoiselle, des indications qui permirent de supposer que la première visite du voyageur serait pour elle, où elle se trouve en ce moment. On envoya donc sans retard, à Cluis, une personne qui connaissait de comptable infidèle, avec mission de le signaler aux gendarmes, qui, de leur côté, avaient reçu un ordre d’arrestation. Aussi quand dimanche, jour de la Pentecote, le train de 3h46 du soir, venant de Paris par Argenton entra en gare, Cochin, qui était à la portière, fut aussitôt reconnu ; mais s’étant lui-même aperçu de la surveillance dont il était l’objet, il descendit à contre-voie et s’enfuit. Peine perdue : les gendarmes l’eurent vite rattrapé et mis en lieu sûr. Son compagnon qui était, lui aussi descendu, avait profité de l’émoi pour remonter dans le train qui s’était remis en marche, croyant qu’on l’oublierait. Mais le chef de gare de Neuvy-Saint-Sépulchre, prévenu, fit faire des recherches et Lhôpital alla rejoindre son ami Cochin à la chambre de sureté sous la conduite des gendarmes. Il parait qu’il aurait dit au chef de gare que s’il n’avait pas laissé son revolver dans le wagon, il n’aurait pas hésité à s’en servir pour lui tirer dessus. Les deux chenapans furent amenés à La Châtre lundi matin à onze heures ; pendant le trajet de la gare au Palais de justice, la foule les hua de belle façon et leur compte eut été vite réglé si les gendarmes ne les eussent protégés. « C’est-i pas des malheurs – de voir des enfants faire des choses pareilles » ! Après avoir été interrogés par M. le substitut Vergne et photographiés par M. Pouget, les deux drôles furent conduits à la prison. Leur attitude a été, dit-on, déplorable. On assure que l’un d’eux a déjà un casier judiciaire. Cochin était porteur d’une valise toute neuve ; il avait sur lui une somme de 3.384 fr 35 et un révolver chargé. Lhôpital possédait seulement 96 fr20 ; son révolver était resté sur la banquette.
Voilà donc le report trouvé dans les journaux, la sentence exacte n’a pas été retrouvée dans les numéros suivants desdits journaux. Cependant, tout cela nous /donne suffisamment de renseignement pour connaitre le parcours de ces jeunes, qui d’ici deux ans ne manqueront d’être concernés par le conflit qui s’annonce.
Commençons par le second, le plus jeune, le complice. L’article de l’Echo de l’Indre nous donne toutes les informations nécessaires pour le retrouver : « Lhôpital Léon, originaire d’Ivry (Seine), âgé de 17 ans ». Natif de la Seine en 1894/1895, il est donc de la classe 1914 ou 1915. On pourra noter que l’article de l’Echo des Marchés lui attribue le patronyme de Lermant, méprise sans doute liée à l’usage de faux-papiers.
Gallica BNF – Echo des Marchés du Centre 30/05/1912
A partir de ces données, il est aisé de rechercher dans les fiches matricules du département de la Seine. On regrettera cependant qu’il ne soit pas possible d’effectuer directement des liens hypertexte vers les fiches de ce centre d’archives.
Archives Paris - Recrutement militaire de la Seine
Léon Lhopital est donc bien né à Ivry sur Seine en 1894, pour cela, il est recruté avec la classe 1914. La fiche indique une profession de « Livreur de Charbon », mais très intéressant pour notre affaire, il est déclaré au moment de l’établissement de la fiche matricule, résidant à Gaillon et « Pupille des Douaires ». Mineur, ses deux parents décédés, et certainement suite à l’affaire de Cluis, il fut placé en redressement au sein de l’établissement agricole de Gaillon (Equivalent de la colonie de Mettray, non loin de Tours)
Classe 1914, il est donc appelé en septembre 1914 avec le reste de sa classe et incorporé au sein du 132e Régiment d’Infanterie de Reims, sans doute passa-t-il par Guingamp où le dépôt avait été reformé, loin du front, dès septembre 1914.
Parcours malheureusement ordinaire d’un classe 1914. Sans trop de formation militaire, il est envoyé au front rapidement, comblant ainsi les pertes des premiers mois du conflit. Il est porté disparu d’après la fiche matricule, le 18 mars 1915 aux Eparges (55).
SHD - JMO 132e RI et Mémoires des Hommes
Il figure sur le Monument aux Morts et le Livre d’Or de Gaillon (27).
De la même façon, intéressons-nous au principal protagoniste, Gaston Cochin.
Archives Paris - Recrutement militaire de la Seine
Au moment de sa conscription, le rédacteur de la fiche matricule, à partir des données fournies par le maire de la résidence reporte la naissance de Gaston Georges Cochin le 18/02/1893 dans le 17e Arrondissement de Paris. Il déclare alors résidence à Romainville (94), vraisemblablement chez ses parents et a pour profession Comptable. malgré le métier déclaré, il est déclaré comme ayant un niveau 2 d’instruction (sait lire et écrire) et qu’il faut le niveau 3 pour « sait lire et écrire & compter ».
Archives Paris - Recrutement militaire de la Seine
Ceci se fait en l’absence dudit Cochin, qui est donc déclaré « Bon absent »
Son parcours permet de comprendre cette absence. Il a été omis de la classe 1913 et est donc reconvoqué avec la classe 1914.
Appelé à l’activité en décembre 1914 au titre du 2ème Bataillon d’Infanterie Légère d’Afrique (troupes disciplinaires), il ne se présente toujours pas et est déclaré insoumis en janvier 1915. Il ne sera rayé des contrôles de l’insoumission que le 8 juin 1918.
Son affectation dans un bataillon disciplinaire comme les BILA n’est pas une surprise. Son parcours judiciaire ne plaide pas en sa faveur. Pour l’affaire de Cluis, il obtint 6 mois pour abus de confiance. Comme l’indiquaient les «on-dit» de l’Echo de l’Indre, Cochin avait déjà un casier judiciaire pour vol et qu’il compléta en 1914 par un port d’arme prohibée.
Archives Paris - Recrutement militaire de la Seine
Pourtant son parcours n’est pas terminé, il n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui de Pierre Dionnet dont j’avais détaillé le parcours en 2021.
Reprenons maintenant le parcours de Gaston Cochin pendant le conflit.
Archives Paris - Recrutement militaire de la Seine
Lors de son appel à l’activité en décembre 1914 est donc déclaré insoumis. En réalité, celui-ci depuis le 19 septembre est engagé volontaire à la Légion Etrangère. Il s’engagea au dépôt de Reuilly comme citoyen belge. Très rapidement, celui-ci progresse dans la hiérarchie, il passe ainsi caporal, puis devient sergent dès octobre 1914. Il est alors versé au 2e de Marche du 1er Régiment Etranger puis il passe au Régiment de Marche de la Légion Etrangère où il obtient le grade d’adjudant le 21 mai 1916. Son parcours s’arrête le 12 septembre 1916 à Bouchavesnes (Somme).
La fiche Mémoires des Hommes permet d’apprendre que Gaston Cochin était alors en subsistance au 1er RTM (Régiment de Tirailleurs de Marche), autre unité de choc. C’est donc le journal de marche de cette unité qui nous renseigne sur les derniers jours de notre fantassin. A compter du 5 septembre, le 1er RMT vient en première ligne dans le Nord de la Somme et prend position en avant de Maurepas. Le secteur occupé est celui du Bois Billon et les tranchées ont des noms évocateurs « Tranchée des Cloportes », « Tranchée de la Pestilence ». A compter du 8 septembre, l’unité avance peu à peu et prend position pour le jour de l’attaque principale qui sera le 12 septembre à 12h30. L’adjudant Cochin disparait lors de cette attaque.
SHD JMO 1er RMTSHD 26N811
SHD 26N364
En ces jours de septembre dans le secteur de Bouchavesnes, le 1er RMT perdit 14 officiers et 217 soldats tués, 26 officiers et 705 soldats blessés ainsi que 393 disparus, soit un total de 1355 pertes dans les effectifs de l’unité. Cochin, après son décès, fut réintroduit dans sa nationalité française. A ce titre, il est Mort pour la France et figure sur les Livres d’Or de Paris 17e et de Romainville. Il figure aussi sur les plaques de la mairie de Romainville. L’acte de décès transcrit à Paris 1er , le 16 octobre 1917, nous permet d’apprendre que durant le conflit il portait le patronyme de Colin Gaston, né à Cerfontaine en Belgique. Cet acte nous apprend aussi qu’âgé de 23 ans au moment de son décès, il était célibataire.
Nul ne sait si la « charmante soubrette » cluisienne fut avertie de la disparition.
Avant de passer en mode "fêtes de fin d'année", voici un dernier article 2024
A l'approche de Noel, loin de vouloir vous casser le moral, voici un cas qui se termina mal. Les mauvaises langues rajouteront qu'il avait aussi mal commencé.
Je m'inspire ici de la spécialité et de la méthode narrative de mon collègue Arnaud: partir des petites choses comme cet entrefilet de presse et décrire un brin d'histoire locale dans la grande Histoire.
Soyons modeste, je lui dois la thématique ici présentée. https://parcours-combattant14-18.fr/tresor-darchives-n-61-soldat-voleur-au-4e-ri-dauxerre/
24 décembre 2024 - 24 décembre 2014. Que se passait-il y a 110 ans ? A la lecture du journal « l’Echo des Marchés », je découvre un entrefilet d’à peine 10 lignes qui nécessairement a attiré mon regard. Alors que les soldats des régiments indriens sont dans les sanglantes et boueuses premières lignes de Flandres (Ypres, Zonnebeke), au pays, se trouvent des soldats qui sont restés affectés au dépôt.
Mobilisé le 1er aout 1914 et arrivé au Blanc le 4 aout, Emile AUDOUX fait partie des soldats de l’arrière et qui est resté au pays, bien que mobilisé.
Que s’est-il donc passé pour attirer mon attention ? Le titre est précis et sans équivoque. « Conseil de guerre du 9ème corps – Vols militaires »
Pour avoir participé au travail du Prisme1418 (Groupe indépendant sur les fusillés 14/18 fondé par feu général André Bach) et continué à le faire encore occasionnellement, mon premier réflexe est de regarder la peine encourue. Ici, rien de « grave », mais deux ans quand même. On est en temps de guerre, mais pas que ...
Echo des marchés - 24/12/1914 - BNF Gallica
Tout de suite, des questions apparaissent : Qu’avait fait Emile AUDOUX pour être signalé comme repris de justice ? Et bien sûr, qu’est devenu Emile AUDOUX ?
La collecte des premiers éléments est rapide via le module de recherche nominatif des fiches matricules des archives départementales de l’Indre.
Recrutement Le Blanc - Classe 1904 - Archives départementales de l'Indre (R2400)
Emile Audoux est fils de Félicité AUDOUX et de père inconnu. Ils résident à Lignac (36) où Emile est né le 24 mai 1884.
Lors de sa conscription, il est noté « Bon absent ». En effet, la réglementation prévoit un classement systématique comme « Bon » en cas d’absence du conscrit. Il lui avait été attribué le numéro 37 pour le canton de Bélâbre. Au moment de la rédaction de la fiche, il déclare la profession de maçon, qu’il gardera tout au long de son parcours.
Les fiches matricules comportent une partie principale légendée « Détails des Services et mutations Diverses (Campagnes, blessures, actions d’éclat, décorations, etc.). L’administration n’a pas prévu une telle quantité d’actions d’éclat, pour le soldat AUDOUX, il fallut rajouter des fiches papiers.
Les « actions d’éclat » n’étaient pas non plus celles dans le sens prévu par le règlement, mais en l’absence de case « punitions », il fallut reporter les informations que je vais résumer ci-dessous.
Non encore incorporé, le 26 novembre 1904, Emile AUDOUX est condamné à 3 mois de prison pour vol par le tribunal de la Seine. Sa peine est mise en sursis. Il est affecté, pour son service militaire, au 42ème Régiment d’Infanterie (Belfort) où il arrive en octobre 1905.
Le 4 octobre 1906, il est porté manquant à l’appel et déclaré déserteur à compter du 10. Le 15 décembre 1906, il se présente volontairement et rayé des listes de désertion. Le mois suivant, il est donc condamné à 2 mois de prison pour « Désertion à l’intérieur en temps de paix, circonstances atténuantes admises ». Malheureusement, la fiche ne permet pas d’en savoir plus. Il passe à la SHR en attendant sa nouvelle affectation au 21ème Régiment d’Infanterie (Langres) où il arrive le 15 février 1907. Or, il est de nouveau déclaré déserteur le 31 mai de la même année et arrêté par la gendarmerie de Corbeil le 27 juillet. Il s’évade et est de nouveau arrêté le 20 février 1908, cette fois à Dijon et ensuite ramené au corps. Passant en jugement civil, il est condamné à 4 mois de Prison en février 1908 pour vols, escroquerie et abus de confiance. En parallèle, le Conseil de Guerre de la 7ème Région Militaire le condamne à 3 ans de prison pour double désertion. Il effectue sa peine civile et est libéré le 25 février 1910, il passe alors au 2ème Bataillon d’Infanterie Légère d’Afrique et est aussitôt intégré. En novembre 1910, il est libéré.
En 1912, il effectue une période d’exercices d’une vingtaine de jours au sein du 68ème régiment d’Infanterie (Le Blanc-Issoudun).
Ce que ne dit pas la fiche matricule: Entre temps, revenu au pays, il épouse Zéline VIGNAUD le 29 avril 1911 à Lignac (36). Il aura une fille Marguerite née en 1911 à Lignac et décédée en 1948 (L'arbre généalogique est consultable sur Généanet, via le compte de Jean François Guinot / Sartron).
Vient le temps de la mobilisation de 14.
Emile est appelé à se rendre au Blanc au quatrième jour tel que cela est inscrit sur son fascicule de mobilisation.
La fiche matricule ne nous apporte aucun élément significatif sur le parcours de mobilisé de Emile. Il faut attendre le 24 décembre 1914, pour que la presse locale nous apprenne sa condamnation pour vols d’effets militaires article 248). Le parcours judiciaire de notre soldat n’est pas à son avantage et sa mention justifie aux yeux du journaliste la peine infligée soit deux ans de prison. La fiche matricule nous permet de voir que les circonstances atténuantes ont été retenues (Heureusement, vue la peine).
Le 20 février 1915, il est envoyé aux armées direction le front où il rejoint l’unité. L'envoi aux armées plutôt que d'exécuter la peine est courant. La peine était alors reportée et l'envoi au front immédiat. Habituellement, cela s'accompagnait généralement d'un changement d'unité, ce qui ne fut pas le cas ici. Il ne fallait pas que la prison soit un échappatoire pour se retrouver en ligne.
Concernant la fiche matricule, il est à noter un point qui arrive peu souvent. Habituellement, un soldat voit le numéro de sa classe changer, mais alors pour reculer. On trouve en général dans ce cas, les parents. L'arrivée d'un nouvel enfant recule la classe d'âge. Le soldat sera nécessairement libéré plus tôt. Pour le soldat AUDOUX, c'est le contraire, ses condamnations le décale mais dans l'autre sens. Originellement classe 1904, ses peines le voit transférer en classe 1907.
Là divergent certaines données. Était-il au 68ème ou au 268ème RI?
Avant son départ, Emile AUDOUX est affecté au 68ème RI comme l’indique l’article de presse. Quelle fut sa destination, la fiche matricule indique un laconique « Régiment d’Infanterie Le Blanc », cela inclut nécessairement les 2 unités, le 68ème et le 268ème qui avaient même dépôt et garnison.
La fiche mémoires des Hommes, indique le 268ème RI, à l’inverse de l’acte décès qui lui donne le 68ème RI et confirme en citant la 10e Cie qui est nécessairement une compagnie d’active (3ème Bataillon)
Mémoires des HommesActe de décès (Transcription) - Archives départementales de l'Indre
Emile AUDOUX n’apparait dans le Journal de Marche et Opérations du 268ème RI tant comme tué que comme blessé, alors que ce J.M.O. est connu pour citer toutes les pertes et ce nominativement, au contraire de celui du 68ème ne donnant des noms que concernant principalement les officiers.
Un point important cependant en faveur du 68ème RI, conformément à l'acte de décès, est justement la date de décès. 30 mai 1915, le 268ème RI est en secteur en Flandres et ce depuis octobre 1914 et ce jusqu'en aout 1915, moment où il rejoindra le 9ème Corps en prévision des attaques de septembre. Le 30 mai 1915, il est au repos à West-Capelle, Rexpoede.
Il apparait donc très improbable de voir un soldat du 268ème RI du côté de Bruay, au contraire d'un soldat du 68ème RI, ce régiment étant justement à cette période à moins de 20 kilomètres alors que le 268e est environ à plus de 50 kilomètres de là.
Le 68e en arrière du front artésien 29/30 mai 1915 - SHD 26N657
Faute de mieux, de document administratif supplémentaire, Emile AUDOUX restera avec le 268ème RI comme indiqué sur sa sépulture à Bruay (62).
Carré militaire Bruay (62)
La mémoire de Emile AUDOUX est triplement présente dans la commune de Lignac (36) : Sur le monument aux Morts, sur les plaques de la mairie et sur celle de l’église Saint-Christophe.
Monument Lignac - Photo Alain BréjaudPlaque de la mairie Lignac - Photo Alain BréjaudPlaque église St Christophe de Lignac - Photo Alain Bréjaud
Le lycée Henri BRISSON de Vierzon, ancienne Ecole Nationale Professionnelle, plus communément appelée l’ENP de Vierzon vit la pose de sa première pierre en 1883. L'établissement accueillit ses premiers élèves en 1887. L'école fut donc nécessairement concernée par le conflit 14/18.
Ce ne sont pas moins de 112 noms (109 élèves et 3 personnels) qui figurent sur les plaques du lycée qui se trouvent dans le porche d'Honneur et qui font face aux plaques 39/45.
Je vais ici décrire un parcours peu habituel, celui d’un jeune Vierzart qui, au vu de sa classe, aurait pu ne pas être un ancien combattant 14-18 et qui ne combattit pas en 39-45, mais en paya cependant le prix fort. Pour cela, je m'appuierai sur des documents le concernant et récemment collectés.
Il est relativement aisé de trouver des informations concernant les soldats décédés, une fois ceux-ci réellement identifiés. Par contre, concernant ceux qui survécurent, il est plus difficile de trouver leur parcours dans le conflit. La notification du passage au sein de l’école ne fait pas partie des pièces administratives aisément consultables.
Il est cependant des documents qui peuvent permettre de faciliter ou de compléter ces recherches. Tout d’abord, il est possible de trouver des albums photographiques de promotions. On en trouve de temps en temps sur les sites de vente ou sur les brocantes.
Actuellement, concernant la période nous intéressant, il a été retrouvé 2 albums photographiques. Ceux-ci concernent les années 1910-1911, 1913-1914. Malheureusement, hormis s’ils ont été annotés par leur propriétaire originel, nous avons les visages, mais difficile de mettre des noms sur ces visages.
Albums photographiques 10/11 et 13/14 - Collection de l'auteur
C’est le cas inverse concernant les listes de promotions. Régulièrement, l’association des élèves diffusait les listes de promotions. Celles-ci étaient éditées, bien souvent au moment de la fête de fin d’année permettant de couronner les diplômés et donnaient les listes nominatives millésimées. Ces promotions regroupaient les élèves d’une même année. La promo 111 correspondant à 1911, 112 à 1912 et ainsi de suite.
Une de mes listes de promotion a été annotée. On y trouve la classe d'entrée (A,B ou C) et celle de sortie (N pour normale et S pour Spéciale), mais aussi, parfois, des adresses. Cela mériterait une étude plus approfondie et spécifique.
Collection de l'auteurCollection de l'auteur
Les bulletins de l’amicale des anciens élèves de l’ENP sont aussi une source à ne pas négliger. On trouve ainsi des listes de noms, des numéros de promotion et parfois des adresses de domiciliation de l’adhérent. On retrouve par exemple les frères BRANDT (Edgar et Jules) aux alentours de 1898, tous deux dessinateurs pour l’entreprise de fonderie GUILLOT-PELLETIER à Orléans. L'entreprise existe encore de nos jours à Saint Jean de la Ruelle. L’année suivante, Edgar et son frère résidaient à Paris. Malheureusement mes derniers bulletins datent de 1908.
Collection de l'auteur
Une autre source possible concerne les documents personnels des anciens élèves. On retrouve ainsi des clichés avec des correspondances, des noms, des dates. Ces documents sont à l’origine de l’étude que je vous propose ci-dessous, celle d’un Vierzart qui connut 2 conflits et figure sur les plaques mémorielles du lycée.
Michel SORNICLE.
Pourquoi s’intéresser à Michel SORNICLE, qui était-il ?
Lors d’un achat récent, j’ai acquis plusieurs cartes photos qui étaient en lien avec l’ENP et constituait un lot. Ces clichés étaient d’autant plus intéressants qu’il s’agissait de photos de groupe d’élèves et de sport scolaire (Rugby et Basket). A Vierzon, un des principaux vecteurs de propagation du sport, à l’aube du XXème siècle fut la présence des jeunes étudiants de l’ENP. Venant de plusieurs horizons géographiques, ceux-ci apportèrent par exemple le Rugby, le Football et le Basket dans les contrées vierzonnaises.
Collection de l'auteur
A l’ENP, une association sportive dénommée VIERZ’ART-CLUB fut créé vers 1905. A l’image du «Gadz’arts Club» des élèves des Arts et Métiers, les élèves vierzonnais participaient ainsi aux activités sportives.
Collection de l'auteur
Revenons à nos clichés. Sur les 4 clichés, 1 cliché est daté de 1917 et deux de 1918.
De gauche à droite, nous avons :
Tout d’abord, une classe de Vierzarts, certains portent l’uniforme, d’autres sont en tenues civiles. Sur les uniformes ou sur les couvre-chefs, des numéros indiquent l’année de présence et donc le niveau d’étude dans l’établissement. Nous avons là des 3e et 4e années. Le cliché est non daté.
Extrait - Collection de l'auteur
Le cliché suivant représente une équipe de rugby du Vierzart Club. Sur certaines coiffures, le symbole EX, des numéros 3 ou 4 sont présents et reprennent la tradition des niveaux de classes. Sur le ballon de rugby, l’inscription VC 1917 est présente.
Extrait - Collection de l'auteur
Le troisième cliché est aussi celui d’une équipe de Vierzart. A gauche du cliché, un personnage en civil porte le fanion « ENP VC ». Le cliché est daté au dos avec une correspondance du 25 février 1918, ce cliché est écrit et signé d'un "M. SORNICLE". Au verso, avec la correspondance, il porte le cachet du Vierz’art Club de l’Ecole Nationale Professionnelle de Vierzon (Cher). Cachet présenté un peu plus haut dans ce texte.
Extrait - Collection de l'auteur
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Le quatrième cliché représente un groupe de 4 basketteurs et le ballon aisément reconnaissable porte la date de 1918. Le verso est en lien avec le patronyme SORNICLE puisque on peut y lire « 1918, Mademoiselle Sornicle Sully ». L’hypothèse la plus probable est que le cliché fut envoyé à une sœur de Michel SORNICLE par lui-même et que certainement il est un des 4 basketteurs.
Extrait - Collection de l'auteurExtrait - Collection de l'auteur
Il est à noter un point qui est commun aux trois premiers clichés et qui concerne l’arrière-plan. Les 3 clichés ont été pris devant le même bâtiment en brique. Peut-être un bâtiment que l’on trouvait le long du terrain de sport. Aucun bâtiment actuel du lycée ne comporte de tels murs de briques encadrés de bois.
Viens maintenant le temps de recouper les documentations accessibles.
A partir des cartes-photos et de leurs données, il est maintenant possible de chercher le parcours de Michel SORNICLE. En indiquant dès maintenant son prénom Michel, vous vous doutez que j’ai retrouvé trace de notre sportif et que j’ai réponse à la question principale : « Quel lien avec 1914-1918 pour cet élève présent au lycée en 1918 ? »
Le premier réflexe est d’associer le patronyme et le lieu indiqué. Il existe un peu moins de 10 communes portant le nom de Sully en France dont une dans le département d’à côté, le Loiret. Nous avons de la chance, SORNICLE est un patronyme relativement rare que l’on retrouve effectivement à Sully-sur-Loire. Pour cela, Généanet (même sans compte premium) est un bon outil de recherche. On trouve très rapidement plusieurs arbres généalogiques concernant Michel Albert SORNICLE: Michel Albert Sornicle saisi par « Soldat du LOIRET (Soldats45) »
et les données de l'arbre de Evelyne Delamour, on y apprend qu’il a 2 sœurs (Mariette et Jeanne) ce qui donne consistance à l’hypothèse de la carte envoyée à une de ses sœurs.
En 1918, la famille SORNICLE habite à Sully sur Loire. Le père Albert était vétérinaire. Il est à noter que ce dernier était titulaire de la Légion d’Honneur (Dossier Léonore en ligne).
Très rapidement, il est possible de trouver la fiche matricule aux Archives Départementales du Loiret.
Bureau de Montargis, classe 1920, matricule 429.
Avant d’étudier le parcours militaire et le lien avec 14/18, reprenons la correspondance qui nous permet de confirmer que Michel est encore à Vierzon pour ses études en ce début d'année 1918: « ENP Vierzon 25 février 1918
Mon vieux Noirot. Je t’écris de l’infirmerie où je suis depuis 8 jours pour oreillons. Je pars ce soir pour Sully pour terminer mes 21 jours d’isolement. La bonne maladie, quoi !
J’espère et je souhaite que nous nous trouverons ensemble à Pâques. Je termine, voilà l’heure du train. Je te serre la pince. M. Sornicle »
Michel SORNICLE est né en 1900, il est donc classe 1920 et à ce titre il n’est pas concerné par le conflit puisque la dernière classe mobilisée fut celle de 1919.
Or, à la lecture de la fiche matricule, nous apprenons que Michel SORNICLE s’engagea volontairement le 27 aout 1918, à la mairie de Montargis au titre du 1er Groupe d’Aviation. Il venait tout juste de terminer son parcours ENP de 4 ans, entre 1914 et 1918. Il arriva au corps le 28 septembre 1918. A ce titre, il est donc considéré en campagne contre l’Allemagne à compter du 27 aout 1918 et ce jusqu’au 23 octobre 1919.
S'agissait-il d'une volonté patriotique de devancer l'appel? S'agissait-il d'un échappatoire afin de devancer l'appel de la classe 1920 et d'ainsi choisir son arme et son unité? En tout cas, il s'engagea avant la fin du conflit et ce pour la durée de la guerre. Sans avoir connu les affres du front, il fut libéré le 3 novembre 1919 pour être rappelé avec la classe 1920.
En campagne simple contre l'Allemagne, il obtint ainsi la médaille commémorative de la Grande Guerre.
Sa fiche matricule, dans le détail des critères physiques, nous informe que celui-ci est d’une taille de 1m80. Pour sa génération, voilà un bel athlète tant pour le rugby que pour le basket-ball.
Sans nul doute, on peut présumer que Michel SORNICLE est présent parmi les 4 basketteurs du Vierzart Club
Les 2 Vierzarts de gauche du cliché ci-dessous sont présents sur les 4 clichés, un des 2 serait vraisemblablement Michel SORNICLE
Extrait Photo basketteurs ENP 1918- Collection de l'auteur
Mais l'histoire de Michel SORNICLE et de l'ENP ne s'arrête pas là.
Le lien entre Michel SORNICLE et l’ENP ne se termine pas en 1918. En effet, celui-ci est bien présent au lycée même encore de nos jours mais cette fois sur les plaques mémorielles 39-45. On y apprend qu’il fut élève eu sein de l’ENP de 1914 à 1918. Il effectua donc bien les 4 années de formation et que comme l’indique le fronton desdites plaques, il fait parti de:
En effet, s’il n’eut pas le temps de pleinement prendre part au conflit 14/18, celui-ci et sa famille partirent de Sully et s’installèrent à Orléans et bien que réformé, il ne prit pas part au conflit 39/45, il en demeure néanmoins une victime puisque décédé en tant que civil lors du bombardement allié du 19 juillet 1944.
Une association locale, que je tiens ici à remercier pour l’aide apportée, a récemment permit l’inauguration d’une plaque mémorielle en hommage aux décédés du 19 juillet 1944 à Saint-Jean-de-la-Ruelle, au pied du pont de l’Europe. Ceci eut lieu durant l’été 2024, dans le cadre des 80 ans de la Libération de France.
Le 19 juillet 1944, des bombardiers américains larguèrent pas moins de 300 bombes sur le quartier de la Madeleine. Ce furent 19 victimes dont Michel SORNICLE qui disparurent dans cette tragédie.
L’acte de décès de Michel SORNICLE, qui est aux archives municipales d’Orléans, nous apprend qu’il demeurait non loin à Ingré (Loiret) et qu’il était mécanicien. Il était époux de MESLIN Andrée qu’il avait épousé en 1928.
Victime civile du conflit, il figure à ce titre sur les plaques de l’Ecole Nationale Professionnelle de Vierzon (VZ14-18)
Grand merci à l’association G.H.I.L.I.I.S (GROUPE HISTOIRE LOCALE INTERCOMMUNALE INGRÉ/ST JEAN DE LA RUELLE) et M. Jean-Marie BOIS en particulier
pour l’aide apportée et la mise en place de cette plaque mémorielle.